Le célibat sacerdotal au risque de la communication

Rédigé par Philippe Maxence le dans Politique/Société

Le célibat sacerdotal au risque de la communication

Pendant longtemps, la discrétion fut la marque distinctive de la diplomatie et cette vertu fut portée à son plus haut degré d'incandescence par la diplomatie pontificale. Certes, les rapports entre l'Église et les États, entre les Princes de l'Église et les Grands de ce monde ne se réglaient pas forcément dans l'obscurité des confessionnaux. Mais, pendant des siècles, on préféra privilégier la lettre personnelle ou l'entretien tranquille aux bruits de la rue. Les temps ont-ils changé ?

La question est vaine parce qu'elle est positive. Et elle l'est au moins depuis le XXe siècle quand les papes se sont mis à répondre aux questions des journalistes, ce qui fut le cas, par exemple pendant la Première Guerre mondiale et que les pères Lombardi de l'époque furent mobilisés en toute hâte pour en rattraper les effets désastreux.

Le tout-médiatique, qui est comme l'âme profonde de notre monde actuel, n'épargne pas l'Église. Alors même qu'il n'entrera en fonction que le mois prochain, Mgr Pietro Parolin, nouveau Secrétaire d'État, a accordé un entretien dont la teneur nous est notamment présentée par Jean-Marie Guénois du Figaro. Il faut certes toujours vérifier à la source les propos rapportés. Gageons, cependant, que le chroniqueur religieux du Figaro, qui n'a rien d'un anti-romain, est resté fidèle à la teneur des propos de Mgr Parolin. Il tente même de désamorcer à sa manière les effets destructeurs que pourrait avoir l'exploitation des propos de Mgr Parolin. Ainsi il écrit à propos du nouveau bras droit du Pape : « Il ne dit pourtant rien de révolutionnaire et reste d'une grande prudence, mais il reconnaît que ce débat du célibat des prêtres pourrait être ouvert dans le cadre du nouveau pontificat. »

Alors, de quoi s'agit-il exactement ? À une question posée sur le célibat des prêtres, le prélat aurait répondu qu'il ne s'agissait pas d'un dogme, mais d'un effet de la tradition, renforcé par le concile de Trente et que de ce fait, on peut en discuter. Mais cette discussion, précise-t-il, ne peut pas aller dans n'importe quel sens : « L'on ne peut pas simplement dire que cela appartient au passé ».

Quand on préfère la communication à la discrétion efficace, il faut prendre soin à être précis et complet. Il faut savoir aussi à qui l’on s’adresse. Quand le monde moderne entend de la part de l’Église qu’une affirmation n’est pas dogmatique, il comprend de facto qu’on peut la remettre en cause et que l’on doit même le faire. Les subtilités théologiques ne l’intéressent pas, et d’abord parce qu’elles desservent son dessein d’établir le règne absolu de ce qui ne l’est pas, l’empire du dogme de l’a-dogmatique. Quand la société médiatique entend le mot tradition, elle est mue par un réflexe maladif qui consiste à allumer un feu de joie pour célébrer la fin des carcans humains. Quand la même entend qu’une réalité religieuse peut être discutée, elle comprend tout aussitôt qu’elle doit être abolie, mise au rencart, balayée par le dynamisme du progrès. Ne le sait-on pas encore à la Secrétairerie d’État ou dans les bureaux de la communication romaine ? N’entend-on pas encore tirer les leçons du précédent pontificat dont on se plaît aujourd’hui à répéter dans les couloirs romains et dans l’agora médiatique qu’il fut miné par des fautes de communication, qui devient au fil du temps, et selon le catéchisme de la société du spectacle, l’unique péché contre l’Esprit.

Le problème de l’Église aujourd’hui ne réside pas dans la communication, bien ou mal gérée, utilisée à bon escient ou dans l’« esbroufe » quotidienne, dans une course à l’alignement avec le reste du monde. Le problème de l’Église réside d’abord dans le fait de savoir ce que nous avons fait du commandement du Christ d’être dans le monde sans être du monde. Ce commandement s’adresse à chacun des baptisés et oblige chacun de nous en conscience. Cet examen de conscience n’est pas inutile, du plus simple des fidèles jusqu’au sommet de l’Église.

Une chose est certaine : ce commandement, difficile dans son application, implique une clarté dans l’engagement. C’est l’autre commandement du Christ : que votre oui, soit oui ! Concernant la question du célibat des prêtres, il aurait été ainsi souhaitable de rappeler l’enseignement des papes sur ce thème, l’encyclique du pape Paul VI sur le célibat sacerdotal qui étudie de front cette question ainsi que les nombreux documents du pape Jean-Paul II sur ce sujet (un exemple ici).

Il serait bon également de faire appel au bon sens. L’abolition du célibat obligatoire des prêtres dans l’Église latine est présentée dans une visée pastorale, afin de mieux répondre aux exigences du temps, aux difficultés des prêtres et à leur raréfaction. Comparaison n’est pas raison. Mais quand même ! Il suffit de regarder l’état déliquescent et catastrophique des confessions anglicane et épiscopalienne, où non seulement le célibat obligatoire a été aboli, mais où il a été la porte ouverte à l’ordination de femmes et de personnes homosexuelles, pour se rendre compte que ce n’est pas ainsi que l’on résoudra une crise réelle dont on ne veut pas dire le nom ni l’analyser en profondeur et justesse. Il semble qu’une fois encore l’on préfère mettre des cautères sur des jambes de bois.

Mgr Parolin a raison d’évoquer le concile de Trente. Si celui-ci a statué avec tant d’énergie sur le célibat des prêtres, ce fut aussi, en dehors des raisons spirituelles et théologiques, parce que la situation du clergé était généralement assez lamentable (prêtres mariés ou concubins, etc.). Cette décision, liée aux autres concernant le renouveau du sacerdoce, a suscité la naissance d’un nouveau clergé qui a permis la réalisation de la contre-réforme catholique et qui a porté des fruits profonds. C’est l’un des reproches que l’on peut faire au concile Vatican II, me disait souvent l’abbé Chanut. Le dernier Concile a traité de l’épiscopat et du laïcat – et il le fallait – mais a oublié les prêtres. Il ne faudrait pas que ces derniers fassent une nouvelle fois les frais d’une réforme ratée.

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