Le choix souverain de Benoît XVI

Rédigé par Philippe Maxence le dans Religion

Le choix souverain de Benoît XVI

Ils sont tellement surpris qu'ils n'en reviennent pas. « Ils », ce sont tout simplement les nombreux commentateurs médiatiques de l'acte posé par le Pape Benoît XVI le lundi 11 février, en la fête de Notre-Dame de Lourdes et en la Journée mondiale du malade.

Certes, nous avons tous été surpris. Qui pourrait le nier ? Mais ce n'est pas tant la surprise qui compte maintenant que les conséquences que l'on en tire. De Franz-Olivier Giesbert qui titre son éditorial du Point « Miracle au Vatican » à l'intellectuel catholique (de gauche) Jacques Julliard qui en appelle, à la fin du sien, à un « Obama » pour l'Église, on ne compte plus la projection de leurs petites lubies mondaines sur ce moment de la vie de l'Église. Il faudrait avoir le temps d'enfiler des perles pour relever les platitudes que ces hommes en place et en cours, bien installés dans le fauteuil de leur réputation et de leur suffisance, distillent comme un magistère infaillible de dogmes mondains. Mais comme l'écrivait G.K. Chesterton : « Il y a deux sortes de gens dans le monde : les dogmatiques conscients et les dogmatiques inconscients. J'ai quant à moi toujours trouvé que les dogmatiques inconscients étaient, de loin, les plus dogmatiques. »

Pour les uns comme pour les autres, le geste de Benoît XVI montre à la fois une Église à bout de souffle, une fin de règne et une incapacité à faire face aux défis de l'heure. Comme la contradiction ne les empêche nullement d'empocher leur salaire, voire les deniers de la trahison pour ceux qui professent appartenir encore au catholicisme, ils n'hésitent pas à clamer également, sur le même ton docte, que par cette renonciation d'un pape l'Église entre enfin dans l'ère démocratique. Jacques Julliard se tortille ainsi d'aise pour saluer la fin de « l'idolâtrie » du Pontife romain. Plus prudent, Franz-Olivier Giesbert invite à ne pas se concentrer sur la seule Église en Occident, effectivement en mauvais état, mais à scruter plus largement les parties du monde où la foi catholique est vigoureuse et ardente. Ce qui ne l'empêche pas de regarder lui aussi l'avenir avec un rétroviseur en appelant à la rescousse un pamphlet de Julien Green datant des années vingt et qui s'appliquait à l'état du christianisme en France.


Depuis plus de deux mille ans que l’Église vit, nos bons apôtres de la mondanité voient dans la démocratisation sa voie de rédemption. Hors de la démocratie, point de salut ! Cet adage ne cesse pourtant de se fracasser contre la réalité. C’est la démocratie moderne qui patine depuis un certain temps, incapable de répondre aux défis de l’époque. Et, c’est l’Église qui a su installer en son sein, depuis longtemps des formes de démocraties tempérées. Les monastères et les communautés religieuses n’ont ainsi pas attendu les éditorialistes d’aujourd’hui pour s’appuyer sur le vote. Et que dire du choix du Souverain Pontife qui repose, lui aussi, sur une élection.

À ceux qui voient dans la décision de Benoît XVI une révolution dans l’Église et l’installation d’un nouveau mode de gouvernance papale, soulignons seulement que cette décision répond à un choix souverain du Saint-Père, un choix non démocratique et qu’il ne change pas de soi le droit de l’Église. La renonciation restera, à partir du 1er mars prochain, prévue comme une possibilité du droit canon. Pas comme une obligation ! C’est au nom de la souveraineté universelle inhérente à sa charge que Benoît XVI a pu prendre cette décision et jouer encore sur le paradoxe du christianisme qui échappe décidément aux yeux du monde. 

