Petites leçon d'un dimanche en ville…

Rédigé par Philippe Maxence le dans Société

Petites leçon d'un dimanche en ville…

Dimanche après-midi, comme des milliers de Français, j'ai arpenté les rues et les boulevards de Paris pour défendre la famille, le mariage et l'avenir des enfants. Voulant éviter ce souci de « l'immédiateté », qui est un des travers profonds de notre époque, j'ai voulu prendre le temps d'une sorte de bilan qui méritera certainement d'être affiné. 

Au rang des points positifs, il faut saluer la réussite même de la manifestation. Mobilisation réussie, déroulement sans heurts ni violences, organisation efficace et très large participation, même si comme il fallait s'y attendre les chiffres du nombre de manifestants diffèrent entre ceux de la Préfecture de police (340 000) et ceux des organisateurs (entre 800 000 et 1 million). 

Autre point positif : la générosité et le dévouement des organisateurs, qui ne sont pas des « professionnels » de ce type d'événements, au sens où ils n'en vivent pas et qu'ils ont par ailleurs d'autres occupations. J'imagine bien les heures, les jours et les nuits de préparation. Cette générosité, je l'ai sentie à l'œuvre également parmi tous les jeunes (et moins jeunes) mobilisés pour « encadrer » et animer les différents parcours.Générosité et amabilité se sont ainsi déployées et ont ainsi bien réchauffé des cœurs alors que nous subissions le froid parisien.

Cette générosité et cet esprit bon enfant, civique et civil, nous l'avons vu également à l'œuvre parmi les manifestants dont certains (beaucoup, en fait) étaient venus de très loin, des quatre coins de la France. Manifestants de tous âges, venus en famille ou seuls, de toutes conditions sociales, de milieux ou de confessions bien différentes. Personnellement, ma famille était au grand complet (huit enfants, de 22 à 2 ans et deux parents, père et mère, puisqu'il faut préciser les choses désormais) et ce fut une joie de se retrouver pour montrer notre attachement commun à la famille et au mariage. 

Parmi les points positifs, je range également le fait que je n'ai pu voir et croiser « que » quelques amis. Cela change de bien des manifestations ou des réunions publiques où l'on est sûr de retrouver, même sans l'avoir prévu, nombre de connaissances. Là, ce fut exactement le contraire. Je pensais retrouver tel ou tel, ou du moins les croiser, car je savais qu'ils participaient à la manifestation. Mais l'affluence de la foule n'a pas permis de multiplier ces rencontres amicales. 

Enfin, comment ne pas signaler – et saluer – la présence de plusieurs évêques et de nombreux prêtres et religieux ? La présence épiscopale est une nouveauté, même si depuis quelques années nous apercevions des évêques à la manifestation du mois de janvier contre l'avortement. Assurément, cette présence a été décisive dans la présence de beaucoup de catholiques dimanche dernier. Espérons que cette mobilisation épiscopale ne retombe pas et même qu'elle s'amplifie. 

 


Il y a bien sûr des points plus négatifs. Sur le fond, d’abord. Nous l’avions dit avant la manifestation et nous le redisons maintenant. Les buts étaient trop larges et, pour certains, équivoques. Puisque l’on prétendait à une manifestation pour tous, il fallait la résumer à une seule demande : le retrait pur et simple du projet Taubira. Cette revendication pouvait être partagée par tous et n’aurait pas entraîné les exclusions ou les mises à l’écart qui ont eu lieu. À la place, on a mêlé des revendications ou des arguments moins clairs. Le concept d’« homophobie » en est un, par exemple, comme l’a montré Denis Sureau dans L’Homme Nouveau

La volonté affichée d’être « apolitique et aconfessionnel » appartient aussi au même registre. S’opposer à une loi en prétendant être « apolitique » est un non-sens. L’enjeu était bien politique, même s’il n’est pas politicien. L’enjeu concerne le bien commun de notre pays et, bien au-delà, celui de la civilisation. À ce double titre, il est fondamentalement politique. Il ne s’agit nullement de nos préférences et de nos petites vies. Si l’on voulait éviter la récupération politicienne – souci légitime –, il fallait que cette manifestation se définisse comme pluri-politique. Et, de la même façon, qu’elle se présente comme « pluri-religieuse ».

