Derrière l’intox, la matrice libérale

Rédigé par Denis Sureau le dans Société

Derrière l’intox, la matrice libérale

La question du pseudo-mariage homosexuel semble traverser les principaux partis. Des élus de gauche voire d'extrême gauche font la grimace, tandis que certains à l'UMP trouvent le projet gouvernemental timoré. On en vient à s'interroger : cette réforme sociétale qui nous agite est-elle de droite ou de gauche ?

La réponse est la suivante : elle est de droite comme de gauche, pourvu que l'on considère cette droite et cette gauche comme des variantes de la même idéologie, celle qui définit la modernité, et qui n'est autre que le libéralisme (mais ce mot est parfois mal compris).

De quoi s'agit-il ? D'un individualisme radical. D'une affirmation du moi, d'un ego qui ne voit dans la liberté que la capacité purement négative de ne pas être empêché d'agir par les autres. Elle est la matrice de tous les projets culturels, politiques et économiques qui façonnent notre monde.

Reconstruire (ou plutôt déconstruire) le monde en partant de l'individu libre et souverain, c'est nier que la famille soit la cellule de base de la société. Si la famille peut avoir une utilité, celle-ci ne peut être que relative au projet de chacun, et donc provisoire. Elle ne peut résulter que d'un contrat, puisque le contrat est le seul mode de relation envisageable par nos modernes. Mais le contrat social doit être avantageux pour chacune des parties. Et révocable.

Aucune référence à la « nature », à la « loi naturelle » n'a ici de pertinence : pour nos modernes l'homme n'est qu'un être de culture, et la culture ne renvoie pas à quelque chose qui en serait son fondement. Tout ce qui risque d'entraver mon épanouissement (lois, traditions, règles…) doit être tenu en suspicion, voire disparaître. C'est pourquoi le christianisme, qui enseigne que l'homme a une finalité et que la liberté n'a de sens que par rapport à cette finalité, est l'ennemi majeur : « Écrasez l'infâme », disait Voltaire.



L’homme, cette « machine désirante » (Gilles Deleuze), est cet homo œconomicus, homo consumans du libéralisme économique. Il doit être libre de ne pas être empêché de s’enrichir. D’où la dérégulation des économies, la destruction des limites (normes, frontières, législations protectrices…). La société n’existe pas (Margaret Thatcher), la justice sociale est un mirage (Friedrich Hayek). Mais nos socialistes qui poussent à bon droit des cris d’orfraie face à « l’horreur économique » ­comprennent-ils qu’ils en partagent la substance lorsqu’ils s’en prennent à la dérégulation morale de la vie, lorsqu’ils décrètent l’avortement gratuit pour tous, le droit à l’euthanasie et les manipulations mortifères des embryons humains ? Les libéraux de gauche répugnent eux aussi aux limites, aux obligations, aux règles qu’ils considèrent comme autant d’expressions obsolètes d’un obscurantisme moyenâgeux ou d’un dogmatisme intolérant.

Dans la revendication homosexuelle, on retrouve cette affirmation du désir sans bornes. Et qu’importe si l’objet de mon désir – l’enfant – est assimilable à un produit que l’on peut acquérir sur le marché de l’adoption. Ce désir d’enfant est d’ailleurs corrélatif de celui de ne pas en avoir : « Un enfant si je veux, quand je veux », hurlaient les harpies féministes. Et la femme enceinte a le pouvoir de définir la nature de l’être qu’elle porte en elle : c’est un enfant s’il correspond à son désir ou au « projet parental », ou c’est une tumeur que l’on peut extraire à tout instant.

Aucune loi biologique, physiologique ou psychologique ne doit contraindre ma liberté : c’est mon choix ! Je peux changer de « genre », être homosexuel ou hétéro ou bi, changer de sexe à tout âge, combiner successivement ou simultanément des appartenances à des communautés artificielles et transitoires. La techno-science est mise au service de la fabrication de l’homme artificiel. Dans les éprouvettes naissent les produits humains de demain.

Tout comme les flux financiers vont ici et là sur la planète, secouant les structures sociales, délocalisant les usines pour optimiser les coûts salariaux et fiscaux, les flux des désirs individuels ravagent tout, utilisant le concept de discrimination en arme de destruction massive des identités personnelles et collectives. Ce monde de l’anticulture de mort qui représente le stade ultime de l’individualisme est en même temps un univers où ­l’État tend à tout diriger. Et c’est le grand paradoxe de la modernité politique d’exalter à la fois l’homme, ce « tout parfait et solitaire » cher à Rousseau, et le pouvoir étatique : celui-ci est un moyen nécessaire en tant qu’il protège mes droits, et qu’il garantit que les autres ne soient pas plus égaux que moi. Libéralisme et socialisme sont ainsi de véritables frères siamois. Très tôt, les philosophes du libéralisme ont été également des penseurs de l’État et l’ont utilisé contre les formes d’autorité politique traditionnelles. Aujourd’hui encore, nos modernes entendent utiliser l’arsenal législatif pour imposer leur conception du mariage contre ce qui pouvait en rester. La revendication du prétendu mariage homosexuel prend ici tout son sens, et ce sens est radicalement négatif.

