Ce que Rome pourrait avoir accordé aux anglo-catholiques de l’Église d’Angleterre…

Rédigé par Daniel Hamiche le dans Religion

Ce que Rome pourrait avoir accordé aux anglo-catholiques de l’Église d’Angleterre…

C’est à midi aujourd’hui mercredi 16 juillet, que s’est ouverte la Conférence de Lambeth qui, à l’invitation de l’archevêque de Cantorbéry, “primat” de la Communion anglicane, réunit tous les dix ans les archevêques (à la tête de provinces ecclésiastiques) et évêques anglicans du monde entier. On en attendait quelque 800. Plus de 200 ne seront pas au rendez-vous. La Communion anglicane est en crise, tout comme l’est l’Église d’Angleterre. La Conférence de Lambeth devrait poursuivre ses travaux jusqu’au 3 août. C’est la quatorzième. Ce pourrait bien être la dernière…
La décision du Synode général – qui est l’organe réel de gouvernement de l’Église d’Angleterre, et dans lequel les archevêques et évêques ne comptent que pour un tiers des voix lorsque des résolutions sont votées –, le 7 juillet, de promouvoir l’ordination épiscopale des femmes sans contrepartie pour les anglo-catholiques qui y sont hostiles – comme ils le furent dès 1994 quant à l’ordination sacerdotale des femmes –, ne laisse guère d’autre choix à un grand nombre de ces derniers que celui de quitter une Église d’Angleterre qui a désormais pris le parti d’embrasser son héritage protestant et de briser le fil ténu qui la reliait encore à ce qu’elle pensait être son héritage “catholique”.
Certains hauts prélats anglo-catholiques avaient prévu cette nouvelle dérive, et l’avaient même anticipée. J’ai évoqué dans ce blogue les entretiens secrets [1] qu’ont eus à Rome les deux “flying bishops”, Andrew Burnham, évêque d’Ebbsfleet, et Keith Newton, évêque de Richborough, de la province ecclésiastique de Cantorbéry. Il s’agissait pour eux de sonder Rome « sur les moyens leur permettant [de faire retour à Rome] avec leurs fidèles » [2], c’est-à-dire des anglo-catholiques, pasteurs et laïcs, constituant des sortes de « paroisses personnelles », à la mode anglicane, où ne sont admis ni les femmes prêtres ni leurs évêques consécrateurs – ou même simplement favorables à ces ordinations…
Un certain nombre d’indiscrétions croisées avec des précédents et quelques conclusions logiques, permettent selon l’hebdomadaire britannique The Catholic Herald (11 juillet), de conjecturer les grandes lignes de l’accord-cadre que Rome serait disposée à accorder aux anglo-catholiques. Nous en donnons ci-dessous les principaux points, évidemment, sous toute réserve…

