Mort par omission

Rédigé par Adélaïde Pouchol le dans Politique/Société

 

Plongé depuis cinq ans dans le coma suite à un accident de la route, Vincent Lambert, du haut de ses 37 ans et du fond de son lit d'hôpital au CHU Sébastopol de Reims, a relancé le débat sur l'euthanasie. Une histoire dont les médias auraient bien voulu s'emparer, la situation était idéale, celle tragique d'une personne désormais condamnée à une vie jugée insupportable, une femme et une sœur convaincues de devoir le « laisser partir » par amour et des médecins ayant jugé, collégialement et selon les termes prévus par la loi, que le cas dudit patient permettait d'accélérer la venue de la mort.

L'affaire a été rapportée par Jeanne Smits, directrice de Présent, sur son blogue http://leblogdejeannesmits.blogspot.fr, révélant par la même occasion qu'une forme d'euthanasie par omission est pratiquée dans l'hexagone en toute impunité.

Vincent Lambert allait-il être le nouveau Vincent Humbert ? Une autre Chantal Sébire ? Il s'en est fallu de peu pour cet homme plongé dans un coma pauci-relationnel, comprenez à même d'entretenir une forme de relation minimale, de ressentir aussi émotions et douleur. La décision collégiale avait été prise par les médecins et la femme de Vincent Lambert le 8 avril d'arrêter l'alimentation et l'hydratation du patient, une manière de le laisser mourir à petit feu sans recourir à l'injection létale encore – pour combien de temps ? – interdite en France. Parce que mourir de faim et de soif, en revanche, est légal depuis que la Loi Leonetti de 2005 autorise à considérer l'alimentation et l'hydratation comme des traitements médicaux plutôt que des soins. Alors que d'aucuns croient encore qu'avoir un toit et manger à sa faim est un droit inhérent à tout homme, le législateur en a décidé autrement. Paradoxalement, l'eau et la nourriture ne sont pas encore remboursées par la Sécurité sociale…

 

 

Les médecins avaient, le 5 avril, vaguement informé la mère de Vincent de la décision qu’ils comptaient prendre et l’ont mise en œuvre sans plus de cérémonie le 10 avril jusqu’à ce que l’un des frères du malade découvre que ce dernier n’était plus nourri ni hydraté. Le 25 avril, la mère se rendait sur place pour s’opposer à la décision qui avait été prise et dont elle n’avait pas été informée…

Le 11 mai, Maître Jérôme Triomphe, avocat des parents de Vincent Lambert, plaidait un référé-liberté contre cette mise à mort volontaire devant le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne. Suite à quoi le juge des référés, Mme Catherine Monbrun, a ordonné que Vincent Lambert soit à nouveau hydraté et alimenté, soins jugés par l’équipe médicale comme « inutiles, disproportionnels et ayant comme seul effet le maintien artificiel de la vie ». Ont ainsi été reconnus et affirmés le droit du patient à la vie et le droit pour ses proches de s’opposer à ce qu’on lui donne la mort.

Maître Triomphe a argué du non-respect de la procédure qui avait valu aux parents de Vincent Lambert de n’être pas mis au courant de la décision prise par les médecins. Faut-il pour autant, comme l’a expliqué le Docteur Didier Sicard, chargé par le gouvernement de rédiger un rapport sur la fin de vie, considérer que cette affaire ne pose pas la question de l’euthanasie ? « Ça n'a rien à voir avec le débat actuel sur l'euthanasie. C'est une situation très fréquente. Quand plusieurs personnes de la famille ont un avis différent et que la personne n'a pas exprimé une directive anticipée, le droit a tendance à protéger plutôt la personne qui demande le maintien en vie, même si c'est déraisonnable ». L’esquive est un peu facile. La question de la procédure n’enlève rien à la gravité du sujet et, si vice de procédure il y a, c’est justement parce que la question de la fin de vie de Vincent Lambert n’était pas résolue au sein même de sa propre famille. Procédure ou non, il est avéré que Vincent est capable de pleurer et de sourire, lui que certains qualifient de « légume », lui dont la vie ne vaudrait plus la peine d’être vécue.