En sens inverse, on a voulu gommer toute spécificité, allant jusqu’à la contradiction. Place d’Italie où je me trouvais au départ, un intervenant a salué la pluralité religieuse en disant clairement que des juifs, des musulmans, des chrétiens étaient présents. Quelques minutes après, un membre (très aimable) du service d’ordre a voulu me faire enlever un autocollant spécifiant ma qualité de chrétien. Au nom de l’affichage d’un seul autocollant, celui de la Manif pour tous. Mais on a clairement confondu ici manifestation « unitaire » et « uniformité ». Malgré la désapprobation de cette personne du service d’ordre, je ne l’ai pas enlevé. Et, je me demande toujours pourquoi on a salué d’un côté la présence des chrétiens tout en voulant gommer de l’autre un signe de leur appartenance. 

Les revendications portées par les manifestants révélaient très bien le manque de clarté. Certains demandaient un référendum; d’autres, l’abolition du projet Taubira; certains un aménagement du Pacs. Des slogans efficaces cohabitaient également avec des demandes pour le moins médiocres. 

Sur la forme : la sono et la musique diffusée. Si l’on comprend très bien la volonté des organisateurs de vouloir présenter une manifestation festive et bon enfant, on peut s’interroger sur le choix musical (majoritairement de la « musique » anglo-saxonne, voire des chants révolutionnaires italiens) et sur les chars qui diffusaient cette « musique » à un volume insoutenable, notamment pour de très jeunes enfants, ce qui est un comble pour un rassemblement défendant la famille. Il est très clair que pour les organisateurs « faire la fête » passe par ce type de musique, ces volumes sonores et le déhanchement de jeunes sur des chars. De ce point de vue, il est évident que la mentalité qui anime les organisateurs est complètement en phase avec celle de leurs adversaires. Il y a pourtant d’autres moyens de se montrer joyeux et bon enfant. Peut-être serait-il bon à ce propos de relire Philippe Muray sur notre société festive et sur le type d’homme qu’elle génère. 

Il y aurait bien d’autres choses à dire, mais que conclure d’une manière plus générale ? :

dans la démocratie moderne, distincte en cela de la simple démocratie qui peut reconnaître des lois supérieures, le nombre est le point déterminant utilisé par les oligarchies au pouvoir pour faire passer leur politique. Nous sommes donc piégés, en ce sens que nous devons réussir à défendre la vérité en recourant à l’argument du nombre. Or, cette approche pourrait passer dans la mesure où nous ne perdrions pas de vue que le nombre n’est pas la source de la vérité et de la justice.

un projet comme celui intitulé le « mariage pour tous » a d’autant plus de chance de passer qu’il s’insère dans un processus où école, médias, politiques ont travaillé depuis des années à fausser les concepts de vérité et de liberté. En ce sens, au-delà du succès de la mobilisation le temps d’une manifestation un long travail d’argumentation et d’explications est nécessaire pour faire avancer les choses. Malgré les temps contraires, il faut parvenir à expliquer que la liberté ne consiste pas simplement à faire ce que l’on veut et qu’il existe une vérité sur la nature humaine. Cela nécessite donc de ne pas communier soi-même, peu ou prou, avec cette mentalité et de reprendre de manière plus globale la contre-offensive de la vérité. Il ressort pourtant de manière évidente que nombre d’opposants comme de supporteurs du projet Taubira communient au mythe du progrès.

Mais, en sens inverse, la large mobilisation de tant de personnes dimanche dernier démontre que le bon sens habite encore nombre de nos concitoyens. Il faut donc renforcer ce bon sens par des motivations rationnelles et argumentées.

De ce fait, il faut s’attendre à devoir se mobiliser pendant de longues années encore et à travailler pour diffuser au sein de notre société la culture du vrai, du bien et du juste. Il faut investir l’école, les médias, être présent au sein des associations, prendre pied dans le monde politique en diffusant clairement et intelligemment (c’est-à-dire de manière proportionnée à nos interlocuteurs mais pas de manière faussée) la vérité. Un long travail nous attend. 

 

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4 commentaires

Par Xavier Couvert, le

Je partage l'avis de Marie Semeradova. Bravo et merci pour cet excellent article de Philippe, et pour le commentaire de Marc Bergerot.Amitiés sincères,Xavier.

Par Marie Semeradova, le

Merci à Monsieur Maxence pour son heureux article et merci également à Monsieur Bergerot pour ses propos lumineux et percutants dans son commentaire et lors de l'excellente émission de Monsieur Philippe Pichot sur radiocourtoisie. Les bavards de tout poil, joyeux naïfs ou redoutables tordus se plaisent dangereusement à brouiller les pistes dans cette affaire et il est bon de lire et d'entendre des esprits clairvoyants montrer les écueils dans lesquels il ne faut pas tomber. Que tous en soient remerciés!

