
L’homme, cette « machine désirante » (Gilles Deleuze), est cet homo œconomicus, homo consumans du libéralisme économique. Il doit être libre de ne pas être empêché de s’enrichir. D’où la dérégulation des économies, la destruction des limites (normes, frontières, législations protectrices…). La société n’existe pas (Margaret Thatcher), la justice sociale est un mirage (Friedrich Hayek). Mais nos socialistes qui poussent à bon droit des cris d’orfraie face à « l’horreur économique » comprennent-ils qu’ils en partagent la substance lorsqu’ils s’en prennent à la dérégulation morale de la vie, lorsqu’ils décrètent l’avortement gratuit pour tous, le droit à l’euthanasie et les manipulations mortifères des embryons humains ? Les libéraux de gauche répugnent eux aussi aux limites, aux obligations, aux règles qu’ils considèrent comme autant d’expressions obsolètes d’un obscurantisme moyenâgeux ou d’un dogmatisme intolérant.
Dans la revendication homosexuelle, on retrouve cette affirmation du désir sans bornes. Et qu’importe si l’objet de mon désir – l’enfant – est assimilable à un produit que l’on peut acquérir sur le marché de l’adoption. Ce désir d’enfant est d’ailleurs corrélatif de celui de ne pas en avoir : « Un enfant si je veux, quand je veux », hurlaient les harpies féministes. Et la femme enceinte a le pouvoir de définir la nature de l’être qu’elle porte en elle : c’est un enfant s’il correspond à son désir ou au « projet parental », ou c’est une tumeur que l’on peut extraire à tout instant.
Aucune loi biologique, physiologique ou psychologique ne doit contraindre ma liberté : c’est mon choix ! Je peux changer de « genre », être homosexuel ou hétéro ou bi, changer de sexe à tout âge, combiner successivement ou simultanément des appartenances à des communautés artificielles et transitoires. La techno-science est mise au service de la fabrication de l’homme artificiel. Dans les éprouvettes naissent les produits humains de demain.
Tout comme les flux financiers vont ici et là sur la planète, secouant les structures sociales, délocalisant les usines pour optimiser les coûts salariaux et fiscaux, les flux des désirs individuels ravagent tout, utilisant le concept de discrimination en arme de destruction massive des identités personnelles et collectives. Ce monde de l’anticulture de mort qui représente le stade ultime de l’individualisme est en même temps un univers où l’État tend à tout diriger. Et c’est le grand paradoxe de la modernité politique d’exalter à la fois l’homme, ce « tout parfait et solitaire » cher à Rousseau, et le pouvoir étatique : celui-ci est un moyen nécessaire en tant qu’il protège mes droits, et qu’il garantit que les autres ne soient pas plus égaux que moi. Libéralisme et socialisme sont ainsi de véritables frères siamois. Très tôt, les philosophes du libéralisme ont été également des penseurs de l’État et l’ont utilisé contre les formes d’autorité politique traditionnelles. Aujourd’hui encore, nos modernes entendent utiliser l’arsenal législatif pour imposer leur conception du mariage contre ce qui pouvait en rester. La revendication du prétendu mariage homosexuel prend ici tout son sens, et ce sens est radicalement négatif.
La vérité se révèle dans l’excès. Il est à souhaiter que la radicalité des combats présents dessille les yeux de ceux qui espéraient encore baptiser l’idéologie moderne.
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