Une Jeune fille de Varsovie

Catégorie : Anglicanisme /Épiscopalisme
Posté par : Daniel Hamiche le 02-01-2012

 

 

Après un premier Ordinariat personnel destiné à accueillir les Anglicans désirant rejoindre l'Église catholique selon les dispositions de la constitution apostolique Anglicanorum Cœtibu,la deuxième structure de ce type est officiellement née aux États-Unis le 1er janvier à destination des Épiscopaliens de ce pays.

C'est un ancien évêque épiscopalien marié, l'abbé Jeffrey Steenson, entré dans l'Église catholique en 2007 et ordonné prêtre en 2009 pour l'archidiocèse de Santa Fe (Nouveau Mexique), et qui a développé un programme de formation pour les pasteurs épiscopaliens souhaitant intégrer l'Église catholique, qui a été nommé par Rome premier Ordinaire de l'Ordinariate of the Chair of St Peter (ordinariat de la Chaire de saint Pierre) dont le siège est la paroisse Our Lady of Walshingham de Houston (Texas).

C'est le cardinal Donald Wuerl, archevêque de Washington D.C., qui avait été chargé par Rome le 23 septembre 2010 d'étudier la "faisabilité" d'un Ordinariat personnel et de l'application d'Anglicanorum Cœtibus aux États-Unis.

Dans son rapport donné le 15 juin 2011, lors de l'assemblée plénière de printemps des évêques américains, le cardinal concluait positivement, annonçant qu'une centaine de pasteurs épiscopaliens et plus de 2 000 fidèles étaient disposés à y entrer dès sa création, laquelle, précisa-t-il le 15 novembre dernier, se ferait le 1er janvier, ce qui a été officiellement annoncé par Rome à cette date. Deo Gratias !

 

(Plus d'informations dans le prochain numéro de L'Homme Nouveau, à paraître le 14 janvier). 

 


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Catégorie : Anglicanisme /Épiscopalisme
Posté par : Daniel Hamiche le 06-08-2008

 

 

En 1998, au dernier jour de la précédente Conférence de Lambeth, les participants avaient été éblouis par un magnifique feu d’artifice qui avait illuminé, à la nuit tombante, le ciel au-dessus de la cathédrale de Cantorbéry. Cette année, pour sa quatorzième édition, c’est une pluie torrentielle qui s’est abattue sur le campus de l’Université du Kent où se déroulait, le 3 août, la dernière journée de cette assemblée décennale de la Communion anglicane qui n’a rien réglé de ses contradictions et qui s’enfonce dans un schisme “au ralenti”.
Les conclusions de cette conférence sont « absolument vaines et entièrement nulles », pour reprendre, avec une triste ironie, l’expression même qu’utilisa Léon XIII pour qualifier les ordinations anglicanes dans Apostolicæ Curæ en 1896. « Futilité » pour certains participants, « perte de temps » pour beaucoup d’autres et frustration pour tous – y compris pour nos confrères journalistes, traités par-dessus la jambe. Et à quel prix ! Le coût de cette réunion s’élève à quelque 5 millions de £ (6,3 millions d’euros) dont 2 restent à réunir…
Le meilleur résumé de l’inanité ce cette Conférence qui réunissait moins des trois-quarts des évêques de la Communion anglicane – lesquels ne représentaient même pas la moitié des fidèles anglicans –, tient en deux citations du Dr Rowan Williams, primat de la Communion, extraites de son allocution d’ouverture et de son allocution de clôture.
Le 20 juillet, il déclarait : « Nous savons tous que nous nous trouvons au cœur d’un des défis les plus graves qu’ait dû affronter la famille anglicane au cours de son histoire ».
Le 3 août, il concluait : « Au cours de ces jours que nous avons passés ensemble, nous n’avons pas surmonté nos problèmes ni réinventés nos structures : cela prendra encore du temps ».
Du temps ! Toute la stratégie du primat Williams se réduit à cela : gagner du temps, temporiser, renvoyer à plus loin et à d’autres « instruments » de la Communion le soin de “bricoler” des compromis dont au fond personne ne veut et que le primat n’a ni la volonté ni le pouvoir d’imposer.

Lorsqu’en 1998, à la précédente réunion, la Conférence vota la résolution (I. 10, e) stipulant qu’elle « ne pouvait recommander de légitimer ou de bénir des unions de personnes du même sexe, ni d’ordonner ceux qui sont impliqués dans des unions de même genre » [déjà l’idéologie du “genre”], que croyez-vous qu’il se passa ? L’Église épiscopalienne des États-Unis accepta l’ordination épiscopale de Gene Robinson, un homosexuel déclaré, et bénit à tour de bras les unions « de même genre », ce que s’est empressé d’imiter l’Église anglicane du Canada et ce que commence à pratiquer… l’Église d’Angleterre !
On voit ce que valent les « résolutions » votées à la Conférence de Lambeth ! Pour éviter de décider d’une chose et d’en voir appliquer d’autres, le Dr Williams a cru très astucieux de supprimer toute séance plénière des évêques – nous dirions chez nous un synode d'évêques ou un concile – et de les répartir dans une multitude de petits groupes – voir de sous-groupes… – d’une quarantaine de participants, intitulés « Indaba ». Ce mot zoulou veut dire « palabre ». À la différence qu’en Afrique noire un « palabre » se termine toujours par une décision prise, en principe, pour le bien commun du village. À Cantorbéry, les palabres n’ont abouti à rien puisqu’il fallait précisément ne rien décider.