La vérité se révèle dans l’excès. Il est à souhaiter que la radicalité des combats présents dessille les yeux de ceux qui espéraient encore baptiser l’idéologie moderne. 

Ce billet est extrait d'un numéro de L'Homme Nouveau que vous pouvez commander à nos bureaux (10 rue Rosenwald, 75015 Paris. Tél. : 01 53 68 99 77, au prix de 4 euros), ou télécharger directement sur ce site en cliquant sur le lien ci-dessous.

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5 commentaires

Par Thierry Jallas, le

De quel libéralisme parle Denis Sureau? J'invite l'auteur à ouvrir un dictionnaire et à nous dire à quelle définition du libéralisme il fait référence, pour que ses propos soient compréhensibles. En ce qui me concerne, je prétend bien connaître la doctrine libérale ainsi que la Doctrine Sociale de l’Église et toutes deux me semblent parfaitement compatibles.

www.thierry-jallas.fr

Par jallas, le

Abonné depuis des décennies je regrette de lire dans HN un tel article.Un minimum de rigueur intellectuelle aurait du conduire l'auteur a, d'abord et avant tout, à définir ce qu'il entendait par libéral et dire pourquoi en s'appuyant sur des sources incontournables des philosophes libéraux, Frédéric Bastiat en 1° lieu.Ce n'est pas respecter le lecteur de procéder par des affirmations péremptoires en ne donnant de plus aucune référence les appuyant.La caricature de la 1°page est digne de Charlie Hebdo pas de HN.En conclusion désinformation et négation de pédagogie

Par ROUSSEL, le

Intéréssante et ô combien révélatrice, cette dernière mésaventure de l’hebdomadaire « Le Nouvel Observateur ». Je ne sais quel ange ou démon a permis de tromper la vigilante censure de ce journal, organisme de la gauche bien pensante, du camp du Bien, distribuant chaque semaine « urbi et orbi » la bonne parole de gauche référée à ses « valeurs ».Oar inadvertance, a donc été publiée dans le supplément Ciné-Télé du 8 décembre en avant dernière page, une pafe émanant de la Fondation Jérôme Lejeune, intitulée : « Vous trouvez ça normal ? On arme des bateaux pour défendre les baleines, alors qu’on laisse l’embryon sans défense » avec une photographie de fœtus humain à un âge où il est sans doute encore légalement possible de l’expédier en d’hosipitalières poubelles, au nom du sacro-saint droit à l’IVG, avortement, assassinat de l’embryon humain ,instrumentalisation etc….Il est possible que la tonalité « écologique » de la question ait contribué à perturber le jugement de quelque « responsable » , qui a laissé passer, alors que le simple nom de Jérôme Lejeune aurait du le mettre en garde et déclencher l’automatisme du réflexe anti-réac , qui à gauche tient souvent lieu de « pensée ».Pour ma part, j’y vis dans ma naïveté , un miracle à l’approche de Noël, peut-être l’esquisse du début du début d’une conversion à la Vérité , en ces temps où mariage, embryon, famille, vie, mort sont au cœur de maints débats « sociaux »….à défaut au moins un peu de tolérance…. !La moi ! On peut supposer un déferlement d’indignations des professionnels de l’indignation morale , les téléphones, mails et autres courriers furent sans doute saturés, menaces de désabonnement à l’appui. Et la semaine suivante nous valut donc cette prose qui appelle méditation :« ERRATUM : C’est à la suite d’une erreur de fonctionnement interne qu’une publicité de la Fondation Jérôme Lejeune est passée en avant dernière page de…Le NO publie régulièrement des annonces pour des causes d’ordre général. MAIS IL VEILLE A CE QU’ELLE SOIT CONFORMES A SES VALEURS. Ce n’est pas le cas cette fois ci :nous demandons à nos lecteurs de nous excuser pour cet impair.Nous veillerons à ce que ce type d’incident ne se reproduise pas. »OUF….nous voilà rassurés, quant au Nouvel Obs, et surtout quant à ses « VALEURS » qui sont évidemment celles de la gauche écolo-socialiste , partout au pouvoir en France.On pourrait bien sûr développer et polémiquer sur les contradictions internes des valeurs de gauche écolo-socialistes….mais ce serait plus que jamais parler à des sourds, fanatiques et sectaires, enfermés dans leur idéologie…la gauche divine, disait J.Baudrillard, ou le camp du Bien, plusn préoccupé de la qualité du maïs, ou de l’avenir des baleines, que des 220.000 embryons, fœtus HUMAINS, tués chaque année en France, au nom du droit des femmes à disposer du corps de l’autre, placé en elle par une opération qui n’est pas que l’œuvre du saint Esprit.Mais en ce temps de Noël, interrogeons simplement cette étrange catégorie baptisée « chrétiens de gauche », qui encore aujourd’hui, influence et dirige largement l’église de France par ses évêques, son clergé et ses laïcs en de nombreux postes de responsabilité d’église, au titre du « social » ou de leur lecture de Vatican II, sujets sur lesquels ils prétendent facilement à une situation de monopole.Ils ont par leur engagement explicite et par leur influence, très largement contribué à l’élection de M.Hollande et donc à la domination des « valeurs de gauche », style Nouvel Obs….Et ce n’est donc pas sans raison qu’on note leur silence et absence dans les débats et combats actuels autour des « droits de l’enfant », et de la famille en général , sauf « Témoignage chrétien » qui passa récemment de l’indifférence à l’engagement pour « le mariage pour tous » . Alors, bien sûr, les clercs de gauche récoltent ce qu’ils ont semé, et qui, là au moins, fut clairement annoncé.Valeurs « évangéliques » : « ce que vous faites au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous le faites »…..c’est vrai pour l’immigré, les Roms….mais aussi l’embryon.Ou « Valeurs de gauche » à la sauce Nouvel Obs….pas de problèmes pour Mme Duflot qui sait où loger les embryons humains avortés.Ici, c’est le grand écart , où nos chrétiens de gauche se font tout petits comme chrétiens, aux fins d’être ENFIN, admis, reconnus, tolérés, comme « de gauche »…. par la pensée dominante et tous ses pouvoirs, c'est-à-dire le monde ! Ils n’ont pas vocation à évangéliser la gauche, mais à mener combat en interne, pour imposer à l’église, leurs « valeurs de gauche ».On aimerait ici lire dans le Nouvel Obs, la réaction d’un Maurice CLAVEL, homme de foi, qui jadis claqua la porte « Messieurs les censeurs, bonsoir ! », qu’aurait-il dit , pensé et écrit face à la censure des « valeurs » de la Fondation Jérôme Lejeune….. par les « valeurs » de la gauche «écolo-socialiste ».Malheureusement , on doit se contenter des indignations faciles du chrétien converti, JC Guillebaud, qui ne se prive pas de donner des leçons, repêrant les pailles, sans voir les poutres. Plus facile d’attaquer Mittal ou le MEDEF….Alors, la gauche divine, le camp du Bien, les chrétiens de gauche ne sont que la figure actuelle de l’éternel « PHARISIEN »….. : Je te remercie, Seigneur, de ce que je suis pas réac, ou tradi comme ce Pape qui mène ton église à sa perte, de ce que je suis pas électeur de Sarkozy ou de Marine Le Pen….. de ce que je suis moderne, et de progrès, MOI.JC ROUSSEL

