Le taux de succès des FIV en France aujourd’hui avoisine les 45 %, ce qui suppose un nombre assez considérable de manipulations qui échouent, sans compter les embryons effectivement conçus mais congelés en attente d’un projet parental, alignés par centaines dans des tubes d’azote liquide. Ces embryons surnuméraires posent un cas de conscience éthique à nombre de personnes ayant pourtant recours à la PMA mais leur permettent en même temps de n’avoir que l’embarras du choix et d’être assurées que le projet parental pourra aboutir. Ainsi, pour que le couple qui a recours à une FIV puisse faire un véritable choix devant l’éventail de possibilités le plus large possible, de nombreux embryons sont conçus parmi lesquels le plus performant sera sélectionné.

L’eugénisme du diagnostic préimplantatoire est manifeste, qui consiste à choisir l’embryon qui sera ensuite implanté dans le corps de la mère. Il s’ajoute parfois à un tri préalable lorsque le couple a recours à un donneur de sperme dès lors que ce sont les gamètes les plus performantes qui sont sélectionnées. Des recherches prometteuses permettent de supposer que sous peu, des ovules pourront même être conçus ex vivo (c’est-à-dire hors du corps de la femme), à partir uniquement de tissus ovariens. Là encore, un large éventail de choix sera offert aux couples. Le biologiste Jacques Testart parle en ces termes : « Il ne devrait échapper à personne que cette stratégie sous-tend une véritable révolution eugénique puisque tout couple pourrait faire “évaluer” en un seul jour autant d´enfants potentiels qu’il en aurait fait naître s’il avait vécu un siècle de rapports fertiles ; puis transformer en enfants réels seulement un ou deux des embryons qui autorisent les meilleurs pronostics. »
Actuellement en France, ne sont tenus au DPI que les couples porteurs d’une maladie grave et héréditaire mais la logique même de la PMA voudrait que cette pratique soit étendue à tous les couples et, pourquoi pas ?, rendue obligatoire. Comment, à terme, seront considérés les parents malades ayant choisi d’enfanter malgré tout ou les parents qui accepteront de donner la vie à un enfant malade ? Jusqu’où iront la culpabilisation et le mépris ? Car la logique est toujours la même, qui part du principe – tout à fait juste d’ailleurs – qu’il vaut mieux être en bonne santé que malade et qui en conclut – et c’est là qu’est l’erreur – qu’accepter la personne malade c’est vouloir la maladie. Ceux qui acceptent de porter un enfant malade sont, au même titre que ceux qui s’opposent à la maladie, soumis à un terrible procédé de culpabilisation qui voudrait faire croire qu’ils désirent leur propre souffrance ou celle des autres.
Il faut dire, et il faudra le dire de plus en plus fort étant données les perspectives éthiques et scientifiques qui se profilent, qu’il vaut mieux une vie avec de la souffrance que pas de vie du tout.