Jean-Paul II le Grand et Jean XXIII le Bon

Rédigé par Abbé Michel-Jean Pillet le dans Tribune libre

Jean-Paul II le Grand et Jean XXIII le Bon

Curé de la paroisse de Montrevel dans le diocèse de Belley-Ars, l'abbé Michel-Jean Pillet a confié à L'Homme Nouveau le texte qu'il donnera à ses paroissiens, dimanche 27 avril, à l'occasion de la cérémonie de canonisation des papes Jean XXIII et Jean-Paul II. Une double canonisation qu'il place sous l'égide de cette phrase de notre Credo : « Je crois à l’Eglise sainte ! »

 

Le Pape Jean-Paul II disait que le temps des martyrs était revenu. Il pouvait dire aussi : le temps des saints est revenu, lui qui a béatifié et canonisé plus de saints et de bienheureux que tous les autres papes dans tous les autres siècles de l’Eglise ! Pour mettre en quelque sorte la sainteté à notre portée et nous rappeler, à la suite du Concile Vatican II, que la sainteté est notre vocation profonde à tous.

Rares sont les discours, exhortations ou encycliques où Jean-Paul II n’a pas abordé le thème de la sainteté. Seuls les saints savent bien parler de la sainteté, et surtout ils la vivent. Il vaut la peine de relire ces lignes que le nouveau saint nous a laissées dans sa Lettre apostolique « Au début du nouveau millénaire » (à l’issue du grand Jubilé de l’an 2000), comme un testament, un mot d’ordre pour notre temps :

« Veux-tu devenir saint ? »

« Je n’hésite pas à dire que la perspective qui doit animer toute la pastorale de l’Eglise est celle de la sainteté. (...) Ce don de sainteté est offert à chaque baptisé. Mais le don se traduit à son tour en un appel, qui doit gouverner toute l’existence chrétienne : « La volonté de Dieu, c’est que vous viviez dans la sainteté » (1 Th 4,3). C’est un engagement qui ne concerne pas seulement certains chrétiens : « Tous les fidèles du Christ, quel que soit leur état ou leur rang, sont appelés à la plénitude de la vie chrétienne et à la perfection de la charité ». (Concile Vatican II) (…)  

 Si le Baptême fait vraiment entrer dans la sainteté de Dieu au moyen de l’insertion dans le Christ et de l’inhabitation de son Esprit, ce serait un contresens que de se contenter d’une vie médiocre, vécue sous le signe d’une éthique minimaliste et d’une religiosité superficielle. Demander à un catéchumène : « Veux-tu recevoir le Baptême ? » signifie lui demander en même temps : « Veux-tu devenir saint ? ». Cela veut dire mettre sur sa route le caractère radical du discours sur la Montagne : « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait » (Mt 5, 48).                                                             

Mais il ne faut pas se méprendre sur cet idéal de perfection, comme s’il supposait une sorte de vie extraordinaire que seuls quelques « génies » de la sainteté pourraient pratiquer. Les voies de la sainteté sont multiples et adaptées à la vocation de chacun. Je remercie le Seigneur, qui m’a permis de béatifier et de canoniser ces dernières années de nombreux chrétiens, et parmi eux beaucoup de laïcs qui se sont sanctifiés dans les conditions les plus ordinaires de la vie. Il est temps de proposer de nouveau à tous, avec conviction, ce « haut degré » de la vie chrétienne ordinaire. »

Une « course de géant », dans l’humilité

Jean-Paul II a beau dire, il est difficile, pour qualifier son long pontificat et sa vie hors du commun, de ne pas employer les mots d’ « extraordinaire », de « génial », de « géant ». Ce pape venu de l’Est, totalement voué à la Vierge Marie (sa devise « Totus tuus »), dont la foi fut forgée au feu de la persécution, a osé, tel David face à Goliath, défier et déstabiliser tout le bloc communiste, l’empire le plus totalitaire et le plus inhumain que la terre ait connu. Il l’a fait au prix de son sang versé, Place Saint Pierre, le 13 mai 1981 ; au prix aussi de sa vie donnée, jusqu’au bout, témoignant de sa force d’âme dans une extrême faiblesse et dans la souffrance. Jamais un homme n’a autant voyagé ; aucun leader n’a autant rassemblé. Sous la houlette de ce pasteur, nous sommes passés d’un christianisme frileux et honteux à la joyeuse fierté de l’Evangile (les JMJ !). Un quart de siècle qui a changé le visage de l’Eglise et la face du monde !

La sainteté ordinaire

Le Pape Jean XXIII, de son côté, incarnerait davantage la sainteté « ordinaire », par la bonhommie et l’humilité de son cœur, même s’il a eu ce « coup de génie » (de l’Esprit Saint) de convoquer un concile. Je me vois encore, en classe de 4ème, distribuer à mes camarades de catéchisme l’image du Saint-Père avec sa prière demandant que ce Concile soit « une nouvelle Pentecôte pour l’Eglise et pour le monde ». On avait bien conscience de vivre une étape historique « extraordinaire ».

Mes amis, est-ce que nous mesurons assez la chance, la grâce que nous avons de vivre à cette époque de l’Eglise, de faire partie de cette Eglise des saints ? Saint Pie X (pape de la liturgie, de l’eucharistie et de l’anti-modernisme), Benoît XV (prophète de la paix), Pie XI (qui a condamné successivement, dès 1937, le nazisme et le communisme), Pie XII (le grand pape calomnié), saint Jean XXIII, Paul VI (martyr de l’unité), Jean-Paul Ier, Saint Jean-Paul II, Benoît XVI (prince de l’intelligence de la foi), et à présent notre Pape François : comment ne pas voir, dans cette « succession apostolique » des « Saints Pères », le magnifique dessein providentiel de Dieu qui conduit son Eglise au milieu des tempêtes de notre temps ?

Qu'attendons-nous ?

L’histoire nous montre que c’est souvent aux heures les plus dramatiques – voire les plus scandaleuses – de l’Eglise que Dieu a suscité les plus grands saints. Notre époque n’est pas en reste. Notre Bon Berger n’abandonne pas son troupeau assailli par les loups voraces (Jn 10,12 ; Mt 7,15) : Il nous envoie les bons pasteurs selon son Cœur dont l’Eglise et le monde ont grand besoin. « L’Eglise n’a pas besoin de réformateurs, mais de saints » (Georges Bernanos 1888-1948) ; et les saints sont les vrais réformateurs de l’Eglise. Alors, pour reprendre l’interpellation du Pape François : « Qu’attendons-nous ? »…                                

 

 

 

 

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