Denver : la leçon de l’archevêque à Nancy Pelosi

Rédigé par Daniel Hamiche le dans Politique/Société

Denver : la leçon de l’archevêque à Nancy Pelosi

On trouvera, si on le désire, tout l’arrière-plan de cette déclaration de l’archevêque de Denver (Colorado) et de son auxiliaire, dans un article détaillé sur mon blogue personnel (http://americatho.over-blog.com) qui, évidemment, n’engage pas celui de L’Homme Nouveau. Des déclarations de Nancy Pelosi, Présidente “catholique” de la Chambre des députés des États-Unis, et donc troisième personnage de l’État, dimanche 24 août, dans le contexte de la Convention nationale du Parti démocrate qui se tient jusqu’à jeudi à Denver, justifient pleinement cette “remise d’équerre” à laquelle se livrent l’archevêque et son nouvel auxiliaire. Il s’agit de rappeler à des responsables politiques de confession catholique que leurs positions politiques ne sont pas en cohérence avec l’enseignement de l’Église, notamment les “questions non négociables” qui touchent à la vie. Il est à noter que l’archevêque Chaput a également critiqué l’incohérence du “catholique” Joe Biden que Barack Obama vient de choisir pour son “ticket”. Tout indique que la campagne présidentielle qui va connaître un nouveau palier, sitôt que les deux candidats principaux et présomptifs seront officiellement désignés par leurs conventions respectives, ne fera pas l’impasse sur les “valeurs” – comme on l’avait peut-être imaginé trop vite voici quelques mois. L’Église catholique a son mot à dire. Elle le dit et elle va le redire grâce à de courageux évêques comme ceux dont on va lire les commentaires.

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Sur la séparation du bon sens et de l’État.
Un éclaircissement pour les fidèles de l’Église du Nord du Colorado

Denver, Colorado, lundi 25 août 2008

Aux catholiques de l’archidiocèse de Denver :

Des responsables politiques catholiques gênés par le débat sur l’avortement ont tendance à adopter une ligne dure en parlant de « séparation entre l’Église et l’État ». Mais leur conception de la séparation semble souvent ne fonctionner qu’à sens unique. En vérité, certaines personnalités politiques semblent assez à l’aise dans un rôle de théologien. Et ceci mérite quelque intérêt, non comme une affaire “politique”, mais comme affaire relevant de la précision et de la justice.

Nancy Pelosi, Présidente de la Chambre des députés, est un femme politique brillante possédant de fortes convictions et bien des talents professionnels. Malheureusement, sa connaissance de l’histoire et de l’enseignement catholiques ne semblent pas en faire partie.

Lors d’un entretien qu’elle a eu avec Meet the Press, le 24 août, on a demandé à la Présidente Pelosi quand commençait la vie humaine. Voici ce qu’elle a répondu :

« Je dirais qu’en tant que catholique fervente, et pratiquante, c’est un problème que j’ai longtemps étudié. Et ce que je sais c’est que, au long des siècles, les docteurs de l’Église n’ont pas été capables de la préciser (…) Saint Augustin parle de trois mois. On n’en sait rien. La question c’est, c’est que cela ne devrait pas avoir d’incidence sur le droit de la femme à choisir. »

Puisque la Présidente Pelosi a, selon ses propres mots, étudié ce problème depuis « longtemps », elle doit très bien connaître un des ouvrages de tout premier plan sur ce sujet du jésuite John Connery : L’avortement. Le développement du point de vue catholique [1] (Loyola, 1977). Voici la manière dont Connery conclut son étude :

« La tradition chrétienne dès ses tout premiers jours révèle une attitude fermement anti-avortement (…) La condamnation de l’avortement ne dépendait pas des – et n’était en aucune façon limitée par – théories relatives à l’instant de l’animation fœtale. Même au cours des nombreux siècles où la pratique pénale et pénitentielle de l’Église était fondée sur une théorie de l’animation retardée, la condamnation de l’avortement n’en a jamais été pour autant affectée. Quoi qu’on ait pu soutenir sur l’instant de l’animation, ou sur le moment où le fœtus devenait un être humain au sens strict du terme, l’avortement dès l’instant de la conception était considéré comme mauvais, et l’instant de l’animation n’a jamais été considéré comme une ligne de partage moral entre avortement permis et avortement interdit ».

Pour le dire avec les mots plus abrupts du grand pasteur luthérien Dietrich Bonhoeffer :

« La destruction de l’embryon dans le sein de sa mère est une violation du droit à la vie que Dieu a offert à cette vie commençante. Soulever la question de savoir si nous avons là déjà affaire ou non à un être humain c’est obscurcir le problème. Le simple fait c’est que Dieu avait assurément l’intention de créer un être humain et que cet être humain commençant à été délibérément privé de sa vie. Et cela ce n’est rien d’autre qu’un meurtre. »

Les catholiques fervents et pratiquants [2] apprendront très vite des annales historiques que dès les temps apostoliques, la tradition chrétienne a incroyablement tenu que l’avortement est un mal grave. N’ayant pas les connaissances médicales modernes, certains, chez les premiers Pères, soutenaient que l’avortement était un homicide ; d’autres qu’il équivalait à un homicide ; et de nombreux clercs ont émis des théories sur le quand et le comment l’enfant non né pouvait être animé et son âme “insufflée”. Mais aucun n’a amoindri le mal exceptionnel que constitue l’avortement en tant qu’agression contre la vie elle-même, et l’Église primitive lia de manière intime l’avortement et l’infanticide. En bref : depuis l’origine la communauté des croyants chrétiens a tenu que l’avortement était toujours et de manière grave un mal.

Bien sûr, nous savons désormais, et avec une certitude biologique, quand exactement la vie humaine commence. Dès lors, les alibis religieux en faveur de l’avortement et du soi-disant “droit au choix” ne sont rien d’autres que des alibis qui rompent radicalement avec la croyance historique chrétienne et catholique.

L’avortement tue un enfant à naître, une vie humaine en développement. C’est toujours un mal grave et le sont aussi les esquives qu’on emploie pour le justifier. Les catholiques qui fabriquent des prétextes pour le justifier – qu’ils soient célèbres ou non – ne font que se duper eux-mêmes et trompent la fidélité des catholiques qui cherchent sincèrement à suivre l’Évangile et à vivre la Foi catholique.

Le devoir de l’Église et des autres communautés religieuses, est d’être un témoin moral. Le devoir de l’État et de ses responsables est d’être au service du bien commun qui est toujours enraciné dans la vérité morale. Comprendre convenablement ce qu’est la “séparation de l’Église et de l’État” n’implique pas d’y voir une séparation entre la foi et la vie politique. Mais, bien sûr, il est toujours important de sa voir ce que notre foi enseigne vraiment.

+ Charles J. Chaput, O.F.M. Cap.
Archevêque de Denver

+ James D. Conley
Évêque auxiliaire de Denver



[1] Titre original en anglais : Abortion : The Developement of the Roman Catholic Perspective (non traduit en français).
[2] Le texte reprend les mots mêmes dont Nancy Pelosi a auto-qualifié son catholicisme…
 

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