 

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Catégorie : Anglicanisme /Épiscopalisme
Posté par : Daniel Hamiche le 31-07-2008

« Je sais que beaucoup d’entre vous êtes préoccupés – et certains le sont profondément – par la menace d’éclatement de la Communion anglicane. Nous ressentons une profonde solidarité avec vous, car nous aussi nous sommes préoccupés et attristés de devoir vous demander : dans un tel scénario quelle forme pourrait présenter demain la Communion anglicane et avec quel partenaire pourrons-nous poursuivre le dialogue ? Devrons-nous – et comment – judicieusement et honnêtement engager aussi des négociations avec ceux qui partagent les points de vue catholiques sur les questions qui sont objets de controverse, et qui marquent leur désaccord avec certains développements dans la Communion anglicane ou dans certaines provinces anglicanes [1] ? Dans une telle situation, qu’attendez-vous de l’Église de Rome  qui, selon les paroles d’Ignace d’Antioche, doit présider sur toute l’Église dans l’amour ? Comment les travaux de la Commission internationale Anglicane-Catholique Romaine (ARCIC) [2] sur l’épiscopat, l’unité de l’Église et la nécessité de l’exercice  de la primauté au niveau international peuvent aider la Communion anglicane dans la situation présente ? »*

Dire que le discours du cardinal Walter Kasper, président du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens était attendu, c’est trop peu dire. Après la “leçon” du cardinal Ivan Dias, les évêques anglicans réunis à Lambeth ne savaient plus trop qu’attendre de celui qui a présidé, avec courtoisie – certains disent avec trop de gentillesse – un dialogue qui a pu être fécond dans le passé. Le cardinal Kasper a lui aussi asséné sa “leçon”, ce mercredi 30 juillet, dans un lieu plus grand que celui qui avait été initialement prévu, et qu’il a fallu trouver dans la plus grande précipitation car tout le monde souhaitait écouter ce discours dont on devinait, par avance, qu’il serait d’importance. Et il le fut, ne serait-ce que par la difficulté de l’exercice dont le thème avait été fixé par le Dr Rowan Williams : « Réflexions catholiques sur la Communion anglicane ». « Vous auriez pu trouver plus facile » – a lancé le cardinal Kasper à son hôte, sans doute pour détendre l’atmosphère, car ses « réflexions » ne porteront pas à rire ni à sourire – « Mais je crois qu’il y a une question cachée dans le titre. Elle porte sur ce que les catholiques pensent non pas tant de la Communion anglicane que de sa situation actuelle. Il y a des questions moins embarrassantes… ». Le cardinal replace donc son exercice au cœur du débat ou, pour mieux dire de la controverse qui ébranle l’anglicanisme.

La première partie du discours se résume à un vaste tout d’horizon du dialogue œcuménique avec l’anglicanisme engagé dans l’ARCIC. Les progrès notables et indiscutables accumulés au cours de 35 années de discussions vont constituer le contrepoint de la suite de l’exposé, car à l’optimisme des succès a succédé l’amertume des déceptions. Cette première partie se conclut d’ailleurs par une interrogation du cardinal qui n’est pas loin d’un constat de lassitude et d’impuissance : « Aussi je soulève ces questions, non pas pour juger mais comme un partenaire œcuménique qui a été profondément découragé par les récents développements, et qui souhaite vous offrir une honnête réflexion, d’un point de vue catholique, sur le comment et le vers quoi pouvons-nous aller de l’avant dans le contexte actuel ».

Suivent, dans une deuxième partie, des « considérations ecclésiologiques » qui s’appuient sur l’ecclésiologie développée par saint Cyprien de Carthage, et sur la double notion d’une Église apostolique synchronique et diachronique. À cet égard, le cardinal Kasper constate que, dans l’anglicanisme, « on n’a prêté que peu d’attention à l’importance d’être en communion avec la foi de l’Église au cours des âges », avec « l’Église de toujours », précise-t-il plus loin. C’est cette rupture avec la “diachronicité” de l’Église qui constitue l’erreur ecclésiologique majeure de l’anglicanisme, la cause de ses maux présents notamment « les tensions croissantes dans la Communion anglicane » ce que le cardinal ressent comme « particulièrement décourageant ». Mais l’anglicanisme souffre d’un autre défaut ecclésiologique : « Il nous semble aussi que l’attachement anglican à être “dirigé épiscopalement et gouverné synodalement” n’a pas toujours fonctionné dans le sens du maintien de l’apostolicité de la foi [3], et qu’un gouvernement synodal compris à tord comme une sorte de processus parlementaire a parfois bloqué le type de direction épiscopale envisagée par Cyprien et formulé par l’ARCIC ». Cette double critique des errements ecclésiologiques de l’anglicanisme est une grande première dans le discours public du cardinal Kasper.

La troisième et dernière partie du discours du cardinal Kasper se compose de ses « réflexions sur des questions particulières qu’affronte la Communion anglicane ». Il rappelle la doctrine catholique sur l’ordination des femmes, la question de l’homosexualité dans le clergé et évoque le célibat ecclésiastique « qui n’est pas qu’une position disciplinaire mais l’expression de notre fidélité à Jésus-Christ ». Sur toutes ces questions, le cardinal Kasper constate que la Communion anglicane « s’est considérablement rapprochée des Églises [ ?] protestantes » avec pour corollaire un éloignement d’autant plus sensible des positions catholiques. La conclusion s’impose : « Il semble désormais que la pleine et visible communion en tant que but de notre dialogue a grandement régressé, et que notre dialogue disposera de moins de buts finaux ce qui aura pour effet d’en altérer la nature ». On comprend le « découragement » du président du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens.

La seule solution, pour tâcher de renouer ce qui semble désormais rompu, serait, selon le cardinal Kasper, que l’anglicanisme songe à « un nouveau Mouvement d’Oxford , à une redécouverte des richesses que recèle votre propre maison. Ce serait accueillir de nouveau la Tradition apostolique et recourir de nouveau à elle dans cette situation nouvelle ».
Sera-t-il entendu ?





* Je ne dipose pas, au moment d’écrire cet article, de la version française du discours du cardinal Kasper. Je m’appuie donc sur la version officielle en anglais. Une traduction en italien a été publiée dans L’Osservatore Romano du 30 juillet, et l’agence Zenit en a publié des bribes, ce même jour, mais retraduit de l’italien en anglais…
[1] L’allusion – sous forme de menace ou, pour le dire plus courtoisement, sous forme de constat du réel – se rapporte indirectement à la Traditional Anglican Communion, et plus directement au groupe mené par l’évêque Andrew Burhnam et même au quasi “schisme” de la Fellowship of Confessing Anglicans (« certaines provinces anglicanes »).
[2] L’ARCIC a été créée en 1966 après la rencontre entre Paul VI et Michael Ramsey, archevêque de Cantorbéry. Des très nombreuses réunions de travail qui se sont déroulées entre 1971 et 2005, sont sortis d’intéressants accords doctrinaux dont le cardinal Kasper va, littéralement, truffer son discours.
[3] Cette remarque est intéressante dans son hypothèse mais curieuse dans sa conclusion : la nature “apostolique” de l’anglicanisme semble en effet une vue de l’esprit mais pas une réalité.
 


