L’abdication de Benoît XVI

Rédigé par Philippe Pichot-Bravard le dans Religion

L’abdication de Benoît XVI


Ce lundi 11 février, le Saint-Père Benoît XVI a annoncé sa prochaine abdication au cours d'un consistoire. Cette nouvelle a surpris le monde entier, et elle a attristé de nombreux catholiques attachés filialement, affectivement, à la personne du Pape Ratzinger.Cette abdication ne manquera pas d'éclairer la lecture qui sera faite de l'histoire d'un grand pontificat. Loin d'avoir été un pape de transition, comme d'aucuns l'ont affirmé au début du pontificat, pour se rassurer, le pontificat de Benoît XVI, malgré sa relative brièveté, restera comme un pontificat marquant, difficile et courageux. Alors que Jean-Paul II avait assuré la transition, une très longue transition, entre le pontificat de Paul VI et celui de Benoît XVI, Benoît XVI a pu, dans un contexte très délicat, malgré les attaques violentes qu'il a essuyées, amorcer de manière décisive une œuvre de restauration et de reconquête spirituelle dont la portée ne sera appréciée à sa juste valeur que dans plusieurs décennies. Son enseignement a permis d'isoler le mal dont souffrait notre monde contemporain, la dictature du relativisme, fruit du divorce cartésien entre la foi et la raison, et le remède, thomiste, d'une raison nourrie par les vérités de la foi. Son enseignement a permis aussi de rappeler à notre monde que le respect du droit naturel était la condition de l'existence d'un État de droit consistant. Sa douceur salésienne lui a permis de conserver l'héritage doctrinal de l'Église, de l'enseigner à notre temps, de panser les blessures du Concile, en affirmant magistralement la nécessité d'une « herméneutique de la continuité », seule conforme à l'esprit de l'Église, seule capable de maintenir l'unité de l'Église et d'y faire régner la paix. Son action éminemment pastorale de restauration liturgique lui a permis de replacer le mystère de la Présence réelle au cœur de la vie spirituelle, condition nécessaire d'un renouveau dont les premiers bourgeons sont déjà visibles, y compris dans notre vieille Europe agnostique. Son invitation à revisiter et à transmettre l'héritage de la civilisation chrétienne, en redécouvrant les grandes figures qui l'ont illustrée, qui ont embelli la Création et enrichi la connaissance en cherchant à mieux connaître Dieu, a fait de Benoît XVI le gardien de la civilisation chrétienne menacée par la barbarie matérialiste et relativiste. Ce faisant, il a mis ses pas dans ceux de Grégoire le Grand.Lors du consistoire, le Pape a déclaré ne plus avoir la force physique d'assumer le ministère pétrinien. Il est probable que les intrigues qui minent le Saint-Siège depuis un an auront conduit le Pape à anticiper sa décision de deux ou trois ans. Benoît XVI a voulu épargner à l'Église une fin de règne au cours de laquelle d'aucuns auraient été tentés d'abuser de sa faiblesse physique grandissante, ou auraient profité du spectacle d'un trop long déclin pour contester la pertinence de l'institution monarchique, comme ce fut le cas à la fin du pontificat du bienheureux Jean-Paul II. Grâce à cette décision courageuse et intelligente, Benoît XVI ne connaîtra pas de fin de règne. Il préserve magistralement l'institution pontificale en lui conservant toute sa force.Cette abdication (et non démission comme l'écrivent ceux qui n'ont aucun sens des nuances linguistiques et juridiques) n'est pas un cas unique dans l'histoire de l'Église. Déjà, en 1295, Célestin V avait renoncé au souverain pontificat quelques mois après son élection. De même, en 1415, déférant à l'invitation du concile de Constance, le pape de Rome, Grégoire XII, avait sacrifié sa tiare à l'unité de l'Église. Le choix de Benoît XVI ouvre sans doute une page nouvelle dans l'histoire de l'Église. Il y aura bientôt deux papes, sans que l'unité en souffre, un pape régnant et un pape « honoraire », dont il faudra définir la place et le rôle dans l'Église, un rôle qui devra sans doute être discret mais qui ne pourra pas être inexistant. On imagine volontiers le successeur de Benoît XVI lui demander de l'éclairer de ses conseils en l'invitant, notamment, à participer aux consistoires ; un peu à l'image de ces monastères bénédictins où le Père abbé ne manque jamais de consulter son prédécesseur. L'abdication de Benoît XVI est la conséquence de l'allongement de l'existence, de la lourdeur croissante du ministère pontifical, soumis depuis quelques décennies à des voyages fréquents et à une pression médiatique souvent hostile. Elle restera un exemple, laissé à la libre appréciation de ses successeurs, qui choisiront le moment où il leur semble, pour le bien de l'Église universelle, plus prudent de transmettre la crosse de Pierre à un homme plus jeune et, physiquement, plus fort.



