Que penser du dossier de La Croix consacré à la théorie du Genre ?

Rédigé par Adélaïde Pouchol le dans Politique/Société

Que penser du dossier de La Croix consacré à la théorie du Genre ?

« On revendique, on s’alarme dans une confusion générale. Mais les véritables enjeux du Genre, eux, sont escamotés. Que recouvre vraiment ce concept ? Pourquoi provoque-t-il tant de malentendus ? Et quelles sont, au final, les évolutions réellement à l’œuvre ? Les réponses sont d’autant plus cruciales que derrière le “Genre” se profile un combat politique opposant deux visions du monde. »

Le quotidien La Croix offre dans son édition du 12 novembre dernier un dossier de 8 pages sur les enjeux de la théorie du Genre, « non pour alimenter les controverses mais, au contraire, pour aider ses lecteurs à y voir plus clair et à se forger leur propre opinion ». Sont réunis dans ces pages sociologues, philosophes, essayistes et théologiens pour expliquer à la fois les enjeux de cette désormais fameuse théorie et esquisser quelques réponses. Le dossier se refuse à adopter un ton alarmiste et se pose comme arbitre entre les promoteurs du Gender et « des citoyens (qui) pourfendent ce qu’ils appellent la théorie du Genre ». À croire que l’inquiétude d’un nombre de parents qui va croissant, que les alertes répétées d’experts de la question sont le fait d’une lecture un peu rapide des « études de Genre ».

Ignorance ou imprudence ?

C’est dans ce même état d’esprit que La Croix se fait l’écho du Secrétariat général de l’Enseignement catholique qui se dit peu inquiet de l’intrusion du Gender à l’école. De fait, la notion de « théorie du Genre » n’apparaît pas explicitement dans les programmes scolaires et les professeurs demeurent relativement libres d’utiliser ou non les manuels scolaires. Éduquer les enfants à l’acceptation de la différence sexuelle : tel est le motif officiel des nouveaux programmes scolaires. Mais comment éduquer au respect de la différence lorsqu’elle est niée ? Et comment accepter, comme chrétiens, la banalisation de l’homosexualité ? Ce qui n’est pas explicite n’en est pas moins pernicieux et la volonté de Najat Vallaud-Belkacem, ministre des Droits des Femmes, de faire étudier les auteurs de littérature a travers le prisme de leur orientation sexuelle n’est qu’un exemple parmi d’autres de l’état d’esprit qui anime l’Éducation nationale, autant d’ailleurs que la liste des associations mandatées par ledit ministère pour intervenir dans les écoles afin de compléter l’enseignement donné en biologie sur la reproduction et la sexualité : SOS homophobie, le Planning Familial… la liste est longue ! Ignorance ou manque de courage, en tout état de cause, l’enseignement catholique n’a pas pris la mesure de la révolution anthropologique qui se joue à l’école de Vincent Peillon, celui-là même qui veut « arracher les enfants à tous les déterminismes »

Les enjeux du débat

Très justement, ce dossier montre les différentes acceptations du terme de Genre, sa pertinence pour expliquer la différence entre donné et construit, entre le substrat biologique et la construction psychologique et sociale de l’identité sexuelle. Très justement aussi, le dossier montre l’utilisation abusive qui peut en être faite lorsque ce concept devient la clef de voûte d’un féminisme qui ne fait qu’exacerber la lutte de pouvoir entre homme et femme, pour combattre ensuite – parce qu’il y a une évolution de la lutte – la norme hétérosexuelle et promouvoir enfin une totale indifférenciation sexuelle. Au fond, ce sont les questions de la liberté et de la place du corps dans l’identité de la personne qui sont en jeu et le débat à ce sujet par tribune interposée entre le philosophe Thibaud Collin et le sociologue Éric Fassin est fort intéressant.

Considère-t-on qu’il y a un donné naturel qu’il faut respecter et qui fonde les lois positives ? Considère-t-on que la différence homme-femme est structurante pour la société ? Les éléments de réponses donnés par Thibaud Collin s’appuient sur une conception de l’homme qu’il serait intéressant de déployer, en redécouvrant notamment la notion de vertu, conformément à l’enseignement du Docteur angélique. La vertu permet en effet d’articuler, dans une perspective chrétienne, nature et liberté, donné et construit : saint Thomas d’Aquin prenait déjà en compte la condition historique de la personne en expliquant que l’homme s’accomplit par la pratique des vertus et l’intégration progressive de ses capacités morales.