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Catégorie : Anglicanisme /Épiscopalisme
Posté par : Daniel Hamiche le 29-07-2008

Alors que la Conférence de Lambeth, entre une tea party chez la Reine d’Angleterre et une manifestation dans les rues de Londres pour exiger l’extinction de la faim dans le monde, tente, sans grand espoir de succès, de réduire la fracture du “schisme” de la Fellowhip of Confessing Anglicans (FOCA) et de prévenir ceux qui s’annoncent (les 120 paroisses de l’Église d’Angleterre placées sous la houlette du « Flying Bishop » Andrew Burnham, et les plus de 800 réunies dans le mouvement anglican international Forward in Faith que préside l’évêque John Broadhurst), Rome vient d’envoyer un signal encourageant à un autre fort groupe d’anglicans qui a déjà formellement rompu avec la Communion anglicane puis avec l’Église d’Angleterre : The Traditional Anglican Communion (TAC).
La TAC est née en 1991 à l’initiative d’anglicans récusant les dérives d’églises anglicanes ou épiscopaliennes : ordination des femmes, de pasteurs homosexuels, etc. Elle se compose aujourd’hui d’une vingtaine d’Églises réparties sur cinq continents et qui rassemblent un peu plus de 400 000 fidèles (selon les chiffres officiels fournis).
Sans souhaiter abandonner certains caractères propres de la tradition anglicane (notamment liturgiques), la TAC recherche l’unité avec Rome.
Le 16 octobre 2007, l’archevêque anglican australien John Hepworth, primat de la TAC, rendait public le communiqué suivant :
« Le collège des évêques de la Traditional Anglican Communion (TAC) s’est réuni en session plénière à Portsmouth, Angleterre, la première semaine d’octobre 2007. Les évêques et les vicaires généraux ont approuvé à l’unanimité le texte d’une lettre destinée au Siège de Rome en vue d’une union pleine, en corps [souligné par moi] et sacramentelle. La lettre a été solennellement signée par tout le collège qui a autorisé le primat et deux évêques choisis par le collège à aller la remettre au Saint Siège.
Cette lettre a été reçue avec cordialité à la Congrégation pour la doctrine de la Foi. Le primat de la TAC s’est engagé à ce qu’aucun membre du collège n’accorde d’entretien tant que le Sait Siège n’aura pas examiné cette lettre et y aura répondu ».

J’ai souligné l’expression en corps (corporate en anglais) qualifiant l’union recherchée, car nous allons retrouver cette expression plus bas, mais aussi parce que dès le début du processus il était clair que c’est “en bloc” ou “en masse” que ces anglicans demandaient leur intégration dans l’Église catholique : un phénomène sans précédent dans l’anglicanisme et une série de problèmes nouveaux posés à Rome.

Quelles étaient les demandes qui formulait cette lettre ?
Ce serait une singulière gageure que de les asséner alors même que je n’ai, évidemment, pas lu cette lettre (qui n’a pas été rendue publique). Toutefois, il me sera permis d’avancer quelques conjectures en m’appuyant sur le long et circonstancié commentaire qu’en a fait dès le 22 octobre, un laïc anglican membre de la TAC sur le blogue du P. Dwight Longenecker qui est un American ordonné pasteur anglican puis ordonné prêtre catholique en Angleterre, et qui est désormais chapelain diocésain à Greenville en Caroline du Sud. Voici les points saillants de ce commentaire répartis en deux parties : ce que la TAC reconnaît de Rome et ce qu’elle demande à Rome.
– la TAC accepterait sans restriction le magistère ordinaire et extraordinaire de l’Église catholique ainsi que la primauté – et notamment la primauté de juridiction – de l’Évêque de Rome ; elle se soumettrait volontiers à la discipline de l’Église, notamment pour ce qui est de la nécessité d’ordonner les pasteurs anglicans qui souhaiteraient devenir prêtres catholiques, reconnaissant par là implicitement la non validité des ordinations anglicanes ;
– la TAC souhaiterait que soit préservée la forme anglicane de sa liturgie, la possibilité d’avoir un clergé marié, d’avoir ses évêques et donc une structure propre et particulière dans l’Église catholique.

Le 25 juillet dernier, John Hepworth, primat de la TAC, recevait du cardinal William Levada, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la Foi, une lettre datée du 5 juillet et dont voici la traduction :
« Votre Grâce,
tout au long de l’année passée, la Congrégation pour la doctrine de la Foi a étudié les propositions que vous lui aviez présentées au nom du Collège [1] des Évêques de la Traditional Anglican Communion, lorsque vous êtes venu dans les bureaux de ce Dicastère le 9 octobre 2007. Comme nous entrons dans les mois d’été [2], j’ai souhaité vous assurer de l’attention sérieuse que cette Congrégation prête à la perspective d’unité en corps [je souligne] soulevée dans ladite lettre.
Comme Votre Grâce en est évidemment consciente, la situation dans la Communion anglicane prise dans son ensemble est devenue nettement plus complexe pendant cette même période. Dès que cette Congrégation sera en mesure de répondre de la manière la plus claire sur les propositions que vous nous avez adressées, nous vous en tiendrons informé.
Je vous assure de mes prières continuelles et des meilleurs vœux que je forme pour vous-même et pour vos frères évêques de la Traditional Anglican Communion ».