À cet égard, le choix de Benoît XVI ne pourra pas ne pas influencer le déroulement du prochain conclave. Il est incontestable que le Saint-Père pèsera très fortement, d’une manière ou d’une autre, sur le choix de son successeur (plus encore que l’avait fait Jean-Paul II en faveur du cardinal Ratzinger). Le souci de préparer sa succession, à un moment particulièrement critique, où les attaques se multiplient contre l’Église, aura sans doute pesé lourdement dans sa décision. L’effet de surprise, parfaitement réussi, participe certainement du dispositif stratégique. Certes, les « loups » qui intriguent tapis dans l’ombre ne manqueront pas de se dépenser. Cependant, le Saint-Esprit, qui reste, il ne faut pas l’oublier, l’acteur principal du conclave, veille lui aussi, en pleine lumière. Il faut aux catholiques le prier ardemment. En cette Année de la foi, Benoît XVI, toujours soucieux de notre sanctification, nous offre, en quittant la chaire de Pierre, un Carême « aux petits oignons », avec double ration de prières et de pénitence pour tout le monde. En huit ans, Benoît XVI a renouvelé en bonne partie le Sacré Collège. Il a procédé à de nombreuses nominations, distinguant des personnalités éminentes, à ce jour encore sexagénaires, ce qui, dans le contexte, est un atout. Il serait dès lors étonnant que le pape qui sortira du prochain conclave soit éloigné de la ligne doctrinale, spirituelle et liturgique qu’il a illustrée depuis 2005. Avec l’aide de Dieu, c’est sans doute parmi les cardinaux les plus proches et les plus fidèles à Benoît XVI que sera choisi le prochain pape.


P.-S. :

Depuis l’annonce de l’abdication, les parieurs se déchaînent. À les croire, le cardinal Arinze serait le favori. L’idée d’un pape noir est une vieille lubie des milieux prétendument branchés. Cette fois-ci, ils oublient juste un détail : le cardinal Arinze est âgé 80 ans et trois mois. Il ne pourra donc pas participer à l’élection du nouveau pape. Certes, cela n’interdit pas au conclave de le choisir. Cependant, soyons logique : il serait très étonnant qu’après l’abdication d’un pape de 86 ans qui se jugeait trop âgé pour assumer la fonction le Sacré Collège élise un cardinal âgé de 80 ans bien sonnés.


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9 commentaires

Par Marie Semeradova, le

Un très grand merci à Philippe Pichot-Bravard pour son très bel article empreint d'un esprit très romain qui a le don de rasséréner les coeurs, n'en déplaise aux inévitables et culottés schtroumpfs grognons pressés d'exister. Comme l'écrit à juste titre Marc Bergerot, les loups sont dans la place et l'ont été depuis le début: que l'exemple de notre si bon Pape qui pendant ces huit années a bataillé si dur, à la mesure de la tâche immense qui l'attendait, et avec une si grande humilité, incite au moins les catholiques à faire preuve d'un respect filial reconnaissant plutôt qu'ils ne se répandent en un curieux lamento bien malvenu.

Par Xavier Couvert, le

Lamentable et injurieux le billet d' "Alix Moscou" (encore un pseudo, j'imagine !?) à l'encontre de "Nicolas" ... Il me semble qu'un modérateur devrait intervenir pour empêcher de telles expressions. Je suis de ceux qui, effectivement, ne pense pas devoir manifester un tel enthousiasme à l'égard de Benoît XVI, qui certes a fait avancer en bien un grand nombre de choses dans l'Eglise, mais qui n'a pas corrigé les erreurs dramatiques du dernier Concile. Espérons que le pape à venir le fera. Pour le salut du plus grand nombre d'âmes possibles (cf. les messages de Fatima : lire "mystères et vérités cachées du troisième secret de Fatima" de J. de Belfond, éd. Lanore). Compte tenu de l'état dramatique de l'Eglise catholique, tout spécialement dans les pays de souche chrétienne, il n'y a pas lieu de pavoiser, loin s'en faut. Bien cordialement. Xavier.

