Une Jeune fille de Varsovie

Catégorie : Société
Posté par : le 14-02-2012

 

 

 

L’objet de mon livre était de tenter d’expliquer pourquoi, face à une Église qui ne prétendait plus imposer un quelconque modèle social ou politique, qui se contentait de « proposer » sa foi dans le concert du pluralisme libéral, on assistait à une remontée de la culture anti-chrétienne d’une violence saisissante. Le phénomène avait été diagnostiqué, avant moi, par le cardinal Billé, alors président de la Conférence épiscopale et par l’historien René Rémond, qui en avait même fait un livre (par ailleurs médiocre), Le Christianisme en accusation (2000).

Ma principale conclusion était que la racine de la christianophobie était la haine du Christ, qu’à son origine, il y avait la christophobie d’un monde moderne dont les principes directeurs (ceux du consumérisme hédoniste et libertaire) étaient à l’opposé de l’Évangile. Il est bien vrai que cette hostilité ne fait pas des chrétiens d’Occident des martyrs. Il reste qu’il condamne certains d’entre eux (je pense notamment à un certain nombre d’intellectuels, d’écrivains, d’universitaires ou de journalistes) à une relégation sociale et professionnelle qui, pour ne pas être sanglante, peut être parfois rude, le comble étant que les autorités de l’Église y participent souvent elles-mêmes en alignant leurs jugements sur ceux de leurs adversaires.

Il demeure aussi que sont organisées, de temps à autre, des « chasses à l’homme » contre certains chrétiens. Le docteur Dor a été emprisonné pour avoir récité le chapelet dans la rue. L’Italien Rocco Buttiglione a été récusé par la commission européenne pour délit de christianisme. Des prêtres ont été faussement accusés de pédophilie, déshonorés et parfois condamnés pour des crimes qu’ils n’avaient pas commis. Des écoles (hors contrat) font l’objet de harcèlement juridique ou médiatique. Des communautés religieuses sont montrées du doigt comme sectaires par la presse. Cela n’est pas rien et cela dessine, à mon avis, le visage de ce que pourrait être à l’avenir, par amplification de ces phénomènes, une « persécution sèche ».

Face à cette situation, mon livre ne visait pas à inciter les catholiques à se plaindre (ce qu’il a pu les conduire d’ailleurs à faire, malentendu qui m’a amené à abandonner par la suite le sujet) mais à les engager à être prêts à faire face à une hostilité qui ne peut à mes yeux que croître, en renonçant à l’illusion assez répandue selon laquelle, en édulcorant un peu le christianisme, on pourrait le rendre acceptable. Je crois profondément qu’à l’image de l’Antéchrist de Soloviev, ce que le monde moderne est prêt à accepter, c’est un christianisme purement humanitaire, un christianisme sans le Christ.

Jean-Paul II, puis Benoît XVI ont invité chacun à leur manière les jeunes, lors des JMJ, à affronter cette forme minimale du martyre, ce qu’on pourrait appeler, en référence à Thérèse de l’Enfant-Jésus, « la petite voie de la persécution », et qui consiste à affronter le ridicule et la marginalisation. Ce n’était pas là inciter les chrétiens à bomber le torse en assimilant leur condition à celle des chrétiens persécutés du Tiers-Monde, mais les préparer à faire face à ce qui les attend, et à ce que Dieu (je crois) nous demande : face à une persécution qui n’attente pas à nos vies, mais seulement à notre confort, notre réputation, notre respect humain, être prêts à lui faire, au moins, ce sacrifice.

 

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Journal n°1511 du 11-02-2012

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