Audience du 13 mai : Trois mots clés

Rédigé par un moine de Triors le dans Religion

Audience du 13 mai : Trois mots clés

Lors de l’audience du mercredi 13 mai, qui rappelle forcément celle du 13 mai 1981, quand une main tira et une autre dévia la balle qui devait frapper Jean-Paul II, le Pape François évoqua la vie familiale autour de trois mots clés, sans lesquels ni bienveillance, ni paix, ni entente familiales ne peuvent exister. Ces mots : s’il te plaît, merci et pardon, forment le b.a.-ba élémentaire de la politesse même mondaine que l’on ne trouve guère de nos jours. Le Pape en avait parlé déjà plusieurs fois au hasard des circonstances, mais cette fois, c’est dans le cadre d’une catéchèse générale sur la famille. Examinons donc tour à tour chacun de ces trois mots.

S’il te plaît.

Cette formule essentielle de politesse marque tout à la fois la confiance et le respect. C’est une preuve de la délicatesse de notre charité. Nous ne devons pas nous imposer aux autres, mais au contraire, en respectant leur liberté, attendre que l’autre nous fasse grâce de nous ouvrir son cœur. Dieu en cela est un modèle, car non seulement Il fait toujours grâce, mais encore, c’est Lui qui fait le premier pas (Dieu nous a aimés le premier, dit saint Jean) et attend que nous-même nous nous ouvrions à Lui.

Merci.

Le Pape rappelle combien nous devons être exigeants sur l’emploi de cette formule, car, pour tout croyant et à plus forte raison pour tout chrétien, la gratitude doit être au fond du cœur. Gratitude envers Dieu, tout d’abord. Paul VI, dans son encyclique sur l’Eucharistie, sacrement de l’action de grâce par excellence, écrivait que nous « devons remercier l’auteur de tout bien, qui par son Esprit gouverne l’Église et la rend féconde en accroissements de vertu ». Comment pourrions-nous en effet dignement célébrer la bonté du Seigneur et l’adorer comme il faut, sans au préalable Le remercier pour les biens qu’Il nous a octroyés et spécialement les dons de la foi et de la grâce ? Mais ce « merci » que nous devons porter à Dieu créateur et rédempteur, nous le devons également à nos frères, car l’homme, de par sa nature, est un animal social qui a besoin des autres, sans lesquels il ne pourrait rien faire. Même l’ermite ou le solitaire du désert a besoin de l’expérience et de l’exemple d’autrui.

Pardon enfin.

Cette parole, que nous récitons chaque jour dans la prière dominicale, est absolument nécessaire. Sans le pardon, nous n’entrerons pas dans le royaume des cieux. Et il nous faut impérativement pardonner jusqu’à 77 fois 7 fois, comme Jésus l’a dit à Pierre. Le pardon peut parfois paraître difficile, voire impossible ; il faut se souvenir alors de la parole du Christ en Croix : « Père pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font ». Il faut se souvenir aussi, comme le rappelait constamment Jean-Paul II, que pardonner n’est pas oublier. On ne pourra jamais oublier le mal grave, mais on devra toujours pardonner, sinon on risque de faire comme ce Nicéphore dont parle saint François de Sales qui, alors qu’il était conduit au martyre, refusa le pardon à Saprice et pour cela apostasia (Traité de l’Amour de Dieu). Le Pape François pense ainsi que le refus du pardon est à l’origine de presque toutes les désunions familiales. Demandons à Marie qui a pratiqué à merveille ces trois mots de nous les faire aimer et surtout pratiquer partout et toujours. En sachant remercier, nous pourrons avec elle chanter le Magnificat ; en la laissant entrer dans notre cœur, nous ferons toujours ce qui plaît à Dieu. En pardonnant, nous deviendrons avec elle une vivante image de son divin Fils. 

Les propos du pape François le 13 mai 2015 :

Chers frères et sœurs, bonjour!

La catéchèse d’aujourd’hui est comme la porte d’entrée d’une série de réflexions sur la vie de la famille, sa vie réelle, avec ses temps et ses événements. Sur cette porte d’entrée, trois mots sont écrits, que j’ai déjà utilisés plusieurs fois sur la Place. Et ces mots sont: «S’il te plaît», «merci», «pardon». En effet, ces mots ouvrent la voie pour bien vivre en famille, pour vivre en paix. Ce sont des mots simples, mais pas si simples à mettre en pratique! Ils contiennent une grande force: la force de protéger la maison, également à travers mille difficultés et épreuves; en revanche leur absence, peu à peu, ouvre des failles qui peuvent aller jusqu’à son effondrement.

Nous les considérons normalement comme les mots de la «bonne éducation». En effet, une personne bien élevée demande la permission, dit merci ou s’excuse si elle s’est trompée. La bonne éducation est effectivement très importante. Un grand évêque, saint François de Sales, avait l’habitude de dire que «la bonne éducation est déjà la moitié de la sainteté». Mais attention, dans l’histoire nous avons aussi connu un formalisme des bonnes manières qui peut devenir un masque qui cache la sécheresse de l’âme et le manque d’intérêt pour l’autre. On a l’habitude dire: «Derrière tant de bonnes manières se cachent de mauvaises habitudes». Même la religion n’est pas à l’abri de ce risque, qui fait glisser l’observance formelle dans la mondanité spirituelle. Le diable qui tente Jésus fait preuve de bonnes manières — c’est vraiment un seigneur, un chevalier — et il cite les Saintes Ecritures, il semble un théologien. Son style apparaît correct, mais son intention est de faire dévier de la vérité de l’amour de Dieu. Nous, en revanche, nous entendons la bonne éducation dans ses termes authentiques, où le style des bonnes relations est solidement enraciné dans l’amour du bien et dans le respect de l’autre. La famille vit de cette finesse de l’amour.