Par Mor Philipose-Mariam (Mgr Philippe-Marie), Métropolite de l', le

Chers amis. J'étais à Lourdes à prier pour nos malades et notre société tellement malade elle aussi lorsqu'on nous annonça l'abdication annoncée par le St Père de Rome.Cette annonce me fit l'effet d'une bombe !Loin des interprétations en tous sens, je vous invite à la prière intensive pour celui qui continue de diriger la barque de Pierre jusqu'au 28 Février pour, ensuite, se retirer, tel Célestin V (St Célestin), par amour du Christ et de l'Eglise, dans la prière.Je vous invite à prier pour celui qui devra, à sa suite, donner sa vie à la suite du Bon Pasteur pour conduire cette importante Eglise qui devrait comme il le fit humblement et sans défaillance),dans l'amour du Christ- Vérité, "présider à la Charité de toutes les Eglises".

http:eglise.syro-orthodoxe-francophone.over-blog.com/

Par Xavier Couvert, le

Bel éloge de la Fraternité Saint-Pie X (dont je ne suis pas, soit dit en passant) à l'égard de Benoît XVI : "La Fraternité Saint-Pie X a appris l’annonce soudaine de la démission du pape Benoît XVI, qui sera effective au soir du 28 février 2013. Malgré les divergences doctrinales manifestées encore à l’occasion des entretiens théologiques tenus entre 2009 et 2011, la Fraternité Saint-Pie X n’oublie pas que le Saint Père a eu le courage de rappeler que la messe traditionnelle n’avait jamais été abrogée, et de supprimer les effets des sanctions canoniques portées contre ses évêques, à la suite des sacres de 1988. Elle n’ignore pas l’opposition que ces décisions ont suscitée, obligeant le pape à se justifier devant les évêques du monde entier. Elle lui exprime sa gratitude pour la force et la constance dont il a fait preuve à son égard en des circonstances aussi difficiles, et l’assure de ses prières pour le temps qu’il souhaite désormais consacrer au recueillement. A la suite de son fondateur, Mgr Marcel Lefebvre, la Fraternité Saint-Pie X réaffirme son attachement à la Rome éternelle, Mère et Maitresse de Vérité, et au Siège de Pierre. Elle redit son désir d’apporter sa contribution, selon ses moyens, à la grave crise qui secoue l’Eglise. Elle prie pour que, sous l’inspiration du Saint-Esprit, les cardinaux du prochain conclave élisent le pape qui, selon la volonté de Dieu, œuvrera à la restauration de toutes choses dans le Christ (Eph. 1,10). Menzingen, le 11 février 2013, en la fête de Notre-Dame de Lourdes"

Par Nicolas, le

@Alix MoscouAux grands maux, les grands remèdes. Pourquoi diaboliser ceux qui se posent des interrogations légitimes face à un enseignement papal dont la rupture avec la sagesse traditionnelle de l'Eglise est parfois de nature à susciter le trouble dans l'esprit des fidèles en recherche de Vérité? Je suis frappé par l'absence d'interrogations concernant un départ qui ressemble à une désertion en pleine bataille sous prétexte que la mêlée se fait top pressante pour les forces défaillantes du général en chef. Lorsqu'un navire sombre, le capitaine est sensé être le dernier à quitter le navire. Peut-être faut-il voir dans cette manoeuvre une ultime tentative pour hâter la fin des temps?

Par Alix Moscou, le

Nicolas, le précédent commentateur de ce billet, a cru que l'occasion etait trop belle pour ne pas baver sa haine bilieuse sur Benoit XVI. Il récoltera l'assurance de nos prières pour son âme qui en a bien besoin tant elle a de mal à se soustraire aux plus faciles tentations,bien que pathetiquement ridicules, dans une obeissance sans faille au malin.