Par ROUSSEL, le

Je suis en plein accord avec l'analyse que propose Denis Sureau. Cependant, la condamnation du libéralisme doit être nuancée et même discutée.Il faut ici distinguer entre liberté-autonomie (concept kantien essentiel) et liberté auto-suffisance. Dieu a voulu l'homme libre, et le monde est champ de cette liberté-autonomie. Dieu fait confiance à l'homme, et l'invite à comprendre que sa liberté est de vivre selon la raison.C'est en ce sens que Saint Pail écrit : "tout est à vous", le tout est champ de la liberté ET RESPONSABILITE humaine. Mais Saint Paul ajoute, prolonge ..."et vous êtes à Christ et Hrist est à Dieu". C'est là l'ordre des choses, l'ordre "naturel", celui de la création, et de la proposition que Dieu fait aux hommes. Mais bien sûr, la liberté est libre.... et les hommes peuvent refuser cette relation christique à Dieu, et s'en tenir au "Tout est à vous" dans l'auto-suffisance.C'est pour une bonne part l'aventure historique de notre modernité,se croyant libre parce que "sortie de la religion" . Et c'est alors la double impasse du libéralisme-socialisme que nous connaissons : la crise, les guerres,les totalitarismes y compris le totalitarisme démocratique, l'aveuglement sur la nature profonde des crises, etc....C'est l'épreuve de vérité.Défendons la liberté...et le libéralisme, sous l'exigeante condition qye seule "La Vérité vous rendra libres".De l'orgueilleuse et diabolique auto-suffisance, revenons à l'autonomie, liberté selon la raison, la raison étant la part divine de l'homme, et l'ouverture à la Parole de Dieu.

Par BMN, le

cette réforme sociétale est maçonnique, donc autant de "droite" que de "gauche".ça n'est que la suite logique et inéluctable de ce qui a commencé concrètement en 1789-1793, puis s'est accéléré en 1975 (loi Veil), et a continué tranquillement en 1994 (le gender), en 2002 (le pacs)...; rassurons nous (!!!), l'histoire n'est pas finie avec le mariage pour tous; prochaines étapes: zoophilie, nécrophilie, inceste, ectogenèse, hybrides homme-animal (chimère, sirène), etc...; le toto gagnera toutes les batailles, mais dans l'étape finale (on ne sais quand ni comment), rassurons nous pour de bon, il perdra la guerre.

Laudate