Le Père Michel Viot propose une lecture théologique de la pièce "Sur le concept du visage de Dieu" :
Une pièce de théâtre dont le titre est "Sur le concept du visage du fils de Dieu" a été jouée au Théâtre de la Ville à Paris. Un très beau portrait du Christ d'Antonello da Messina trônait dans le fond de la scène. L'auteur Roméo Castellucci veut donc nous parler de Jésus. Soit! Mais voilà que ce qui se passe sur scène crée la perturbation. Les perturbateurs sont qualifiés d'extrémistes catholiques par les voix qui ont le moyen de se faire entendre. Pour d'autres, plus modestes dans leurs pouvoirs, il ne s'agit que de catholiques de diverses sensibilités. Je me garderai de trancher cette question, n'ayant pas l'autorité nécessaire pour cela. De même que je ne donnerai aucun qualificatif à cette pièce de théâtre, des voix épiscopales s'étant prononcées. L'une d'entre elles conseille à juste titre de se reporter aux propos mêmes de l'auteur sur sa pièce pour comprendre ce qu'il a voulu dire. Je m'empresse donc de suivre ce conseil me limitant à ce qui nous est dit de Jésus Christ. Je ne me permettrais pas d'ajouter quoi que ce soit à une parole d'évêque, surtout quand elle est estimée. Je veux simplement attirer l'attention sur un point qui ne me semble pas assez exploré, en me disant que si Dieu a bien voulu parler à un prophète (Balaam) par une ânesse, il peut aussi passer par l'intermédiaire d'un curé pour attirer l'attention épiscopale sur un point de théologie.
Ceci concerne l'abaissement du Fils de Dieu dont cette nouvelle création artistique veut témoigner. Je connais bien le chapitre 2 de l'épitre de saint Paul aux Philippiens et sa signification. Ce que l'apôtre écrit sur la kénose (mot grec signifiant se vider) ne signifie aucunement une perte de substance divine, mais plus simplement l'abaissement dans l'incarnation, le Christ Parole éternelle de Dieu prenant la forme d'un serviteur. Car si ce vide signifiait l'abandon de la divinité, Jésus ne serait pas né Vrai Dieu et vrai homme, et c'est à tort que l'Église au Concile d'Éphèse aurait proclamé la Vierge Marie Mère de Dieu !
Or que dit Roméo Castellucci dans son entretien au journal Le Monde ? Après avoir dit que "même la merde avait été créée par Dieu", il poursuit en évoquant "la condition du Christ qui a accepté de se vider de sa substance divine pour intégrer la condition humaine jusqu'au bout - y compris la merde". Ce raisonnement n'est pas acceptable du point de vue chrétien surtout si on se risque à certaines comparaisons du genre : le Christ s'est vidé de sa substance divine comme le vieillard incontinent se vide de son urine. Cela me parait déplacé et inapproprié. Jésus Christ reste Dieu même dans la souffrance et dans la mort, il garde son pouvoir de donner sa vie et de la reprendre ! C'est là qu'est le plus grand mystère de notre salut !