Par Nicolas, le

D'aucuns prétendent que "Benoît XVI doit être considéré comme un grand Pape ayant fait preuve d'une exceptionnelle grandeur spirituelle, intellectuelle" et morale".Il y a tout lieu d'être inquiet lorsqu'on entend de telles louanges dans la bouche de gens qui proclament par ailleurs leur attachement aux "valeurs de la République". Il y a de l'eau dans le gaz. Tout ce que BXVI avait trouvé à opposer aux idéologues actuels est le respect de la loi naturelle. Les stoïciens auraient pu en dire autant. J'avais cru comprendre que le Christ était venu nous apporter la pleine jouissance de la vie surnaturelle en vertu des mérites acquis par son Sacrifice sur la Croix. Voilà qui dépasse le simple respect de la loi naturelle,non? On se doute bien que le simple respect de la loi naturelle ne suffit pas à engendrer une civilisation. Il y faut un feu spirituel. La question serait plutôt de savoir d'où vient ce feu et pourquoi il s'est éteint.C'est un exemple parmi d'autres des hérésies véhiculées par Benoît XVI, pourtant philosophe et théologien de profession. Alors un grand Pape, vraiment? Il avoue "ne pas être à la hauteur de sa tâche". Pour une fois, nous sommes d'accord;

Par Nicolas, le

D'aucuns prétendent que "Benoît XVI doit être considéré comme un grand Pape ayant fait preuve d'une exceptionnelle grandeur spirituelle, intellectuelle" et morale".Il y a tout lieu d'être inquiet lorsqu'on entend de telles louanges dans la bouche de gens qui proclament par ailleurs leur attachement aux "valeurs de la République". Il y a de l'eau dans le gaz. Tout ce que BXVI avait trouvé à opposer aux idéologues actuels est le respect de la loi naturelle. Les stoïciens auraient pu en dire autant. J'avais cru comprendre que le Christ était venu nous apporter la pleine jouissance de la vie surnaturelle en vertu des mérites acquis par son Sacrifice sur la Croix. Voilà qui dépasse le simple respect de la loi naturelle,non? On se doute bien que le simple respect de la loi naturelle ne suffit pas à engendrer une civilisation. Il y faut un feu spirituel. La question serait plutôt de savoir d'où vient ce feu et pourquoi il s'est éteint.C'est un exemple parmi d'autres des hérésies véhiculées par Benoît XVI, pourtant philosophe et théologien de profession. Alors un grand Pape, vraiment? Il avoue "ne pas être à la hauteur de sa tâche". Pour une fois, nous sommes d'accord;

Par Marc Bergerot, le

cher Philippe, Merci pour ce très beau texte venu manifestement du fond du coeur. permettez-moi cette réflexion complémentaire : Le Sain-Père a-t-il voulu "nous épargner le spectacle" de la curée des loups glapissants que l'on avait déjà vu s'illustrer lors du déclin de son estimable prédécesseur ? A l'impossible nul n'est tenu, pas même, peut-être sauf intervention de la Grâce, le successeur de Pierre.Si les loups , pris de court aujourd’hui en effet, ne glapissent pas , on pourra craindre, qu'ils ne braient , si j'ose dire, bien assez, si la Grâce ne les muselle pas.Pour ma très modeste part, je crois percevoir dans l'exceptionnelle et grave décision de Sa Sainteté le prolongement « naturel », « surnaturel » serait peut-être plus exact , de l'ultime témoignage de son grand ami et prédécesseur, le Pape Jean-Paul II , centré celui-là sur le sacrifice constitué par l'offrande de ses souffrances, par le témoignage , celui-ci, de l'humilité de l'Espérance et de la force prépondérante de la prière . Le Saint-Père précise bien, en effet , bien qu'il entend désoramis se consacrer pleinement à celle-ci, sans préjudice du sacrifice de ses propres souffrances, pour le parachèvement exemplaire de sa mission pétrinienne de défense de l'Eglise meurtrie, et pour autant glorieuse. Ainsi donne-t-il donne parfaitement corps à "l'herméneutique de la continuité" que vous évoquez si justement. Bien amicalement à vous, en grande union de prière en attendant le prochain "cadeau" de l'Esprit-Saint qui, de Sain-Père, en Saint-Père, nous gâte aussurément bien plus que nous ne le méritons nous autres, si piètres "résistants".

Encart HS 17