En revanche ce dossier, qui prétend pourtant montrer les enjeux politiques de la théorie du Genre ne montre nulle part comment cette idéologie – puisqu’il faut bien appeler les choses par leur nom – infiltre tous les niveaux de la politique, comment des directives d’application de la notion de Genre sont imposées aux pays par les instances internationales et spécialement l’Onu. Nulle part n’est évoquée la conférence de Pékin en 1995 qui marque le début de ce qu’on appellera ensuite le « Gender meanstreaming », soit l’application dans tous les domaines sociaux et politiques d’une certaine conception de la liberté, de l’égalité, de l’identité et du corps… Il suffit pourtant de lire le rapport sur l’éducation publié par l’Onu en 2011 pour y trouver tout ce qui est actuellement appliqué à l’école en France. Les enjeux politiques du Gender, c’est aussi cela : une idéologie insidieusement imposée aux nations par une élite qui se cache derrière ses objectifs affichés de paix et d’aide au développement.

Les conditions du dialogue

Finalement, la volonté de dialogue et de débat et louable, elle est féconde lorsque les interlocuteurs ont quelque chose à dire. Et il apparaît clairement dans ces pages que si des intellectuels ont su penser, creuser, analyser, vulgariser la pensée chrétienne sur l’homme, l’altérité sexuelle, le mariage et la filiation, ils ne sont pas encore assez lus, assez connus. Le dossier de La Croix présente des analyses intéressantes de la théorie du Genre, il est moins efficace dans les réponses qu’il apporte et ne fait qu’esquisser des pistes. Certains faits problématiques sont exposés sans plus d’explication, notamment le cas d’enfants transsexuels allemands qui ont la possibilité de ne pas choisir de sexe sur leur état civil : un cas concret qui mériterait une analyse en plus du simple exposé des faits. On attend d’un journal catholique qu’il ne se contente pas de décrire mais qu’il donne un éclairage sur ces questions, qu’il prenne clairement position contre une idéologie dont on sait qu’elle est en opposition totale avec le magistère de l’Église. Si certains articles du dossier sont clairs, d’autres le sont beaucoup moins et prêtent le flanc à un certain relativisme où détracteurs et promoteurs du Gender ne sont que deux camps qui s’affrontent mais se valent.

Prendre position

Ces pages laissent le lecteur sur sa faim et donnent cette impression que les catholiques, confortablement installés dans la certitude que la nature créée par Dieu est bonne, sont dépassés par cette rupture voulue par la modernité entre donné et construit, entre nature et culture, entre le corps et l’esprit. En fait de dialogue, ce qu’il faut surtout retrouver, c’est l’apport d’une anthropologie vraiment chrétienne qui puisse répondre aux questions si essentielles de la place du corps dans l’identité, de l’acceptation de sa nature, de la fonction structurante du mariage dans la société. 