C’est là, assurément, malgré la brièveté de la lettre et son apparent manque de substance, un texte historique. Le cardinal préfet y précise en effet, et ce n’est pas rien, que son dicastère poursuit, et sérieusement, l’étude  de cette union ou unité « en corps ». C’est d’ailleurs la seule des « propositions » qu’évoque la lettre du préfet, ce qui semblerait signaler que toutes les autres ne posent pas de problèmes insolubles, mais que celle-là, par sa nouveauté exige une  « sérieuse » réflexion pour ouvrir à une solution. On notera encore, que la date de cette lettre anticipe de quelques semaines l’ouverture de la Conférence de Lambeth et qu’elle est rendue publique – de l’aveu de Rome – par son destinataire avant la clôture de ses travaux (4 août). Qu’elle suit, vraisemblablement, de quelques jours la rencontre au Palais du Saint Office des deux “Flying Bishops” de l’Église d’Angleterre qui sont venus demander au cardinal préfet des aménagements assez semblables à ceux souhaités par la TAC, mais pour le seul territoire de l’Angleterre… Ce qui est sûr, c’est que Rome travaille la question – à son rythme évidemment – et qu’Elle a tenu, avec une exquise délicatesse, à prévenir ses interlocuteurs de la TAC que le retard pris à répondre à leurs demandes d’octobre n’était point négligence et que tout ce qu’on pouvait lire de-ci de-là sur les bons rapports entre Benoît XVI et le Dr Rowan Williams, sur le souci que manifestent plusieurs hauts prélats de l’unité de la Communion anglicane étaient une chose, mais que le retour à Rome de la TAC en était une autre et qu'on y travaillait !

Le primat Hepworth, lui, ne s’y est pas trompé. Rendant publique, le 25 juillet, la lettre du cardinal préfet, il la commente en ces termes à ses confrères dans l’épiscopat et à tous les membres de la TAC :
« C’est un grand plaisir pour moi que de vous adresser une copie de la lettre que j’ai reçue ce matin (25 juillet) du cardinal Levada, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la Foi, par l’entremise de la Nonciature apostolique en Australie. C’est une lettre cordiale et encourageante. J’y ai répondu par l’expression de ma gratitude au nom de “mes frères évêques” [3], et en réaffirmant notre détermination d’arriver à l’unité pour laquelle Jésus a prié avec tant d’intensité lors de la Cène, quelque que soit le prix personnel qu’il pourrait nous en coûter en tant que disciples [4].
Cette lettre devrait donner du courage à toute notre Communion et à ceux de nos amis qui nous ont aidés.  Elle devrait aussi nous inciter à des prières renouvelées pour le Saint Père, pour le cardinal Levada et ceux qui travaillent avec lui à la Congrégation pour la doctrine de la Foi, mais aussi pour notre clergé et nos fidèles alors que nous nous avançons vers une communion encore plus étroite dans le Christ et avec le Saint Siège.
Je suis particulièrement reconnaissant au cardinal préfet pour avoir généreusement mentionné cette “réunion en corps” [souligné par moi], une voie qui n’a été que très rarement empruntée par le passé [5], mais qui est fondamentale pour que s’accomplisse la demande de notre Maître à Son Père : “Qu’ils soient entièrement un” ».

Décidément, cet été qui est celui de tous les dangers pour le schisme anglican, semble devenir celui de bien des promesses pour la seule Église du Christ. En tous les cas, les choses avancent plus vite qu’on aurait pu l’imaginer.

Au fond n’est-il pas temps de répondre à ceux qui frappent poliment à la porte, plutôt que de perdre trop de temps avec ceux qui détournent la tête quand ils passent devant ?





[1] Ici, le cardinal Levada reprend la terminologie de l’Église d’Angleterre, House of Bishops, et non pas celle de la TAC, College of Bishops.
[2] Période d’activité très réduite au Saint Siège, ce que les Romains appellent le Fer’Agosto.
[3] Le primat reprend ici l’expression même utilisée par le cardinal préfet par courtoisie et non en reconnaissance de la validité de la succession apostolique chez les anglicans.
[4] Ici, l’on croit comprendre que l’archevêque et ses autres confrères dans l’épiscopat seraient disposés à faire précisément le sacrifice de leur épiscopat pour le bien de l’unité retrouvée. Le même sacrifice a été également évoqué par le “Flying Bishop” Andrew Burnham de l’Église d’Angleterre. Si c’est la bonne explication, alors… chapeau bas !
[5] On ne peut s’empêcher de discerner ici une critique feutrée de ceux qui, à la Curie, furent hostiles à ce type de solution… Passons.
 


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Catégorie : Anglicanisme /Épiscopalisme
Posté par : Daniel Hamiche le 24-07-2008

« L’opinion de votre correspondant, c’est que le cardinal Dias a offert un exposé positif et orthodoxe de la nouvelle évangélisation. Toutefois, ce faisant, il a saisi l’occasion pour traiter de manière évidente, encore qu’avec ménagement et une affection évidente, des problèmes et des préoccupations de la famille anglicane, qui entravent sa capacité à poursuivre son œuvre [d’évangélisation] et [la poursuite de] ses relations avec l’Église catholique (romaine) ».

Le correspondant dont il s’agit, est celui du plus important mouvement de traditionalistes anglo-catholiques Forward in the Faith que préside John Broadhurst, évêque anglican de Fulham. Il assure un “suivi” des travaux de la Conférence de Lambeth pour les quelque 800 paroisses anglo-catholiques d’Angleterre, d’Amérique du Nord et d’Australie, et rédige chaque jour un compte-rendu substantiel et d’intérêt. On précisera que Forward in the Faith, bien qu’opposé à la dérive de la Communion anglicane et de l’Église d’Angleterre, notamment pour ce qui est de l’ordination des femmes à l’épiscopat, n’envisage pas – contrairement à Andrew Burnham, l’évêque « volant » d’Ebbsfleet – un retour à Rome. Dans une déclaration du 9 juillet déplorant la décision du 7 juillet du Synode général de l’Église d’Angleterre, l’évêque Broadhurst, évoquant les « spéculations dans les médias relativement à des contacts avec Rome », et sans nier ces derniers qui remontent chez lui à 1992, y expose son « problème » : « bien que [Rome] ait montré une grande générosité, il n’y a pas eu offre de réconciliation ecclésiale. En d’autres mots, notre vie spirituelle et notre Eucharistie communes n’ont pas été reconnues. Cela demeure un problème pour moi ». Et ce l’est aussi pour Rome, me permettrai-je d’ajouter, car s’agissant, comme le suggère l’évêque Burnham, de la reconnaissance de la validité des ordres anglicans par elle, il ne saurait en être question. Mais revenons à notre… correspondant.