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6 commentaires

Par Casado, le

Je suis désolé de lire ces articles dans l'homme nouveau. Je suis catholique et je n'idolatre pas le Pape. Vous dites que l'Eglise va vers la fin...Je vous repond que L'Eglise a pour Tête Le Christ. Que le Pape a son ministère d'unifier l'Eglise. tous ses attaques on sait d'où il viennent. C'est dommage que votre journal s'exprime ansi. Ana Casado

Par Philippe Maxence, le

@CasadoIl suffit de lire ce billet pour voir que nous n'avons jamais écrit une telle chose.

Par Alix Moscou, le

Le choix de Jean-Paul II de rester jusqu'au bout était pleinement sa vocation, au moment où le débat sur l'euthanasie arrivait. Il a montré où se trouvait la "dignité" et qu'on pouvait mourir en donnant dignement sa vie.La vocation de Benoit XVI est une vocation tout aussi importante. Par son renoncement libre, il a montré qu'un dirigeant était au service de sa charge et non l'inverse, à une heure où la lutte pour le pouvoir dans le monde politique devient de plus acharnée, pour la gloire personnelle des hommes politiques, sans considération pour le service qu'attendent leurs administrés.

Par Julien Weinzaepflen, le

Il y a trois niveaux de lecture dans la renonciation de benoît XVI. Le premier est celui que vous faites: un acte souverain du pape régnant. Le deuxième est son impact sur la société. Cet impact peut être défini comme médiatique, comment échapper à ce que les médias soient des relais d'opinion? Si on peut apprécier la souveraineté de l'acte du pape régnant et, pourquoi pas, la beauté du geste, cet acte et ce geste donnent un mauvais signe en pleine déliquescence de toutes les institutions, à un moment où ce retrait sera fatalement assimilé, par extension, à une permission de l'euthanasie: partir quand on veut et mourir quand on veut, partir et mourir dans la dignité. Il y a enfin un troisième niveau de lecture, qui est l'impact à long terme de cette décision personnelle de benoît XVI sur l'avenir de la papauté. Je comprends que, pour les besoins de la polémique, on puisse traiter de mondains ceux qui pensent que cet acte fera jurisprudence. Il n'empêche que cela reste le scénario le plus probable. Ce scénario, on peut comprendre que certains le trouvent meilleur que la vision brejnévienne et crémelinesque que donnaient certaines fins de règne pontificales. Seulement, bien sûr, l'evangile, c'est pas du cinéma ! Le christ a donné sa vie, Saint-Pierre s'est entendu vertement signifier que la fin du serviteur n'allait pas être moins exposée que la fin de son maître. D'un point de vue évangélique, on voit mal pourquoi ses successeurs ne mourraient pas au charbon. Seulement, pour que "ça passe" dans l'opinion, dans le monde, mondain ou pas mondain, il faudrait qu'il y ait moins d'administration et moins d'emphase entre le pape et les fidèles. Il faudrait qu'un pape puisse donner sa vie sans qu'une foule d'intrigants fasse écran. Il faudrait qu'il puisse la donner devant tous comme un apôtre, comme Jean-Paul II a su crever l'écran et nous montrer une Icône du christ en croix.