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6 commentaires

Par JEAN, le

Le genre de Dieu,
Monseigneur di Falco-Léandri, dans sa dernière chronique vidéo de l’hebdomadaire du Point, a traité avec beaucoup d’humour les changements qui pourraient bien intervenir dans notre vie concrète avec l’accélération d’une radicalisation de la laïcité basée sur la théorie du genre.
Il s’est autorisé à mettre, d’une manière assez perfide, sur un même plan le changement d’appellation des villes commençant par un nom de Saint et la proposition de Kristina Schröder, membre de l’Union chrétienne-démocrate d’Allemagne, de changer le genre de Dieu : « der (masculin) en das (neutre), soit de suggérer nommer Dieu par : das liebe Gott »
Je suis moi-même très attaché à l’histoire de la France et au sens des mots forgé par l’histoire. J’aurai préféré à ce titre que le terme « Union civile » soit préféré pour l’union des homosexuels au mot « mariage » tout en donnant bien entendu les mêmes droits revendiqués au titre de l’égalité et du respect des personnes.
Les différentes traditions monothéistes font cependant appel à un « Dieu le Père » strictement masculin Mais le catéchisme de l’Eglise Catholique au numéro 239 ne stipule-t-il pas : « Il convient alors de rappeler que Dieu transcende la distinction humaine des sexes. Il n’est ni homme, ni femme, il est Dieu. Il transcende aussi la paternité et la maternité humaines, tout en étant l’origine et la mesure. Personne n’est père comme l’est Dieu».
Comment peut-on encore comparer la puissance de Dieu, cet « esprit » hors du temps créateur de l’Univers en expansion sorti du chaos depuis « le bing bang » il y a un peu plus de 13.5 milliards d’années, puis de la formation de la terre il y a 4.5 milliards d’années, de l’apparition de la vie dur Terre il y a 3.8 milliards d’années et des premiers hominidés à environ 7 millions d’années, avec les potentialités limitées de l’Homme moderne ?
C’est pourtant de cette manière que Jésus présente son « père » selon l’auteur ou les auteurs ? de l’Evangile de St Jean : « celui qui m’a vu, dit le Christ, a vu le Père ! Jn 14.9 ». !
En conclusion je pense que nous devrions pouvoir légitimement remettre en question des images construites sans pour autant être accusé de pourfendeur de notre perte d’identité.
Il y en a une autre image qui me tient tout particulièrement à cœur.
C’est l’image du « démon », qui semblait coexister avant le bing bang avec le Créateur de l’Univers, à égalité de puissance avec lui, et qui est la source du « mal ».
Cette influence maléfique d’une entité tapie dans l’ombre de notre inconscient, notre part d’ombre ! … accréditée de plus très clairement par la psychanalyse de Jung !
Alors que les neurosciences nous ont montré depuis, que notre capacité innée à être altruiste, dans un contexte donné est très variable selon les individus, voire extrême, et que pour beaucoup le « Mal » est tout simplement la conséquence consciente d’une mauvaise exploitation de la liberté que notre Créateur nous a laissée.
Mais cette image d’un « démon » n’a-t-elle pas tout simplement été instrumentalisée par les puissants au cours de l’histoire pour maintenir l’homme dans une culpabilité permanente de « pécheur » et pour réaliser aussi la prophétie des Ecritures saintes annonçant la venue d’un Rédempteur qui rachète nos fautes avec la promesse d’un salut dans l’au-delà selon notre conduite ici-bas ?
Je n’accepte donc pas qu’au titre du respect du sens historique des mots toutes les générations présentes et avenir soient condamnées à rester engluées dans un carcan de dogmes rigides, injustes, comme celui du « péché originel » et intangibles depuis les premiers siècles.
D’autant plus que cette déconstruction n’altère en rien le message essentiel et fondateur, d’inversion des valeurs, annoncé par le « prophète » Jésus et base de nos règles pour mieux vivre ensemble, même si elle remet fondamentalement en question sa filiation par rapport au Créateur.
– Le 03/02/2014

Par Konrad Stettbacher, le

Mesdames et Messieurs de la Vie.
Quelle est la vie pour laquelle vous avez envie de combattre ? Que votre oui soit oui, que votre non soit non...Cessez de vous tenir assis entre deux chaises. Vous craignez de froisser vos lecteurs ? Tout au moins certains ? Vous vous affichez pourtant pour une parution catholique. Quand vous déciderez-vous à afficher clairement les couleurs de votre foi ? Faire de la sociologie est inutile à la foi mais témoigner devant tout votre public que votre foi ne peut accepter la compromission avec "le Monde" est ce que les croyants attendent de vous.

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Par Konrad Stettbacher, le

Il ne me semble pas si malaisé de réduire la théorie du genre à une vraie peau de chagrin. C'est une construction émotivo-sociétale élaborée par une infime minorité qui n'accepte pas de se savoir marginale. De plus en plus d'études scientifiques de premier plan s'accordent pour reconnaître, qu'en plus de l'incontournable différenciation des sexes qui permet d'assurer la perennité des espèces vivant sous le soleil, il apparaît très clairement que le cablages des deux hémisphères cérébraux ne sont pas les mêmes chez les hommes et chez les femmes : ce que la sagesse avait fait percevoir et comprendre depuis longtemps. Si vous le voulez, je pourrai vous faire parvenir mes références (en effet, les scientifiques se tiennent à distance de la théorie qui ne repose que sur des émotions et de la révolte).

Par Richard, le

Je partage l'analyse de cet article après la lecture de l'article de la Croix : Le respect des pro-gender est louable ; mais les articles incitent à croire que le combat contre l'identité des genres n'est pas justifié.

Par ddav, le

"... et donnent cette impression que les catholiques, confortablement installés dans la certitude que la nature créée par Dieu est bonne, sont dépassés par cette rupture voulue par la modernité entre donné et construit, entre nature et culture, entre le corps et l’esprit."

C'est une blague ... ?

Il n'y a pas de "modernité" qui débarque 'comme ca' de rien : il y a des mouvements ideologoqies (gender, LGBT, 'féminisme', 'laicité', etc ...) qui sont à l'oeuvre. Point.

Par Baltus, le

Il est grand temps que l'on mette la Croix "à "l'Index", son relativisme théologique et moral est pourtant connu depuis des décennies...