Il rapporte, en les commentant avec “doigté”, les propos du discours prononcé devant l’assemblée de Lambeth, à l’invitation du Dr Rowan Williams, archevêque de Cantorbéry, mardi 22 juillet en soirée, par le cardinal Ivan Dias, préfet de la Congrégation pour l’évangélisation des peuples, sur le thème « Mission, justice sociale et évangélisation ». L’ancien archevêque de Bombay, nommé à la tête de ce dicastère par Benoît XVI en 2006, est connu pour la franchise de ses propos et pour être un des cardinaux de Curie favorables au retour des anglo-catholiques traditionalistes à Rome. Ses propos, sur fond de crise d’un anglicanisme à la dérive, doctrinalement et moralement, méritaient donc la plus grande attention.

C’est dans cette disposition que j’ai lu ce texte important en soi mais qui constitue aussi, avec délicatesse, une mise en garde des anglicans contre leur dérive passée et présente, et une manière de rappel à l’ordre exprimé avec une force dont je n’ai pas le souvenir d’un exemple équivalent chez un prélat d’un tel rang. Je vais en donner trois exemples tiré du texte (dont la seule version disponible est en anglais).

1. « Le monde d’aujourd’hui a besoin de chrétiens qui s’affirment et non de gens qui s’excusent [1]. Il a besoin de gens comme le cardinal John Henry Newman, G. K. Chesterton, C. S. Lewis, Hilaire Belloc et d’autres, qui ont brillamment exposé la beauté de la foi chrétienne sans honte ni compromis ».
On notera, comme l’ont sans doute remarqué eux-mêmes les évêques anglicans à qui s’adresse le cardinal Dias, que des quatre apologistes évoqués l’un est un anglican qui l’est toujours demeuré (encore qu’il ne soit véritablement devenu membre de l’Église d’Angleterre qu’à 33 ans), C. S. Lewis ; que le deuxième, Hilaire Belloc, fut catholique sans discontinuer ; mais que les deux autres, le cardinal Newman et Chesterton, sont deux anglicans convertis au catholicisme…

2. Le cardinal Dias aborde ensuite la portée œcuménique de l’évangélisation.
« L’évangélisation est la prérogative unique de l’Esprit Saint qui a besoin de canaux au travers desquels il peut s’écouler librement. Cela ne se pourra que dans l’exacte mesure  où il y aura unité et cohésion entre les membres de l’Église, entre ces membres et leurs bergers, et, par-dessus tout, entre les bergers eux-mêmes », ce qui n’est évidemment pas le cas au sein de la Communion anglicane et de l’Église d’Angleterre avec pour effet logique, si l’on comprend bien le cardinal, d’empêcher l’œuvre de l’Esprit Saint en leur sein ! Certes, poursuit le cardinal, on constate une diversité  chez les chrétiens : « mais quand la diversité dégénère en division, elle devient un contre témoignage qui compromet gravement leur image et leurs efforts pour répandre la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ ». La situation de la Communion anglicane et de l’Église d’Angleterre, ce n’est pas une “diversité” maîtrisée et harmonieuse, comme elles le prétendent, mais une “division” anarchique et handicapante. C’est ce qu’on peut comprendre de cette phrase rapportée à son contexte.
Mais le plus fort de ce développement reste encore à venir. Le voici.
« On parle beaucoup de nos jours des maladies comme l’Alzheimer et le Parkinson. De manière analogique, on peut parfois trouver les symptômes de ces maladies jusque dans nos communautés chrétiennes. Par exemple quand nous vivons en myopes dans un présent fugace, oublieux de notre héritage du passé et de nos traditions apostoliques, on pourrait dire que nous souffrons d’un Alzheimer spirituel. De même, quand nous nous conduisons de manière désordonnée, allant notre chemin selon notre caprice sans aucune coordination entre la tête et les autres membres de la communauté, on pourrait qualifier cela de Parkinson ecclésial ».
Je crois qu’aucun commentaire ne s’impose…

3. Le cardinal Dias va terminer  son discours. Il “apostrophe” directement les évêques anglicans assemblés : « Le rôle de berger auquel les évêques sont appelés dans l’Église exige de leur part de toujours savoir discerner si leurs entreprises pastorales sont inspirées par Dieu, ou motivées par des critères humains, ou provoquées par le Malin ». Et pour conclure, le cardinal va, après avoir invoqué la bénédiction du Tout Puissant sur la Communion anglicane et la Conférence de Lambeth, par l’intercession de la Bienheureuse Vierge Marie, des Anges et des Saints – dont, évidemment, les saints martyrs catholiques  victimes de l’Église d’Angleterre… – évoquer une fois encore le vénérable cardinal Newman « figure importante tant pour les anglicans que les catholiques » – dans la mesure même où il montre qu'un anglican peut devenir catholique ? –, en citant un extrait d’un poème du futur bienheureux, dont le sens est véritablement sans équivoque encore une fois dans le contexte :

Lead, kindly Light, amid th’encircling gloom,
Lead Thou me on !
The night is dark, and I am far from home :
Lead Thou me on !
Keep Thou my feet : I do not ask to see the distant scene :
One step enough for me.

Un pas suffit (one step enough) pour s’approcher de la maison (home = Rome) guidé par l’aimable Lumière (kindly Light) qui attire à Elle (Lead Thou me on) ceux qui se trouvent environné par l’obscurité (encircling gloom) et dans les ténèbres de la nuit (The night is dark). Je ne crois pas beaucoup forcer le texte…




[1] Le cardinal Dias se livre ici à un jeu de mots intraduisible en français : le monde d’aujourd’hui a besoin de « Christian apologists, not apologizers » (le verbe to apologize signifie s’excuser et possède la même racine que le substantif apologist qui signifie apologiste comme en français ou défenseur).


