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Catégorie : In Memoriam
Posté par : Philippe Maxence le 05-04-2012

 

 

 

Pendant plusieurs décennies, Marcel Clément a formé des générations d’étudiants et de lecteurs, des hommes et des femmes qui occupent pour beaucoup aujourd’hui des responsabilités dans l’Église et

dans le monde. À chacun, il appartient évidemment de faire l’examen de ce qui l’a particulièrement marqué dans un enseignement suffisamment riche et divers, mais unifié sous le regard de Dieu, pour avoir abordé aussi bien la philosophie grecque ancienne que la doctrine sociale de l’Église, l’explication patiente du magistère de l’Église que l’organisation professionnelle et bien d’autres domaines encore. Depuis son retour auprès de Dieu, cette transmission a franchi une autre étape. « Si le grain de blé tombé en terre ne meurt, il reste seul, dit le Christ dans un éblouissant paradoxe, mais, s’il meurt, il porte beaucoup de fruit. Celui qui aime sa vie la perdra, et celui qui hait sa vie en ce monde la conservera pour la vie éternelle » (Jn 12, 24-25). Il s’agit là de la voie ordinaire du chrétien, d’autant plus vive aujourd’hui dans la situation (pour parler comme Péguy) d’impiété dans laquelle le monde vit.

Le grain est tombé et il a porté du fruit. Un jeune philosophe, ancien élève de Marcel Clément, me confiait ainsi récemment qu’en travaillant une partie de ses travaux les plus philosophiques, il avait saisi les aspects pratiques de certaines considérations de philosophie morale. Relisant de mon côté certains de ses ouvrages, je me suis aperçu combien les thèmes et les questions qui habitent ma propre réflexion avaient été abordés naguère par Marcel Clément dans un contexte, certes différent, mais avec une ligne de conclusion souvent fort proche. Nombre d’autres personnes ont fait cette expérience étonnante de se retrouver d’un coup chez eux au moment même où ils redécouvraient une œuvre qui avait marqué leur jeunesse. Encore une fois, celle de Marcel Clément fut suffisamment riche pour avoir influencé différemment ceux qu’elle a touchés. Chacun, avec le talent reçu de Dieu, a cherché à en développer ou en approfondir une ou plusieurs parties, dans cette vraie liberté chrétienne qui caractérise normalement les rapports entre le maître et le disciple. Cette liberté s’appuie sur la vocation de chaque être.

De là où je suis, il m’apparaît plus que jamais que l’un des apports essentiels de Marcel Clément fut justement cet appel à la transformation du regard qui naît de la prise en compte de la vocation des êtres et des nations. Aux congrès de Lausanne, dans L’Homme Nouveau et dans ses livres sur la question, il a développé le regard chrétien sur le destin des nations, résolvant dans une certaine mesure le problème soulevé par le nationalisme.

Mais ce regard, il nous a aussi appris à le poser sur les personnes comme en témoignent de manière éminente les portraits qu’il dresse dans son livre Esquisses pour l’homme. Cette purification du regard, c’est une invite permanente à tout voir à la lumière de Pâques. À vrai dire, il n’y en a pas d’autre. Puissions-nous ne pas l’oublier.

 

Cet article est extrait du dernier numéro de L'Homme Nouveau que vous pouvez commander à nos bureaux (10 rue Rosenwald, 75015 Paris. Tél. : 01 53 68 99 77, au prix de 4 euros), ou télécharger directement sur ce site en cliquant sur le lien ci-dessous.

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Journal n°1515 du 07-04-2012

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