Travail au noir : extension du domaine de lutte

Rédigé par Philippe Maxence le dans Politique/Société

Travail au noir : extension du domaine de lutte

La nouvelle fait la Une des journaux. Non, il ne s’agit pas des ennuis de santé du Président Hollande, mais d’un sujet beaucoup plus grave : l’extension du travail au noir.

Un Français sur trois

Selon une enquête réalisée fin novembre pour le baromètre 02-Market Audit, un Français sur trois déclare travailler ou avoir travaillé au noir dans le passé. Ils étaient 13 % en 2008.

À ce chiffre, il faut encore ajouter celui d’une nouvelle catégorie : le « travail gris ». Cette appellation renvoie à un travail dont seule une partie des heures effectuées est déclarée. Selon la même enquête, près de 20 % des sondés ont affirmé avoir recouru au « travail gris » contre 2 % seulement il y a cinq ans. Des chiffres d’ailleurs corroborés par ceux de l’Urssaf, l’organisme chargé de collecter les cotisations sociales.

De ce côté-là, en effet, on fait grise mine. On constate un effondrement de 8 % des heures déclarées par les particuliers employeurs début 2013 alors que, selon la Fédération des particuliers employeurs (Fepem), le nombre de ces derniers n’a baissé dans le même temps que de 1 % à 2 %. Un chiffre qui tend à prouver que ce type d’employeurs recourt plus largement au « travail gris ».

Parmi les professions ou les emplois les plus touchés, on note les gardes d’enfants et les aides scolaires, l’accompagnement des personnes âgées ou les personnes travaillant dans le domaine des tâches ménagères.

Un sport national ?

Le recours au travail au noir, ou à sa variante décolorée, n’est cependant pas un phénomène nouveau. Certaines régions de France survivent même grâce à une économie parallèle, difficilement chiffrable, mais réelle et qui touche, outre les domaines déjà signalés, un grand nombre des métiers de l’artisanat. Le « système D » est depuis longtemps considéré dans notre pays comme un sport national.

La nouveauté se trouve donc dans l’accélération du processus. La crise économique qui touche notre pays explique pour une grande part cette montée en puissance. La politique socialiste mise en place par le gouvernement Hollande-Ayrault amplifie encore le phénomène par une fiscalisation accrue et, plus encore, par le soupçon généralisé que nos élites font peser sur le travail, la liberté d’entreprendre, la responsabilité, la nécessaire souplesse que nécessitent les circonstances économiques, etc. Après avoir dépouillé les Français de la propriété de leur métier, après avoir « désencastré » l’économie de sa fonction sociale la réduisant à trouver sa finalité en elle-même ou, pire encore, dans les intérêts financiers qu’elle peut servir, le pouvoir politique (à Paris comme à Bruxelles) a préféré surencadrer la vie économique, notamment par le biais de la fiscalisation accrue, au risque de l’étouffer complètement.

Recherche air désespérement 

Ce risque est devenu une réalité. D’où la recherche désespérée d’un peu d’air frais pour la vie économique et ce recours au travail au noir et à l’économie parallèle.

Malheureusement, une fois encore, on se contente de prendre acte du problème ou de le dénoncer en recourant à des catégories morales qui, en l’occurrence, ne changeront pas grand-chose au problème.

Ce discrédit moral, toutefois, permettra une nouvelle répression étatique et para-étatique, en amplifiant l’arsenal des sanctions négatives et la dénonciation des déviants. On peut d’ailleurs compter sur la grande presse pour entonner le refrain des vierges outragées et pour dispenser les cours de moral obligatoires et de civisme bobo pour temps de crise. Mais, ce faisant, le problème ne sera pas réglé. Le temps de l’averse, les Français ouvriront le parapluie et chercheront les moyens de contourner à nouveau la loi.

Car le problème restera le même : pourquoi les Français doivent-ils recourir au travail au noir ou gris plutôt que de déclarer franchement leurs employés ?

Les réponses techniques sont évidentes : surpoids des cotisations sociales, système de protection obsolète et irréformable, fiscalisation accrue, etc.

Plus immoraux aujourd'hui qu'hier ?

Au-delà, pourtant, il conviendrait de se poser la question de savoir si les Français sont, sur ce point, devenus plus immoraux et moins civiques qu’en 2008, année des derniers chiffres touchant le travail au noir ?

À vrai dire, on a quelque difficulté à le croire car aucun facteur explicatif ne permet de corroborer une telle accélération de l’immoralité civique chez ceux qui sont des employeurs et non des petites frappes de zones difficiles.

En fait, la question est clairement politique, au sens vrai du terme. Depuis des décennies, en fonction des idéologies à la manœuvre dans notre pays, on a créé les conditions sociales poussant les individus à recourir à la dissimulation, au mensonge, aux tours de passe-passe, aux calculs aux marges, plutôt que de déclarer clairement les choses. Répétons-le : les Français sont-ils devenus en l’espace de quelques années les passagers clandestins du grand navire national parce que dans le même temps ils seraient devenus tous individuellement des êtres immoraux ?

Un système qui porte au mensonge

Plus simplement, il semblerait que les politiques mises en place dans ce pays, que le système lui-même, favorisent d’eux-mêmes cet esprit de dissimulation et de mensonge. Naguère, Lech Walesa le remarquait déjà en ce qui concerne la Pologne communiste. Pour vivre et survivre, il fallait mentir. Mis dans un mauvais tonneau, le meilleur des vins finit par pourrir.

La question du travail au noir montre bien que notre pays a atteint une telle situation. Pour survivre, les Français doivent mentir. Donnons-leur la possibilité de sortir de ce piège, il est à parier qu’un grand nombre d’entre eux retrouvera un sens civique qu’ils n’ont abandonné que sous la contrainte des lois et des événements. Dans le cas précis du travail au noir, l’arsenal des dispositions techniques permettant une plus grande respiration dans le domaine de l’activité professionnelle existe et il est connu. Plus fondamentalement, car la question touche toute la vie sociale, la question que devraient se poser les gouvernants, à tous les étages des lieux de décisions, est celle-ci :

L'art politique : concilier le bien particulier et le bien commun

Quelle est la politique qui donnerait intérêt aux Français de choisir librement de bien faire ? Comment concourir à la jonction la plus permanente possible du bien personnel, familial, etc. et du bien commun pour que l’un ne joue plus contre l’autre en permanence ?

Une politique qui dégagerait les solutions dans ce sens serait plus à même dans les moments de crise, tels que nous les vivons aujourd’hui, de demander de sacrifier son intérêt personnel en vue du bien commun.

 

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