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Catégorie : Anglicanisme /Épiscopalisme
Posté par : Daniel Hamiche le 22-07-2008

« Nous savons tous que nous nous trouvons au cœur d’un des défis les plus graves qu’ait dû affronter la famille anglicane au cours de son histoire ». Voilà ce que reconnaît le Dr Rowan Williams, archevêque de Cantorbéry, métropolitain de la province de Cantorbéry de l’Église d’Angleterre, et « primat de toute l’Angleterre » [1], dans son discours prononcé le dimanche 20 juillet lors de la séance plénière d’ouverture de la Conférence de Lambeth.
Une séance plénière loin d’avoir fait le… plein, car si la Conférence de Lambeth est supposée réunir une fois tous les dix ans et à l’invitation de l’archevêque de Cantorbéry tous les évêques anglicans du monde, tous n’ont pas estimé devoir y déférer cette année. Avec quelque optimisme, le site officiel de la Conférence de Lambeth croyait, avant que ne s’ouvre cette réunion, pouvoir annoncer [2] la présence de plus de 800 évêques : ils ne sont que 650 ; 230 évêques, donc 5 primats sur 38, l’ont boycottée : du jamais vu depuis la première Conférence de Lambeth en 1867 !
Le Dr R. Williams a beau ironiser, sans doute pour détendre l’atmosphère, sur les “unes” de journaux annonçant « la fin de la communion anglicane », il n’en reconnaît pas moins « qu’il est pourtant vrai que des choix devront être faits au cours des semaines que nous passons ensemble ». Des choix qui devront s’exprimer en résolutions. Toutefois, il s’empresse de rassurer ses auditeurs quant à l’aspect contraignant que pourraient revêtir ces résolutions pour chacun des évêques présents : « de résolutions qui ont été votées depuis 1867, vous en découvrirez beaucoup, et sur des sujets vraiment importants, qui n’ont jamais été suivies d’effets »… Il n’y a donc pas lieu pour les évêques anglicans de trop s’inquiéter – et pour nous de trop attendre des « résolutions » de la Conférence de Lambeth en cours. Et pour ceux de ses auditeurs épiscopaux qui seraient encore taraudés par le doute, le Dr R. Williams prend bien soin de préciser les choses : « Notre espoir c’est que nous puissions achever notre Conférence sur une “Réflexion”, et non pas sur un ensemble de résolutions et de décisions, susceptible de vraiment changer la situation et de nous conduire plus avant. C’est un équilibre difficile à réaliser. Nous sommes tous impliqués dans sa réussite ».

Dans ce long discours de plus de 4 000 mots, le Dr R. Williams, avec le talent et la dextérité intellectuelle qu’on lui connaît, se révèle de nouveau être ce qu’il a toujours été : un équilibriste doctrinal . Ce n’est pas pour surprendre chez ce prélat libéral et somme toute emblématique de cette via media de l’anglicanisme qu’on nomme ordinairement le latitudinarisme, une position condamnée, en même temps que son cousin germain l’indifférentisme, par Rome (Syllabus, § 3).
En voici un exemple tiré de ce même discours du Dr R. Williams. « Nous devons avoir l’honnêteté de reconnaître, dit-il, la profondeur de certaines blessures et difficultés que nous traversons. Et nous devons rafraîchir et ranimer notre compréhension de ce que notre Communion doit apporter à tout l’éventail œcuménique de notre vie chrétienne. Nous ne pouvons pas ignorer le fait que ce qui est considéré comme une doctrine et une politique nouvelles quant aux relations homosexuelles – chose qui n’est pas identique à celle de la grande majorité lors de la dernière Conférence de Lambeth –, provoque douleur et perplexité. Nous ne pouvons pas ignorer les pressions causées par de nouvelles structures qui se sont improvisées en réaction à cette douleur et à cette perplexité, pressions aisément constatables sous la forme de modèles irréguliers du ministère qui traversent les frontières historiques ».
Cette citation laisserait, à première lecture, entendre une double réprobation :
- critique de l’Église épiscopalienne des États-Unis qui, malgré la « résolution » de la précédente Conférence de Lambeth en 1998 de ne pas ordonner à l’épiscopat de pasteurs homosexuels, a passé outre en élevant Gene Robinson à l’épiscopat en 2004 ;
- et critique de la réaction d’une partie de la Communion anglicane, notamment en Afrique, outrée par cette extravagance et qui vient de créer une nouvelle structure : la Fellowship of Confessing Anglicans (FOCA).
Mais ce qui est réprouvé, au fond, ce n’est ni l’extravagance des Américains ni le “schisme” des Africains – qui n’en est en vérité que la conséquence et qu’on ne saurait, en bonne logique et en toute justice mettre sur le même pied : c’est l’entorse à la “communion”, à la via media, à ce modus vivendi qui n’est – et ne peut être – que compromis, encore et toujours.
En matière d’art du compromis, et sans vouloir être inutilement offensant, il faut bien admettre que le Dr R. Williams est passé maître en cet art. Une affaire semblable à celle de l’Américain Gene Robinson survint à pareille époque en Angleterre : l’“affaire Jeffrey John”.
Jeffrey John [3], un pasteur anglican, de tendance anglo-catholique, mais à l’homosexualité avouée, fut nommé, le 20 mai 2003, évêque de Reading, et donc évêque suffragant du diocèse d’Oxford. Des protestations s’élevèrent dans l’Église d’Angleterre et dans la Communion anglicane : des prélats menaçant de quitter l’une et l’autre si l’évêque nommé recevait l’ordination épiscopale. C’est cette crainte qui poussa le Dr R. Williams à suggérer à Jeffrey John de renoncer à son siège épiscopal : en échange, il serait nommé doyen de la cathédrale de St. Albans, situation beaucoup plus importante et prestigieuse, du point de vue ecclésiastique et social, que l’évêché de Reading, mais sans incidence sur la hiérarchie épiscopale de l’Église d’Angleterre et sur la « cohérence » de la Communion anglicane. Le Dr Jeffrey John accepta cet incroyable “troc” et, le 19 avril 2004, le Premier ministre Tony Blair signait le décret de nomination. Beaucoup ont considéré qu’il s’agissait là d’un « coup de maître » du Dr Rowan Williams. D’autres expressions peuvent venir à l’esprit pour cet autre exemple du latitudinarisme de l’archevêque de Cantorbéry.

