Le déni de l’enfant

Rédigé par Jean-Michel Beaussant le dans Politique/Société

Le déni de l’enfant

Après le déni de grossesse, le déni d’enfant. La justice va-t-elle suivre ces théories négationnistes dans son jugement du couple corrézien ayant dissimulé l’existence de leur petite-fille ou chercher à éclaircir les zones d’ombre de cette affaire et sanctionner l’inacceptable ?

Déni de grossesse ?

Un couple corrézien a été mis en examen fin octobre deux jours après la découverte dans un coffre de voiture de leur bébé, privé de soins et apparemment dissimulé à tous depuis sa naissance ! Un cas qui « défie l’imagination », a-t-on dit. Le « néonaticide » en moins, ce cas s’apparente au syndrome inquiétant du soi-disant « déni de grossesse » qui défraie la chronique depuis quelques années (cf. L’HN du 27 février 2010). C’est ce que n’a pas craint d’affirmer Chrystèle ­Chassagne-Delpech, l’avocate de la mère :

« On est complètement dans le déni de grossesse, totalement. On est dans le déni dès lors que cette femme n’a pas eu conscience de son état de grossesse, de l’accouchement non plus. Aujourd’hui elle réalise… ».

La découverte

La fillette a été trouvée déshydratée, nue, sale, apparemment fiévreuse, dans un couffin placé dans le coffre d’une voiture que la mère avait amenée à un garage à Terrasson (Dordogne), à 10 km de leur village de Brignac-la-Plaine (Corrèze). Les employés avaient été alertés par « des bruits bizarres, comme des gémissements », venant de l’arrière. Ils avaient ouvert le coffre horrifiés, devant une mère inconsciente, semble-t-il, de la gravité de ce qu’elle avait fait…

Depuis sa naissance le bébé aurait été caché « à tous points de vue, c’est-à-dire auprès des proches, des membres de la famille, du voisinage et de l’état-civil », selon le procureur de Brive, Jean-Pierre Laffite, qui a souligné le caractère « exceptionnel » du cas. La mère (45 ans), d’origine portugaise et sans emploi, a déclaré aux enquêteurs avoir accouché seule, dissimulé l’enfant à son compagnon (40 ans). Lui-même portugais, artisan du bâtiment au chômage, a assuré ignorer son existence… Ils sont poursuivis pour privation de soins et d’aliments par ascendant au point de compromettre l’état de santé, violences volontaires habituelles sur mineur de moins de 15 ans, et dissimulation ayant entraîné atteinte à l’état-civil d’un enfant. Les « violences » visées sont de nature psychologique ou environnementale, précise-t-on de source judiciaire, en soulignant l’absence « d’indication de violence physique ». La petite fille (qui n’avait donc pas d’identité) présentait des retards importants notamment de la taille, du poids et de capacités incompatibles avec son âge, estimé entre 15 et 23 mois. Elle ne parle pas et nécessitera « une prise en charge extrêmement lourde sur le plan éducatif pour compenser ses carences », a précisé le procureur.

Trois autres enfants du couple, une fille de 4 ans et des garçons de 9 et 10 ans, normalement scolarisés et qui n’avaient « jamais attiré l’attention », ont été confiés aux services sociaux de Corrèze. Le couple encourt une peine de prison maximale de 10 ans.

Une thèse fumeuse

Rappelons que, selon la théorie fumeuse du « déni de grossesse » répandue par le professeur Israël Nisand : « Il ne suffit pas d’être enceinte pour attendre un enfant. S’il n’y a pas de parole, il n’y a pas d’enfant, il y a de la tumeur humaine. » Cette logique nominaliste du « projet » et du « rejet » est précisément celle du « droit à l’IVG » mais aussi celle du stockage et du triage des embryons surnuméraires.

Une nouvelle infraction

Dans cet esprit négationniste du « déni de grossesse », l’avocate de Véronique Courjault (trois bébés mis au congélateur !) avait demandé l’introduction d’une infraction spécifique dans le Code pénal : le « néonaticide », afin de différencier « les mères qui tuent à la naissance des mères qui tuent un enfant » ! La mère a simplement oublié ici de tuer directement son nouveau-né : péché par omission par lequel ­elle est aujourd’hui paradoxalement plus coupable aux yeux de notre société de consommation avec sa culture du rebus, comme dit le Pape François. Au déni de grossesse s’ajoute le déni de naissance, dans le même et terrible déni de l’enfant comme personne. Un déni de réalité tragiquement révélateur de la schizophrénie de notre culture de mort. Mais on peut continuer encore très loin dans cette spirale infernale. Un Nisand ne ­pourrait-il pas dire en effet : Il ne suffit pas d’accoucher pour avoir un enfant… Au secours, ils sont devenus fous dangereux !

 

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