www.etudestorrentielles.blogspot.fr

Par Julien Weinzaepflen, le

Il y a trois niveaux de lecture dans la renonciation de benoît XVI. Le premier est celui que vous faites: un acte souverain du pape régnant. Le deuxième est son impact sur la société. Cet impact peut être défini comme médiatique, comment échapper à ce que les médias soient des relais d'opinion? Si on peut apprécier la souveraineté de l'acte du pape régnant et, pourquoi pas, la beauté du geste, cet acte et ce geste donnent un mauvais signe en pleine déliquescence de toutes les institutions, à un moment où ce retrait sera fatalement assimilé, par extension, à une permission de l'euthanasie: partir quand on veut et mourir quand on veut, partir et mourir dans la dignité. Il y a enfin un troisième niveau de lecture, qui est l'impact à long terme de cette décision personnelle de benoît XVI sur l'avenir de la papauté. Je comprends que, pour les besoins de la polémique, on puisse traiter de mondains ceux qui pensent que cet acte fera jurisprudence. Il n'empêche que cela reste le scénario le plus probable. Ce scénario, on peut comprendre que certains le trouvent meilleur que la vision brejnévienne et crémelinesque que donnaient certaines fins de règne pontificales. Seulement, bien sûr, l'evangile, c'est pas du cinéma ! Le christ a donné sa vie, Saint-Pierre s'est entendu vertement signifier que la fin du serviteur n'allait pas être moins exposée que la fin de son maître. D'un point de vue évangélique, on voit mal pourquoi ses successeurs ne mourraient pas au charbon. Seulement, pour que "ça passe" dans l'opinion, dans le monde, mondain ou pas mondain, il faudrait qu'il y ait moins d'administration et moins d'emphase entre le pape et les fidèles. Il faudrait qu'un pape puisse donner sa vie sans qu'une foule d'intrigants fasse écran. Il faudrait qu'il puisse la donner devant tous comme un apôtre, comme Jean-Paul II a su crever l'écran et nous montrer une Icône du christ en croix.

www.etudestorrentielles.blogspot.fr

Par ROUSSEL, le

Il faut lire sur internet le récent discours de Benoit XVI aux curés de Rome, à propos de Vactican II et du rôle des médias. Les médias ne peuvent lire et comprendre que selon les catégories politico-modaines qui sont les leurs . Et malheureusement, elles influencent et dominent parfois les débats d'église.ce discours va au coeur du problème quant à la lecture de Vatican II, et au coeur des vieux débats qui encombrent encore l'église de France. Maurassiens d'action française hier , ou aujourd'hui les dominants maurassiens de gauche....c'est le "Politique d'abord" et la foi vient ensuite, une foi d'ailleurs lue et encadrée par les catégories du politique, des médias etc..... c'est à dire nos éternelles sottises : conservateurs-progressistes, modernes-réactionnaires, droite-gauche, blanc-rouge, et bien sûr la haine fanatique de ceux que l'on appelle "intégristes" assimilés alors à un Front national avec lequel on joue d'ailleurs double jeu !Vatican II est alors lu comme la victoire des progressistes sur les réacs.... avec aujourd'hui les anciens combattants de Vatican II qui ne veulent pas qu'on leur vole leur "victoire" et demandent déjà Vatican III pour "sauver" l'eglise , bien évidemment dans la dénégation de toute responsabilité quant à sa situation actuelle (alors que depuis Vatican II, ils dirigent majoritairement l'église de France) Et avec le "politique d'abord"...., la gauche divine fait des "cercles de silence" pour dénoncer le "nazisme" de C. Guéant à l'égard des immigrés, mais silence et dénégation quand M.Valls annonce fièrement en avoir plus reconduit à la frontière que M.Guéant, on (évêques, clergé, laïcs) vote Hollande , Melenchon, ou Duflot bien sûr, ...... on ferme les yeux et les oreilles sur l'IVG, le mariage pour tous, l'embryon etc...., l'adhésion/soumission au parti socialiste, front de gauche, ou écolos devient plus essentielle que l'église.... alors, un jour on la quitte purement ou simplement (Ayrault, Hollande, Duflot etc.....) indifférence ou retour au bon vieux laïcisme agressif, au militantisme athée , ou bien on milite au sein de l'église pour une réduction de la foi à un vague humanisme social-écologiste laïc ....tel est le danger et le parcours de beaucoup ! Voir par exemple la dernière campagne "Noel-autrement" d'un collectif de 27 mouvements d'église, et non des moindres !L'enjeu de Vatican II, constant enseignement du pontificat de Benoit XVI, était justement de nous sortir de la domination mentales de ces catégories politiques ou médiatiques...pour remettre en première place, la foi , la vérité de la foi comme celle de la charité.Alors Vatican II..., n'attendons rien de FX Giesbert ou J.Julliard, ouvrons le vrai débat !JC Roussel

Encart HS 17