Après avoir lu et relu, la tête dans les mains, le discours du Dr. R. Williams, que conclure sinon qu’il propose, une fois de plus, à ses confrères dans l’épiscopat anglican de “faire comme si”, mais en agrémentant cette attitude ancienne d’un “truc” nouveau qu’il nomme « Alliance anglicane » (Anglican Covenant), « une Alliance qui ne devra pas être entendue comme un moyen d’exclure le réticent ou le rebelle, mais comme l’intensification – pour ceux qui le voudront – des relations qui existent déjà […] car les options qui sont devant nous ne sont ni celle du schisme irréparable ni celle de l’assimilation forcée »

Les Anglo-Saxons ont un très joli dicton et de surcroît fort agréablement balancé dans sa métrique comme dans son euphonie : « You cannot run with the hares and hunt with the hounds », on ne peut à la fois courir avec les lièvres et chasser avec la meute. Autrement dit, on ne peut tenir à la fois deux positions contradictoires pour donner satisfaction aux tenants de l’une comme de l’autre. Sans esprit de polémique, m’est avis que ce dicton s’applique à la perfection à l’anglicanisme en général et au Dr R. Williams tout particulièrement.






* Le train-train habituel…
[1] L’archevêque de York, seconde province ecclésiastique de l’Église d’Angleterre, est qualifié de « primat d’Angleterre ».
[2] Ce nombre n’a pas été modifié sur le site officiel (www.lambethconference.org/lc2008/index.cfm) au jour où je rédige cet article (21 juillet).
[3] Le Dr John a fondé en 1990 le mouvement Affirming Catholicism pour promouvoir le “catholicisme” dans la tradition anglicane, mais a toujours soutenu l’ordination des femmes… N’étant pas à une contradiction près, il nie la doctrine de la peine d’expiation ce qui lui a valu de sévères critiques d’évêques anglicans de la tendance évangélique qui eux tiennent pour la doctrine du purgatoire. D’où l’on peut conclure qu’il faut être de la dernière prudence quant aux catégories où l’on range les anglicans. Le terme générique anglo-catholique peut s’appliquer à des chrétiens qui sont bien davantage protestants que “catholiques”, alors que celui “d’évangélique” peut s’appliquer à des chrétiens très proches de certains dogmes catholiques.
 


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Catégorie : Anglicanisme /Épiscopalisme
Posté par : Daniel Hamiche le 16-07-2008

C’est à midi aujourd’hui mercredi 16 juillet, que s’est ouverte la Conférence de Lambeth qui, à l’invitation de l’archevêque de Cantorbéry, “primat” de la Communion anglicane, réunit tous les dix ans les archevêques (à la tête de provinces ecclésiastiques) et évêques anglicans du monde entier. On en attendait quelque 800. Plus de 200 ne seront pas au rendez-vous. La Communion anglicane est en crise, tout comme l’est l’Église d’Angleterre. La Conférence de Lambeth devrait poursuivre ses travaux jusqu’au 3 août. C’est la quatorzième. Ce pourrait bien être la dernière…
La décision du Synode général – qui est l’organe réel de gouvernement de l’Église d’Angleterre, et dans lequel les archevêques et évêques ne comptent que pour un tiers des voix lorsque des résolutions sont votées –, le 7 juillet, de promouvoir l’ordination épiscopale des femmes sans contrepartie pour les anglo-catholiques qui y sont hostiles – comme ils le furent dès 1994 quant à l’ordination sacerdotale des femmes –, ne laisse guère d’autre choix à un grand nombre de ces derniers que celui de quitter une Église d’Angleterre qui a désormais pris le parti d’embrasser son héritage protestant et de briser le fil ténu qui la reliait encore à ce qu’elle pensait être son héritage “catholique”.
Certains hauts prélats anglo-catholiques avaient prévu cette nouvelle dérive, et l’avaient même anticipée. J’ai évoqué dans ce blogue les entretiens secrets [1] qu’ont eus à Rome les deux “flying bishops”, Andrew Burnham, évêque d’Ebbsfleet, et Keith Newton, évêque de Richborough, de la province ecclésiastique de Cantorbéry. Il s’agissait pour eux de sonder Rome « sur les moyens leur permettant [de faire retour à Rome] avec leurs fidèles » [2], c’est-à-dire des anglo-catholiques, pasteurs et laïcs, constituant des sortes de « paroisses personnelles », à la mode anglicane, où ne sont admis ni les femmes prêtres ni leurs évêques consécrateurs – ou même simplement favorables à ces ordinations…
Un certain nombre d’indiscrétions croisées avec des précédents et quelques conclusions logiques, permettent selon l’hebdomadaire britannique The Catholic Herald (11 juillet), de conjecturer les grandes lignes de l’accord-cadre que Rome serait disposée à accorder aux anglo-catholiques. Nous en donnons ci-dessous les principaux points, évidemment, sous toute réserve…

1. Rome serait disposée à accorder une “administration apostolique”, placée sous l’autorité d’un évêque catholique, pour satisfaire aux besoins pastoraux des pasteurs et des paroissiens anglo-catholiques. C’est la solution que Rome avait déjà trouvée pour accorder aux fidèles du diocèse de Campos (Brésil) attachés à la liturgie grégorienne son usage dans la pleine communion de l’Église, avec l’administration apostolique Saint-Jean-Marie Vianney. Une “administration apostolique” est un vrai diocèse mais “virtuel” en ce sens qu’il n’est pas renfermé dans des limites territoriales. Si c’est bien la solution que Rome propose aux anglo-catholiques, alors elle correspond grosso modo à ce que ces derniers avaient demandé au Synode général : la création d’une nouvelle province ecclésiastique – en plus des deux qui existent, mais recouvrant toute l’Angleterre – et la nomination d’un “super-évêque” à sa tête : ce qui leur fut refusé. Reste, bien sûr, pour le pape le choix délicat de l’évêque.
2. Les anciens anglicans se rassembleraient sous une égide commune qui pourrait prendre le nom de Fellowship of St. Gregory the Great. Cette association, placée sous la direction de l’évêque à nommer, regrouperait les anciens pasteurs anglicans ordonnés prêtres catholiques. Les paroisses de ces derniers, ouvertes à tous, seraient toutefois principalement composées d’anciens anglicans.
3. Les paroisses de cette Fellowship occuperaient leurs anciens bâtiments (églises, cures, locaux paroissiaux, etc.), mais cela exigerait un exceptionnel bon vouloir de l’Église d’Angleterre : une négociation ardue mais non impossible puisque les paroisses – des centaines ! – des flying bishops sont déjà financièrement “découplées” de l’Église d’Angleterre.
4. Les anciennes communautés anglicanes devenues catholiques pourraient, si elles le souhaitaient, utiliser en partie le Book of Common Prayer mais révisé pour un usage catholique comme c’est déjà le cas dans les sept paroisses, autrefois épiscopaliennes – anglicanes – et désormais catholiques, des États-Unis. Mais, pratiquement, cette demande ne devrait pas être très forte. Par contre, il sera intéressant de voir – si la chose se passe bien comme on l’envisage – l’usage que ces nouvelles paroisses catholiques pourraient faire du Missel de 1962…
5. Les anciens pasteurs anglicans devraient se soumettre à un programme accéléré d’études leur permettant d’être promptement ordonnés prêtres catholiques. Le fait qu’ils soient mariés ne serait pas un obstacle à l’ordination sacerdotale mais ils ne pourraient pas – comme cela se passe déjà aux États-Unis – être “curés” de paroisses mais simples vicaires. En cas de décès de l’épouse, ils ne pourraient pas se remarier. Par contre, les anciens pasteurs anglicans homosexuels pratiquants et avérés ne seraient pas admis aux ordres.
6. Les hommes laïcs ex-anglicans ne pourraient évidemment pas davantage prétendre aux ordres s’ils se mariaient, ce qui va de soi pour un catholique latin mais pas pour un anglican.
7. Pour des questions de célibat et de juridiction, on n’envisage donc pas la création d’une Église de rite anglican “uniate”.