Par martineau, le

Nous étions près d’un million donc. Et le gouvernement fait la sourde oreille (alors que le président a reçu en 24 heures l’inter-LGBT représentant quelques centaines de personnes…). Pourtant, la victoire est à portée de main. À deux conditions: maintenir la pression et ne pas se diviser. Ne pas diviser, cela implique de ne parler que du point sur lequel tout le monde est d’accord, à savoir le retrait du projet de loi.

Par marc Bergerot, le

Après l'émission de dimanche à Radio courtoisie à laquelle je participais à l’invitation de Philippe Pichot avec Jean-Pierre Maugendre, Président de Renaissance catholique, sur le présent sujet élargi à l'ensemble des points non négociables ( émission audible toute cette semaine sur la radio) , j'ai rejoint la manif en la passant un peu en revue pour rejoindre jusqu'au bout, place d’Italie Choisir la Vie, dont je fais partie , puis place Pinel tous ceux qui avaient choisi de ne pas prendre le risque de mélanger les genres, si j'ose dire , et ainsi de ne pas mettre foi et raison dans leur poche.Tout au long du cortège j'ai pu constater que la manif dans son ensemble était un succès quantitatif qui égalait voire dépassait celle, très réussie, de 84 à laquelle j’ai nécessairement participé. A ce titre on peut rendre grâce de leur efficacité aux organisateurs et aux bénévoles.J'ai apprécié de constater hier que c'était tous nos compatriotes qui étaient représentés sans exclusive aucune malgré le" tassement" pas vraiment charitable imposé à la ligne traditionnelle de l'Eglise universelle, parfaitement supportée au demeurant par Civitas, Renaissance Catholique" et leurs très nombreux invités.J’ai également de même regretté que figurent dans le cortège principal des slogans incompatibles avec la doctrine de l'Eglise mais aussi avec l'acception la plus naturelle du bien commun .Par exemple "plus gay sans mariage" ne me paraissait pas indispensable et m'a même paru instrumentaliser, voire accepter la communautarisation d' une catégorie de personnes qui ont droit au respect de leur vie intime., sans pour autant que l'on se sente obligé, au nom d'une bien spécieuse compassion, de faire la promotion de leurs penchants .A ce titre j'ai souffert pour les clercs qui ont opté sciemment de défiler derrière de tels slogans repris pour certains dans la bouche même des ennemis de notre civilisation, tel "non à l'homophobie", cette totale, et même totalitaire, malice sémantique. Je pense parmi eux à tel médiatiquement correct "expert" en « com » qui, en principe, sait mieux que les autres que , dans les guerres, car c'est bien d'une guerre transgressive menée contre notre civilisation et l'humanité même qui est menée ici , les mots ne sont pas neutres . Ils constituent en amont des batailles, l'arme redoutable, si ce n'est décisive de la propagande choisie pour dessiner la victoire finale.Dès lors, il y a là, pour le moins, d’ici la prochaine étape, une réflexion à mener sur la pertinence à venir de cette communication dont le mérite, certes , a permis d'assurer, dans un premier temps un premier impact quantitatif nécessaire, mais au détriment toutefois, semble-t-il de l 'intelligence et de la définition claire de l'objectif impérieux autant que vital : le retrait et l'abandon , sur le fond ,de ce projet mortel pour notre civilisation .Car ayant examiné au préalable de très près les positions diverses et variées, au sein des associations, des partis présents, on peut craindre que nos ennemis déclarés, dont certaines figures, authentiques partisans de l’avortement et de la recherche sur l’embryon, qui ne se sont d'ailleurs nullement trouvées perdues derrière ces slogans , ne retournent à leur avantage la dynamique, née de leur propre propagande malicieusement instillée.L'Eglise dite "de France" n’échappera pas à la nécessité de recadrage de l'objectif, elle qui a chroniquement tant de mal a exposer une vision claire, fidèle au Magistère, tant elle a pris la mauvaise habitude de s'approprier étrangement le domaine de César au détriment de celui de Dieu, ce qu’ en terme de "résultat", même quelques seuls chiffres suffiraient à démontrer. Ceci exposé, ne nous crispons pas.Nous savons que, depuis la nuit des temps, la Lumière , a toujours surpris l'obscurité.Ce doit être le cas ici et maintenant, pour peu bien sûr que les veilleurs de nuit ne s’endorment pas et sortent au bon moment des catacombes où l’on entendrait les tenir.Restons branchés sur le seul réseau qui ne « buguera » jamais, la Communion des Saints, et maintenons allumée, chacun à son endroit, la vive Lumière de l’Espérance A ce titre, d'ailleurs rien n’ interdit d’espérer que le « petit François » devienne « grand » au moment ou toutes les circonstances, intérieures et extérieures, l'exigent.

Encart HS 17