Au fond d'une éprouvette

Rédigé par Adélaïde Pouchol le dans Politique/Société

Au fond d'une éprouvette

Allemagne, Autriche, Chypre, Croatie, Espagne, France, Grèce, Hongrie, Italie, Lettonie, Lituanie, Luxembourg, Malte, Pays-Bas, Pologne, Portugal, Roumanie et Slovaquie : issus de 18 pays européens, 1 721 626 citoyens avaient signé au cours de l’année 2013 l’initiative citoyenne « Un de nous » réclamant la protection de l’embryon dans les lois européennes. Un coup de force en termes de mobilisation puisque les chiffres dépassaient largement le minimum requis, à savoir sept pays participants et un million de signatures.  Le 28 février dernier, la Commission européenne a officiellement annoncé que l’initiative citoyenne réunissait les conditions requises pour être validée. Elle sera donc examinée sous trois mois et les organisateurs d’« Un de nous » auditionnés par le Parlement européen. Bien entendu, la Commission européenne n’est pas tenue de suivre les préconisations de l’initiative citoyenne et il n’est pas certain qu’elle en tiendra compte dans sa législation. Néanmoins, le succès d’« Un de nous » représente déjà une belle victoire dans la prise en compte de la problématique de la protection de l’embryon, d’autant que l’actualité bioéthique est inquiétante à bien des égards.

Dépistage généralisé

En effet, au même moment,  le New England Journal of Medecine a publié les résultats de l’essai clinique d’une équipe de scientifiques, conduite par le Dr Diana W. Bianchi, travaillant sur un test de dépistage prénatal non-invasif (DPNI) des anomalies chromosomiques. Contrairement à l’amniocentèse, test actuellement pratiqué qui consiste à prélever des cellules fœtales dans le liquide amniotique, le DPNI consiste à prélever des fragments d’ADN du fœtus dans le sang de la mère. Le DPNI promet à la fois des résultats plus précis et une baisse considérable du risque de fausses couches, que provoque parfois l’amniocentèse. Il peut être pratiqué très tôt, dès la 9e semaine de grossesse, sur toutes les femmes et non plus seulement celles dont l’enfant présente un risque d’anomalie chromosomique. C’est là qu’est la nouveauté : le DPNI est déjà pratiqué sur les « populations à risque », mais les essais cliniques ont montré qu’il pourrait être proposé à toutes les femmes enceintes.

Des essais doivent encore être faits et avec un coût minimum de 800 euros, ce test ne sera sans doute pas généralisé immédiatement. Mais les chercheurs annoncent déjà de nouveaux résultats d’ici cinq ans et estiment que le DPNI permettra de dépister d’autres problèmes que les anomalies génétiques. C’est toute la politique de santé publique qui pourrait être à nouveau bouleversée par ce dépistage généralisé des enfants porteurs d’anomalies chromosomiques. De 96 % d’enfants trisomiques dépistés et avortés, on pourrait bien passer à un chiffre proche des 100 %. C’est d’ailleurs le but affiché d’une partie de la communauté scientifique, tandis que d’autres chercheurs tirent la sonnette d’alarme face au développement d’un eugénisme de masse.

De l'utérus à l'éprouvette

Au dépistage prénatal s’ajoute la pratique du dépistage pré-implantatoire (DPI) pour les enfants conçus in vitro et qui pose les mêmes questions éthiques. Car le meurtre des enfants malformés procède en réalité de la même logique que la conception d’enfants sur mesure : l’être humain devient un produit de consommation, que l’on se procure compulsivement ou que l’on jette s’il ne plaît pas. Comme le rappelle le biologiste Jacques Testart, en Angleterre par exemple, le strabisme est un motif suffisant pour pouvoir recourir à un DPI. La perspective de l’enfant parfait et à la demande n’est plus une lointaine fiction. C’est d’ailleurs en Angleterre également qu’une veuve a reçu le 6 mars dernier l’autorisation de la Haute-Cour de Londres pour procéder à une fécondation in vitro à partir du sperme de son mari, pourtant décédé en 2012. Celui-ci avait fait des prélèvements et fait conserver son sperme afin que sa femme puisse enfanter même s’il venait à mourir…

Le sort de certains hommes se joue désormais au fond d’une éprouvette.

 

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