En finir avec l'idéologie (1)

Rédigé par Philippe Maxence le

En finir avec l'idéologie (1)

La mort d'Alexandre Soljénitsyne a surpris l'Occident en pleine période de vacances. Les yeux fixés sur leurs loisirs, les Occidentaux ont entendu à nouveau la presse évoquer la souffrance du Goulag, les millions de morts et la tragédie de l'extermination organisée. Dur retour à la réalité !

À l'initiative de la revue Commentaire, les éditions Fayard viennent de publier un essai consacré à Soljénitsyne signé par l'américain Daniel J. Mahoney. Sous le nom de l'écrivain russe, il y a ce simple, mais ambitieux surtitre : « En finir avec l'idéologie ».
Je viens juste d'entreprendre la lecture de cet ouvrage, mais je voudrais déjà en parler. La raison en est simple. Il me semble que plutôt que d'explorer, pan après pan, l'œuvre immense de Soljénitsyne, Daniel J. Mahoney a choisi une voie particulièrement féconde qui est celle de saisir le dessein profond de l'écrivain. En s'attachant à la pensée politique de Soljénitsyne, l'auteur apporte des éléments de réflexions à prendre en compte face aux problèmes auxquels nous sommes nous-mêmes confrontés.
L'ouvrage s'ouvre sur une préface d'Alain Besançon. Il rappelle ce que l'on doit à Soljénitsyne dans la compréhension du communisme. Il écrit ainsi :

« Il a compris que le communisme ne reposait pas  d'abord sur la police, sur l'armée, sur une bureaucratie privilégiée, sur une caste de profiteurs, ni même sur la terreur, mais sur une chose indéfinissable, sur une formation mentale bizarre, sur une maladie de la pensée, sur une perversion linguistique. Il l'a nommée de son nom officiel, idéologie, et de son nom métaphysique, mensonge. »
Comme il se doit pour un préfacier, Alain Besançon présente l'auteur et son livre, mettant en relief ce qu'apporte Mahoney : la modération de Soljénitsyne; sa conception décentralisatrice de l'organisation de la société; son désir d'une économie de marché régulée; sa critique du progrès.

Mais  Alain Besançon prend aussi ses distances avec Soljénitsyne. Sur le plan historique, en étant plus critique que lui sur son « grand homme » politique (Stolypine). Il regrette aussi son manque d'intérêt pour les langues étrangères qui l'a empêché de lire les auteurs autres que Russes. Il constate avec regret son incompréhension du détachement de l'Ukraine et de la Biélorussie ainsi que son soutien critique à Poutine. Malgré tout, Alain Besançon termine en estimant que Soljénitsyne fut la seule grande voix qui ait appelé les Russes « au repentir, au retour à la vérité ».
De son côté, dans sa préface à l'édition française, Daniel J. Mahoney ne cache en rien la très profonde sympathie qu'il éprouve pour son sujet. Il y a même là quelque chose de touchant dans le mode d'expression, tellement américain. Il présente surtout très clairement sa thèse :
« Soljénitsyne critique en fait la modernité radicale, c'est-à-dire un “humanisme anthropocentrique” qui fait de la volonté humaine autonome le fondement même de la liberté. En même temps, la critique du rationalisme des Lumières par Soljénitsyne n'implique aucunement un refus du “monde moderne” tout court. Soljénitsyne ne rejette pas tant la modernité que son entêtement à assimiler le progrès moral au progrès technique. »

À plusieurs reprises, Mahoney insistera pour dire que sa critique du socialisme et du libéralisme ne pousse pas l'écrivain russe du côté de la Réaction. Seulement, si Mahoney prend bien soin de définir le socialisme et le libéralisme, dans le contexte de son étude, en aucun moment, au moins dans le début du livre, il n'apporte une définition précise du terme réaction qui semble n'être qu'un mot cliché.
La conséquence de la thèse défendue touche à un autre point. Pour l'auteur, l'intérêt de Soljénitsyne tient au fait que sa pensée s'inscrit dans un grand courant non seulement russe, mais aussi « qui commence avec Platon et Aristote et se poursuit avec Montesquieu, Burke et Tocqueville ».
Nous essayerons de voir plus tard de quelle manière, en suivant l'exposé très facilement lisible de Mahoney.

Alexandre Soljénitsyne, En finir avec l'idéologie
, Fayard/Commentaire, 338 pages, 20€

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2 commentaires

Par Maximilien FRICHE, le

J'ai peur malheureusement qu'on n'en finisse jamais avec l'idéologie. Sa caractéristique est d'être recyclable à perpétuité. L'idéologie se penche avec nous sur sa propre tombe, et est fière de son nouveau visage. On la reconnaît à son projet de revenir sur ce qu'elle considère comme un scandale : la création.

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Par Jeannot Duchesne, le

Loin de moi de cautionner le communisme mais il me semble que c'est faire les coins ronds en mentionnant que la misère du peuple russe naît avec la révolution bolchévique. L'histoire montre bien que c'est sous le mariage du tsarisme et de l'orthodoxie que la misère est née; cause de la révolution qui a ajouté à la misère.