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Catégorie : Culture
Posté par : Didier Rance le 02-02-2012

 

 

 

 

Lire les Pères au Moyen-Âge paru chez Vrin (130 p., 15 e) est à proposer à ceux qui opposent indûment patristique et scolastique médiévale. La seconde est en fait comme une terre constamment irriguée et renouvelée par le fleuve de la première : lectures, citations, thématiques. Gilbert Dahan suit les méandres de la lecture patristique de la Bible chez les médiévaux (1), Gilles Berceville dépeint Thomas d’Aquin comme lecteur des Pères à la fois respectueux et exigeant ; d’autres articles mettent en valeur la référence augustinienne ou Anselme de Cantorbéry. Un ensemble remarquable.

Parmi les parutions récentes de la collection « Sources chrétiennes » des éditions du Cerf, il faut saluer la première édition scientifique de la somme de Jean Damascène, La foi orthodoxe, en deux volumes (Cerf, respectivement 388 p., 45 e et 372 p., 43 e). Dernier des Pères ou premier scolastique ? Cette somme qui en annonce d’autres présente la foi chrétienne avec un brio et une force de conviction autant spirituels qu’encyclopédiques.

Pour son centième volume, la collection « Pères dans la foi » des Éditions J.P. Migne propose la première traduction française des Hommes illustres de (saint) Jérôme (J.P. Migne, 220 p., 17 e). On pourra préférer à ce catalogue de brèves notices d’autres volumes récents, que ce soit ceux sur l’exégèse patristique (par exemple, Le Seigneur est mon berger, le psaume 22 lu par les Pères, 112 p., 14 e) ou ceux proposant un auteur – comme Jean Chrysostome, L’Eucharistie, école de vie (226 p., 14 e) ou Paix et guerre selon saint Augustin (212 p., 17 e) – et un thème. Plus anciennes, les Lettres à une princesse et Discours monastiques de Théolepte de Philadelphie, maître de Grégoire Palamas (320 p, 22,87 e) montrent elles aussi l’actualité des Pères en plein Moyen-Âge. Signalons aussi la remarquable anthologie dirigée par Cristian Badilita, L’Antichrist (434 p., 31 e) [2]. Le traitement du thème par les Pères aidera à discerner pour ce donné aussi délicat qu’important de la Révélation entre ce qui témoigne des angoisses et fantasmes d’une époque et ce qui relève du mystère de la foi.

En ce qui concerne les Pères syriaques, les Éditions de Bellefontaine viennent de publier ma traduction de la précieuse anthologie de Sebastian Brock, Prière et vie spirituelle, Textes des Pères syriaques (406 p., 27 e). La vie spirituelle, la vie dans l’Esprit Saint, ne connaît de frontières ni de temps, ni de lieu, et ces textes d’une tradition nourrie de la Parole dans la langue même du Christ sont souvent étonnamment accessibles.

Sous la direction de Cristian Badilita Patristique et Œcuménisme : thèmes, contextes, personnages (Beauchesne, 368 p., 25 e) explore un champ prometteur. Ces Actes d’un colloque qui s’est tenu en Roumanie proposent une douzaine de communications qui constituent autant d’ouvertures et d’invitations à relire les traditions des différentes confessions chrétiennes à partir de leurs racines communes. L’œcuménisme de fait de la recherche patristique invite à un autre, plus fondamental.

Les études historiques sur les Pères, reflet de la recherche contemporaine, sont nombreuses. Le Dictionnaire con­temporain des Pères de l’Égli­se, leurs mots, leurs textes, leur langage, publié par Marie-Christine Hazaël Massieux (Bayard, 970 p., 49 e), constitue un utile compendium des fruits de ces travaux. Ceux-ci peuvent aussi déraper. Le même éditeur catholique vient de sortir La vie sexuelle des saints, l’art érotique de l’hagiographie ancienne (Bayard, 316 p., 23 e), de Virginia Burrus, universitaire américaine pour qui les vrais Pères ont nom Bataille, Freud, ou les féministes américaines : titre racoleur, quatrième de couverture faussement aguicheuse, texte insipide.

 
 

1. Auteur de Lire la Bible au Moyen-Âge : Essais d’herméneutique médiévale, Droz, 448 p., 22 e.

2. Cristian Badilita a aussi publié Métamorphoses de l’Antichrist chez les Pères de l’Église, Beauchesne, 558 p., 45 e.

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