Interrogé dans l’avion qui le menait en Australie sur les problèmes que traversaient la Communion anglicane et l’Église d’Angleterre, et qui vont être débattus lors de la Conférence de Lambeth, Benoît XVI, encore plus prudent qu’à l’accoutumée, s’est contenté de répondre lapidairement : « Nous ne pouvons pas et ne devons pas intervenir immédiatement dans leurs discussions, nous respectons leur responsabilité ». Laisser du temps au temps donc. Mais pas trop. La question n’est évidemment plus aujourd’hui de savoir si Rome va recevoir dans le bercail de l’Église une, sainte, catholique et apostolique, les anglicans qui frappent à sa porte, mais quand… Des observateurs évoquent la possibilité de l’annonce d’un tel retour et de la création d’une structure idoine en décembre prochain. Pourquoi en décembre ? Parce que c’est probablement à cette date que Benoît XVI pourrait proclamer bienheureux le vénérable John Henry cardinal Newman, le plus célèbre des anglicans revenus à Rome !

Daniel Hamiche
(qui espère avoir en partie répondu au commentaire de vivelechristroi du 13 juillet)


[1] J’apprends aujourd’hui qu’outre cette rencontre secrète – mais dont on commence à connaître une partie de la teneur – une autre rencontre – encore plus secrète ! – s’est également tenue à Rome – avant ou après celle que j’évoque – entre des évêques diocésains anglicans et de hautes autorités de la Curie. Il est peu probable qu’il se soit agi dans ce cas d’une négociation en vue d’un retour à Rome mais plus prosaïquement de sonder – dans la nouvelle situation de l’Église d’Angleterre – les chances d’une poursuite du dialogue œcuménique. On ne sait rien de plus.
[2] Ce dont ne veulent pas les évêques catholiques d’Angleterre et du Pays de Galles. Mais il semble que Rome ait – enfin ! – décidé de leur passer par-dessus la tête pour que ne se renouvellent pas les errements des années 1990. C’est la raison pour laquelle la Conférence des évêques catholiques n’a même pas été tenue au courant de ces négociations. Il faut dire que le jour même où le Synode général donnait son “feu vert” à l’ordination épiscopale des femmes, décision cruciale et gravissime mais sur laquelle la Conférence des évêques catholiques a gardé un silence… bruyant – aucun communiqué sur son site depuis le 7 juillet… –, cette dernière de conserve avec l’Église d’Angleterre publiait une « présentation conjointe » sur un rapport de l’OFCOM – l’autorité britannique pour les télécommunications – concernant l’avenir de la télévision en Grande-Bretagne et les risques de la révolution numérique !
 


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Catégorie : Anglicanisme /Épiscopalisme
Posté par : Daniel Hamiche le 20-06-2008

Les prélats dits “conservateurs” anglicans qui se réuniront la semaine prochaine en Israël, devraient annoncer officiellement qu’ils ne sont plus en communion avec l’Église d’Angleterre, annonce ce jour le Daily Telegraph de Londres.
Il est désormais assuré que ces prélats ne participeront pas à la Conférence de Lambeth qui réunit, tous les dix ans, les évêques de la Communion anglicane, puisque, rassemblés par les évêques anglicans d’Afrique, ils se réuniront dans le cadre de la GAFCON-Global Anglican Future Conference (conférence globale sur l’avenir de l’anglicanisme) en Israël. Préalablement envisagée pour se dérouler en Jordanie, le pays d’accueil de la GAFCON a du être changé, l’archevêque nigérian Peter Akinola, sans doute le prélat le plus engagé contre la dérive libérale de l’anglicanisme, n’ayant pu obtenir de visa des autorité du Royaume hashémite…
Malgré les efforts de l’archevêque de Cantorbéry, Rowan Williams, qui préside aux destinées de la Communion anglicane, visant à maintenir une unité de façade au moins jusqu’à la Conférence de Lambeth, l’éclatement semble imminent. La GAFCON discutera notamment du document préparé par le Dr. Rowan Williams, alors qu’il n’aurait du être débattu qu’à la Conférence de Lambeth. Dans un document préparé pour la GAFCON par Mgr Peter Akinola, on peut lire de ce dernier un jugement définitif : « Il n’y a plus, en conséquence, aucun espoir de maintenir la communion ». Depuis des années, les prélats conservateurs anglicans contestent la doctrine et la pratique du courant principal de l’anglicanisme, notamment l’ordination sacerdotale de femmes et l’ordination épiscopale d’un évêque ouvertement homosexuel et “pratiquant” (il vient tout juste de se “pacser” aux États-Unis avec son “partenaire”). Ils estiment désormais ne plus pouvoir maintenir l’unité avec leurs confrères libéraux britanniques et américains.
 


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