 

Le combat pour l’euthanasie apparaît dans toute son horreur, celui au nom duquel des gens vivants et en bonne santé, voudraient forcer les malades à accepter leur compassion et la piqûre fatale par la même occasion. Combat au nom duquel, sous couvert de donner un ultime droit au malade, on donne en réalité un pouvoir immense au personnel médical. Le droit, la liberté et l’égalité ont bon dos…

" On s'étonnerait presque que les militants du désarmement des malades en combat pour leur survie, ne les présentent pas, unis derrières leurs infirmières brandissant des seringues tricolores, pour réclamer, juchés sur des barricades de lits renversés et de poubelles de pansements nosocomiaux, le droit d'être piqués. Comme si aux jeux parolympiques tragiques de la maladie, le but de chaque participant était de mourir avec une longueur d'avance et non pas de tenir quelques heures de printemps de plus ", écrit sans complaisance Jean-Claude Martinez dans Euthanasie, stade suprême du capitalisme (Éd. Via Romana). Les bien-pensants ne s'occupent pas seulement de revendiquer leurs propres droits, ils s'occupent aussi de revendiquer ceux des autres... Jusqu'à ce que mort s'ensuive...

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1 commentaire

Par Marc Bergerot, le

Voilà qui clarifie déjà un peu mieux le sujet, encore que le terme « d’omission » généralement ambigu ,ne doit se justifier que dans le sens de l’acte volontaire ,et non de « l’erreur simple » et encore moins de « l’inconscience ».Puisque, en effet, lorsque une personne, quelle qu’elle soit, prend la décision aux termes des circonvolutions collectives, si ce n’est collectivistes de la loi Léonetti de 2005, d’arrêter les mal nommés, à dessin, « traitements » que seraient devenus –par quel miracle aussi systémique que « léonin » ? si j’ose dire -l’alimentation , l’hydratation, et la respiration, cette personne condamne volontairement et activement le patient à une mort certaine, et qui plus est dans d’insupportables souffrances.D’ailleurs c’est l’auteur même de cette tromperie sémantique habilement dissimulée dans le texte du projet accompagnant la loi qui l’invoque au secours de l’application de sa funeste loi..Il aura, diable, fallu au médecin anthropologue et législateur façon « Lumières », sept années de besogneuse et sinistre mise en pratique de sa loi , pour tenter , non sans la dose de cynisme requise, d’en justifier désormais la « sédation terminale », sorte « d’accomplissement » dans la lutte pour l’euthanasie ,à la manière, comme la explicitement revendiquée,à l’Assemblée, Madame Taubira, à l’œuvre,pour sa part dans cette autre trangression majeure programmée,par les sectes barbares du système, la destruction finale de la famille, par le mariage pour personne.Certes « l’exploit libertaire », entre tous, n’a jamais revêtu de caractère exclusif, à ce qu’on voudrait, dans un fébrile et alléchant espoir de « retour du balancier » vers la course au pouvoir à tout prix, appeler commodément, « la gauche ».Car il me souvient que Monsieur Sarkozy, qui se targuait de flatter le catho par une lettre des plus mielleuse à la veille des présidentielles de 2012 avait affiché sur son tract officiel de campagne, comme principal soutien, rien moins que l’aimable photo du néo-« humaniste » militant de toujours pour la solution finale pour chacun, l’insatiable Léonetti.On se souvient également que des catholiques déclarés comme fidèles et raisonnables, flanqués d’un quarteron d’étranges mousquetaires du goupillon, n’avaient rien trouvé de mieux que de soutenir ce sinistre équipage au second tour alors même qu’il présentait sur ce point non négociable, parmi les autres au demeurant, exactement le même degré de nuisance pour le bien commun que les hordes adverse.Comme quoi dans la « résistance catholique », il est bon de prendre le temps de mesurer les choses et les hommes sur le long terme,de ne pas toujours se fier aux apparences confites, et aux agitations de la 25 ème heure.Une bonne méditation, pourquoi pas en effet, aussi digne que celle qui s’est tenue auprès du soldat inconnu , vaut mieux que tous les artifices mondains si vite effarouchés.Soldat inconnu ,qui grâce au sens véritable que ces jeunes inspirés et courageux ont ainsi restitué à son sacrifice,ne sera pas mort pour rien ,malgré les cyniques de l’époque , les exacts prédécesseurs de ceux d’aujourd’hui, qui l’avaient ,eux aussi, et déjà , envoyé,à une mort aussi certaine qu’injuste.