Une Jeune fille de Varsovie

Catégorie : Société
Posté par : Denis Sureau le 04-06-2012

 

 

L’engagement politique sera fatal : c’est la dégringolade progressive, de l’agnosticisme à l’athéisme, qu’il affirme aujourd’hui sans hésitation : « Oui, je suis arrivé à un point où ce qui s’impose, c’est plutôt la conviction que Dieu n’existe pas, que le contraire. J’ai été longtemps agnostique, désormais mes doutes se sont transformés en certitudes. » Il affirme : « Dieu a été, et reste encore, une facilité. » Il n’y a rien après la mort : « J’ai réglé la question de la mort quand j’ai réglé celle de la religion. » Le spirituel, ou ce qu’il en subsiste, prend la forme d’un « humanisme » banal : « Le collectif l’emporte sur l’individuel », « le sens de l’Histoire est orienté vers le progrès de l’humanité », « le seul culte à pratiquer doit être celui de l’humanité », « le seul Dieu que nous devons servir, c’est celui de l’émancipation de l’individu »… Il reproche à l’Église « l’organisation du clergé », les « règles décalées », « les contraintes qu’elle fait peser sur l’esprit de ses fidèles, jusqu’à aliéner la liberté individuelle. Je pense notamment à ses prises de position sur la liberté des mœurs ».

Il faut conserver cela à l’esprit pour comprendre l’un des tout premiers actes symboliques du quinquennat : l’hommage à un Jules Ferry qui voulait « organiser un univers sans roi et sans Dieu », par le moyen privilégié d’une école antichrétienne : « La République est perdue si l’État ne se débarrasse pas de l’Église, s’il ne désenténèbre pas les esprits du dogme ».

L’itinéraire de Jean-Marc Ayrault est proche et illustre le glissement de l’Ouest ­démocrate-chrétien vers le socialisme. Né de parents chrétiens MRP puis socialistes, il use ses culottes sur les bancs des écoles catholiques de Maulévrier ­(Maine-et-Loire) et joue de l’orgue à l’église tous les dimanches et lors de mariages. Son engagement politique se forge au sein des trois mouvements d’Église qui, à la fin des années soixante, absorbent de fortes doses de marxisme : le Mouvement rural de la jeunesse chrétienne (MRJC) à Cholet, où il anime en mai 68 au lycée Colbert le très gauchiste Comité d’action lycéen, puis la Jeunesse ouvrière chrétienne (Joc) et l’Action ouvrière catholique à Nantes lors de ses études d’allemand. Il abandonne progressivement la foi, devient de son propre aveu « agnostique », intègre en 1972 l’aile marxiste du PS incarnée par l’ex-PCF Jean Poperen. Le jeune professeur est désormais un laïcard froid et déterminé.

Devenu maire de Saint-Herblain, il coupe les subventions à l’école catholique. Élu en 1989 à la mairie de Nantes, il interdit l’année suivante au pèlerinage du Tro Breizh d’entrer dans la cour du Château des ducs de Bretagne, sous prétexte qu’une procession religieuse n’aurait pas sa place dans l’espace public. À Pâques 2011, catholiques, protestants et orthodoxes avaient organisé depuis un an un rassemblement œcuménique d’une heure, place Royale, à Nantes. À la stupéfaction des Nantais, leur ­député-maire publiait un communiqué hostile : « L’instrumentalisation du fait religieux au plus haut niveau de l’État, à des fins politiques, ne peut que dégrader les conditions d’un vivre ensemble apaisé, tel que nous le connaissons dans notre ville. Dans ce contexte, j’invite chacun à mesurer la portée de toute manifestation à caractère religieux sur l’espace public, dans le respect de la liberté de conscience. » Il ajoutait : « Si des rassemblements festifs à caractère religieux sont organisés sur l’espace public, après autorisation de la préfecture, pour autant cet espace appartient à tous et n’a pas vocation à être utilisé pour la célébration des cultes. »

Mais cette laïcité est à géométrie variable : c’est le même Ayrault qui accorde une subvention de 400 000 euros pour rénover et agrandir un immeuble où se réunissent les francs-maçons du Grand Orient et de la Grande Loge de France, et qui permet la construction de trois mosquées sur des terrains cédés à un prix symbolique.

Hollande, Ayrault : une nouvelle étape s’ouvre dans l’histoire de la laïcardie française.

 


Ce billet est extrait du dernier numéro de L'Homme Nouveau que vous pouvez commander à nos bureaux (10 rue Rosenwald, 75015 Paris. Tél. : 01 53 68 99 77, au prix de 4 euros), ou télécharger directement sur ce site en cliquant sur le lien ci-dessous.

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Journal n°1519 du 02-06-2012

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