La délicatesse

Voyons donc: le premier mot est s’il te plaît. Quand nous nous préoccupons de demander avec gentillesse également ce que nous pensons pouvoir prétendre, nous établissons une véritable base pour l’esprit de la coexistence conjugale et familiale. Entrer dans la vie de l’autre, même quand il fait partie de notre vie, demande la délicatesse d’une attitude qui n’est pas envahissante, qui renouvelle la confiance et le respect. L’intimité, en somme, n’autorise pas à tout considérer comme acquis. Et l’amour, plus il est intime et profond, exige encore davantage le respect de la liberté et la capacité d’attendre que l’autre ouvre la porte de son cœur. A ce propos, rappelons la parole de Jésus dans le livre de l’Apocalypse: «Voici que je me tiens à la porte, et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui; je prendrai mon repas avec lui, et lui avec moi» (3, 20). Le Seigneur aussi demande la permission d’entrer! Ne l’oublions pas. Avant de faire quelque chose en famille: «S’il te plaît, est-ce que je peux le faire?». «Est-ce que cela te plaît si je fais ainsi?». Ce langage vraiment poli mais plein d’amour. Et cela fait beaucoup de bien aux familles.

Le deuxième mot est merci. Parfois on arrive à penser que nous sommes devenus une civilisation des mauvaises manières et des mauvais mots, comme si cela était un signe d’émancipation. Nous l’entendons parfois dire même publiquement. La gentillesse et la capacité de remercier sont vues comme un signe de faiblesse, parfois elles suscitent même la méfiance. On doit s’opposer à cette tendance au sein même de la famille. Nous devons devenir plus intransigeants sur l’éducation à la gratitude, à la reconnaissance: la dignité de la personne et la justice sociale passent toutes les deux par là. Si la vie de famille néglige ce style, la vie sociale le perdra aussi. Ensuite, pour le croyant la gratitude est au cœur même de la foi: un chrétien qui ne sait pas remercier est quelqu’un qui a oublié la langue de Dieu. Cela est laid! Rappelons-nous de la question de Jésus, quand il guérit dix lépreux et que seul l’un d’eux revint le remercier (cf. Lc 17, 18). Une fois j’ai entendu une personne âgée, très sage, très bonne, simple, mais avec cette sagesse de la piété, de la vie, qui disait: «La gratitude est une plante qui ne grandit que dans la terre des âmes nobles». Cette noblesse d’âme, cette grâce de Dieu dans l’âme nous pousse à dire merci à la gratitude. C’est la fleur d’une âme noble. C’est là une belle chose.

Faire la paix

Le troisième mot est pardon. Un mot difficile, certes, mais pourtant si nécessaire. Lorsqu’il manque, les petites fissures s’élargissent — même sans le vouloir — jusqu’à devenir des douves profondes. Ce n’est pas pour rien si dans la prière enseignée par Jésus, le Notre Père, qui résume toutes les questions essentielles de notre vie, nous trouvons cette expression: «Pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés» (Mt 6, 12). Reconnaître que l’on a eu un manquement, et être désireux de restituer ce qui a été retiré — le respect, la sincérité, l’amour — rend digne de pardon. Et ainsi se referme l’infection. Si nous ne sommes pas capables de présenter nos excuses, cela signifie que nous ne sommes pas non plus capables de pardonner. Dans une maison où l’on ne demande pas pardon, l’air commence à manquer, les eaux deviennent stagnantes. De nombreuses blessures des sentiments, de nombreux déchirements dans les familles commencent avec la perte de ce mot précieux: «pardonne-moi». Dans la vie conjugale, on se dispute si souvent... «les assiettes volent» aussi, mais je vous donne un conseil: ne finissez jamais la journée sans avoir fait la paix. Ecoutez bien: vous vous êtes disputés, mari et femme? Enfants avec les parents? Vous avez eu une grosse dispute? Ce n’est pas bien, mais là n’est pas le problème. Le problème est que ce sentiment soit encore présent le jour d’après. C’est pour cela que si vous vous êtes disputés, ne finissez jamais la journée sans faire la paix en famille. Et comment dois-je faire la paix? Me mettre à genoux? Non! Seulement un petit geste, une petite chose et l’harmonie familiale revient. Une caresse suffit, sans les mots. Mais ne jamais finir la journée sans faire la paix. Vous avez compris cela? Ce n’est pas facile mais on doit le faire. Et avec cela, la vie sera plus belle.

Ces trois mots-clés de la famille sont des mots simples, et sans doute nous font-ils tout d’abord sourire. Mais quand nous les oublions, il n’y a plus de quoi rire, n’est-ce pas? Sans doute notre éducation les néglige-t-elle trop. Que le Seigneur nous aide à les remettre au bon endroit, dans notre cœur, dans notre maison, et également dans notre cohabitation civile. Ce sont les mots pour entrer réellement dans l’amour de la famille.

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