Huis clos

Rédigé par Pierre Durrande le dans Culture

Huis clos

Beaucoup d’encre a coulé sur la pièce la plus connue de Sartre et certainement l’une des pièces les plus fortes du théâtre contemporain. Chacun se rappelle le moment fatidique, tel le claquement d’un fouet, où tombe la sentence tragique de la pièce : « L’enfer, c’est les autres ». Si autrui peut être celui qui m’enferme, il pourrait être aussi celui qui me rend à ma propre liberté. Il le pourrait, si toutefois le philosophe qu’était Jean-Paul Sartre n’avait pas réduit ce que nous sommes, ce « qui » nous sommes à ce que nous faisons. Je ne suis regardé par autrui, et donc renvoyé à moi-même qu’à travers mes actes. Mon acte d’être est entièrement constitué par l’être de mes actes. D’où la terrible sentence ! L’homme est ce qu’il fait, rien d’autre que ce qu’il fait. Il vaudrait mieux ne pas être vu quand ce qui se dévoile ne supporte pas d’être regardé.

Entre les trois protagonistes, pas l’espace d’une respiration ! Ils s’enferment les uns les autres en se faisant successivement miroir de la conscience meurtrie d’autrui. Ils n’existent que dans l’usage que chacun fait de l’autre pour tenter d’échapper à son propre jugement. Dans ce lieu, justement qualifié d’enfer, aucune espérance n’est autorisée, car le temps s’est arrêté. Il n’y a plus de place pour être autre, la rédemption n’est pas de mise. C’est dire la difficulté de jouer la pièce !

La salle haute du Théâtre du Nord-Ouest est bien adaptée à la mise en scène dépouillée et intimiste d’Isabelle Erhart qui s’appuie strictement sur la puissance du verbe sartrien pour rythmer la montée progressive de l’oppression qui émane de l’angoisse même des personnages au fur et à mesure où leur enfer se creuse. Le rythme d’abord volontairement lent, s’accélère peu à peu dans le sens d’une trépidation, comme des mouches enfermées iraient se cogner contre des fenêtres fermées. Les mots bien timbrés par une juste articulation se découpent et cognent dans toute leur âpreté entraînant à leur suite les comédiens dans une tension extrême jusqu’au bout de leur souffle. Comme l’espace scénique est réduit, que les spectateurs sont au plus près des acteurs, personne ne sort indemne de cette atmosphère étouffante. C’est un spectacle d’une rare exigence aussi bien pour les acteurs que pour les spectateurs. Un fort moment de théâtre !

Théâtre du Nord-Ouest, 13, rue du Faubourg-Montmartre, Paris IXe. Tél. : 01 47 70 32 75. Représentations : les 9, 14, 15, 27 avril à 20 h 45 ; les 5, 18, 19, 26 mai à 20 h 45 ; les 2, 3, 8, 15, 16 juin à 20 h 45. Du 7 au 30 juillet à 22 h (sauf les 13, 20, 27 juillet) au Théâtre des Amants durant le festival d’Avignon. Et les 2, 3, 4, 5, 9, 10, (11 à 21 h), 13, 24, 25 août à 20 h 45 ; les 7, 8, 14, 15, 21, 22, 28, 29 septembre à 20 h 45 au TNO.

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