1. Rome serait disposée à accorder une “administration apostolique”, placée sous l’autorité d’un évêque catholique, pour satisfaire aux besoins pastoraux des pasteurs et des paroissiens anglo-catholiques. C’est la solution que Rome avait déjà trouvée pour accorder aux fidèles du diocèse de Campos (Brésil) attachés à la liturgie grégorienne son usage dans la pleine communion de l’Église, avec l’administration apostolique Saint-Jean-Marie Vianney. Une “administration apostolique” est un vrai diocèse mais “virtuel” en ce sens qu’il n’est pas renfermé dans des limites territoriales. Si c’est bien la solution que Rome propose aux anglo-catholiques, alors elle correspond grosso modo à ce que ces derniers avaient demandé au Synode général : la création d’une nouvelle province ecclésiastique – en plus des deux qui existent, mais recouvrant toute l’Angleterre – et la nomination d’un “super-évêque” à sa tête : ce qui leur fut refusé. Reste, bien sûr, pour le pape le choix délicat de l’évêque.
2. Les anciens anglicans se rassembleraient sous une égide commune qui pourrait prendre le nom de Fellowship of St. Gregory the Great. Cette association, placée sous la direction de l’évêque à nommer, regrouperait les anciens pasteurs anglicans ordonnés prêtres catholiques. Les paroisses de ces derniers, ouvertes à tous, seraient toutefois principalement composées d’anciens anglicans.
3. Les paroisses de cette Fellowship occuperaient leurs anciens bâtiments (églises, cures, locaux paroissiaux, etc.), mais cela exigerait un exceptionnel bon vouloir de l’Église d’Angleterre : une négociation ardue mais non impossible puisque les paroisses – des centaines ! – des flying bishops sont déjà financièrement “découplées” de l’Église d’Angleterre.
4. Les anciennes communautés anglicanes devenues catholiques pourraient, si elles le souhaitaient, utiliser en partie le Book of Common Prayer mais révisé pour un usage catholique comme c’est déjà le cas dans les sept paroisses, autrefois épiscopaliennes – anglicanes – et désormais catholiques, des États-Unis. Mais, pratiquement, cette demande ne devrait pas être très forte. Par contre, il sera intéressant de voir – si la chose se passe bien comme on l’envisage – l’usage que ces nouvelles paroisses catholiques pourraient faire du Missel de 1962…
5. Les anciens pasteurs anglicans devraient se soumettre à un programme accéléré d’études leur permettant d’être promptement ordonnés prêtres catholiques. Le fait qu’ils soient mariés ne serait pas un obstacle à l’ordination sacerdotale mais ils ne pourraient pas – comme cela se passe déjà aux États-Unis – être “curés” de paroisses mais simples vicaires. En cas de décès de l’épouse, ils ne pourraient pas se remarier. Par contre, les anciens pasteurs anglicans homosexuels pratiquants et avérés ne seraient pas admis aux ordres.
6. Les hommes laïcs ex-anglicans ne pourraient évidemment pas davantage prétendre aux ordres s’ils se mariaient, ce qui va de soi pour un catholique latin mais pas pour un anglican.
7. Pour des questions de célibat et de juridiction, on n’envisage donc pas la création d’une Église de rite anglican “uniate”.

Interrogé dans l’avion qui le menait en Australie sur les problèmes que traversaient la Communion anglicane et l’Église d’Angleterre, et qui vont être débattus lors de la Conférence de Lambeth, Benoît XVI, encore plus prudent qu’à l’accoutumée, s’est contenté de répondre lapidairement : « Nous ne pouvons pas et ne devons pas intervenir immédiatement dans leurs discussions, nous respectons leur responsabilité ». Laisser du temps au temps donc. Mais pas trop. La question n’est évidemment plus aujourd’hui de savoir si Rome va recevoir dans le bercail de l’Église une, sainte, catholique et apostolique, les anglicans qui frappent à sa porte, mais quand… Des observateurs évoquent la possibilité de l’annonce d’un tel retour et de la création d’une structure idoine en décembre prochain. Pourquoi en décembre ? Parce que c’est probablement à cette date que Benoît XVI pourrait proclamer bienheureux le vénérable John Henry cardinal Newman, le plus célèbre des anglicans revenus à Rome !

Daniel Hamiche
(qui espère avoir en partie répondu au commentaire de vivelechristroi du 13 juillet)


[1] J’apprends aujourd’hui qu’outre cette rencontre secrète – mais dont on commence à connaître une partie de la teneur – une autre rencontre – encore plus secrète ! – s’est également tenue à Rome – avant ou après celle que j’évoque – entre des évêques diocésains anglicans et de hautes autorités de la Curie. Il est peu probable qu’il se soit agi dans ce cas d’une négociation en vue d’un retour à Rome mais plus prosaïquement de sonder – dans la nouvelle situation de l’Église d’Angleterre – les chances d’une poursuite du dialogue œcuménique. On ne sait rien de plus.
[2] Ce dont ne veulent pas les évêques catholiques d’Angleterre et du Pays de Galles. Mais il semble que Rome ait – enfin ! – décidé de leur passer par-dessus la tête pour que ne se renouvellent pas les errements des années 1990. C’est la raison pour laquelle la Conférence des évêques catholiques n’a même pas été tenue au courant de ces négociations. Il faut dire que le jour même où le Synode général donnait son “feu vert” à l’ordination épiscopale des femmes, décision cruciale et gravissime mais sur laquelle la Conférence des évêques catholiques a gardé un silence… bruyant – aucun communiqué sur son site depuis le 7 juillet… –, cette dernière de conserve avec l’Église d’Angleterre publiait une « présentation conjointe » sur un rapport de l’OFCOM – l’autorité britannique pour les télécommunications – concernant l’avenir de la télévision en Grande-Bretagne et les risques de la révolution numérique !
 

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