Obésité, malbouffe et taxes

Rédigé par Jean-Michel Beaussant le dans Politique/Société

Obésité, malbouffe et taxes

En 2012, 15 % des Français étaient déjà considérés comme obèses et 32 % en surpoids (22,6 millions). Leur nombre devrait atteindre 33 millions en 2030. Près d’un Français sur deux a aujourd’hui des problèmes de poids, selon une propension galopante, analogue à celle des États-Unis qui en a fait une « cause nationale ».

La direction générale du Trésor a donc récemment publié une étude sur le coût ­socio-économique de la surcharge pondérale, responsable notamment, selon l’OMS, de près de 13 % des décès en Europe (S’il concerne surtout les pays industriels, le surpoids est néanmoins un fléau sanitaire planétaire touchant (selon l’OMS) 1,9 milliard de personnes, dont 600 millions d’obèses avérés, avec des pays en voie de développement confrontés maintenant à la fois à la sous-nutrition et au surpoids. La malbouffe causerait ainsi dans le monde plus de morts par an que le sexe, l’alcool et le tabac réunis…). Alors que nous bougeons physiquement de moins en moins, en un demi-siècle le volume de notre assiette a doublé et s’est aussi enrichi en graisses et en sucre par une offre alimentaire industrielle quasiment sans limites, toujours et partout. Avec les sodas notamment qui ont connu un bon de 800 % !

Feu le sénateur Jean Germain avait déjà posé une question à l’attention du ministre de la Santé sur les conséquences financières de l’alimentation industrielle, autrement appelée « malbouffe » : excès de sucre, de sel, de gras, de colorants, de produits chimiques comportant notamment des perturbateurs endocriniens comme le bisphénol A (dont la suppression au niveau des contacts alimentaires était prévue en 2015) ou certains phtalates, etc. (JO Sénat du 28 mars 2013). « Cette alimentation, écrivait-il, participe au développement de maladies comme le diabète, l’obésité, les maladies cardiovasculaires comme l’hypertension artérielle, les infertilités, les allergies, les troubles digestifs divers, etc. » Les maladies liées à l’obésité sont connues : cardiovasculaires, respiratoires et articulaires… L’obésité accroît également le risque de survenue de certains cancers (utérus, côlon…). En tenant compte non seulement des dépenses de santé mais aussi des pertes de production au niveau national consécutives par exemple à l’absentéisme pour raisons médicales, le coût social de l’obésité avoisinait 20 milliards d’euros (1 % du PIB) en 2012, selon cette étude du Trésor. Soit un montant comparable à celui de l’alcool et du tabac.

Une nouvelle taxe…

Pour lutter contre ce fléau et combler, une fois de plus, le fameux trou de la Sécurité sociale, Bercy propose de créer une nouvelle taxe. Nouvelle, car deux taxes avaient déjà été promulguées avec le même dessein. Celle de 2012 sur les boissons sucrées et édulcorées qui a rapporté un peu moins de 400 millions d’euros en 2014. Et celle de 2014, dite « RedBull », sur les boissons énergisantes qui n’a rapporté que 3 millions cette même année au lieu des 65 attendus. La faute au principal fabricant qui n’a pas joué le jeu ou l’a trop bien joué, réduisant le taux de caféine de son produit pour demeurer en dessous du seuil d’assujettissement de la taxe ! Une sorte de fuite fiscale astucieuse qui n’a pas empêché les ingrédients de l’obésité, c’est-à-dire l’alimentation industrielle de masse, de se répandre malgré tout avec ses nuisances intrinsèques, même limitées en apparence. (Quand on sait que le premier groupe agroalimentaire mondial dépense 100 millions d’euros par an rien qu’en France pour sa communication, on peut se demander si ce n’est pas la publicité qu’il faudrait plutôt lourdement taxer, étant certainement l’une des causes les moins combattues de l’obésité.)

Pénalité pour les familles pauvres

Il s’agirait donc cette fois d’une taxation unique, non plus sur un nutriment ou aliment spécifique, mais en fonction du « niveau de calories » (comme au Mexique) ou de la « qualité nutritionnelle » d’un produit (comme au Canada). Pour être dissuasive, cette nouvelle taxe devrait dépasser 8 %, pénalisant forcément les familles les plus pauvres, dont le budget alimentation est élevé et qui consomment justement davantage de ces produits moins onéreux que le sain, le frais ou le bio. D’où cette proposition surréaliste du Trésor : « Rien n’empêcherait d’adjoindre à cette taxation une mesure de redistribution (éventuellement une prestation attribuée sous condition de ressources) visant à restaurer le pouvoir d’achat des ménages les plus modestes. » Autrement dit, commente Yves Daoudal, « on va redonner à ceux qui se goinfrent de produits provoquant l’obésité l’argent qu’on leur a pris pour qu’ils se goinfrent moins. On gardera seulement l’argent de plus riches, qui auront les moyens de continuer à consommer ces produits… ». Preuve est faite que l’on se moque pas mal de la santé publique et qu’il ne s’agit pas vraiment de lutter contre l’obésité, mais surtout de faire faire des économies à l’État sur le dos des familles modestes comme on le fait déjà sur le dos des familles nombreuses, par cette obésité socialiste des taxes (on se rappelle celle, soi-disant antipollution, pénalisant les voitures familiales !).

On saisit, à ce niveau de correction absurde et de cercle vicieux, la débilité technocratique de nos « experts » de Bercy pour lesquels toutes les difficultés se lèvent par l’impôt et sa redistribution : il n’y a pas de problèmes, seulement des solutions fiscales ! « À partir d’un certain nombre, la quantité devient qualité », pensait pareillement Engels dans ce charlatanisme matérialiste du nombre d’or…

 

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