La victoire pascale

Rédigé par un moine de Triors le dans Religion

La victoire pascale

Pour la première fois, le Pape a prononcé une homélie lors de la messe du jour de Pâques. Habituellement, il prononçait une homélie lors de la vigile, avant d’adresser le jour même au monde entier son message pascal. Cette homélie est bien sûr centrée sur la Résurrection du Christ, pivot central de notre foi. Le Christ est ressuscité, Alléluia. Oui, il est vraiment ressuscité ! C’est le salut des Russes et des Grecs en ce jour. C’était déjà pour saint Pierre, comme en témoigne le début du livre des Actes des Apôtres, la condition sine qua non pour être un apôtre du Christ, car celui-ci est un témoin de la Résurrection. Et l’on sait que témoin en grec signifie martyr. Et c’est le cri de l’Église depuis vingt siècles.

La Résurrection du Christ, même si son historicité signe de crédibilité unique est attestée par les apparitions décrites dans l’Évangile, reste cependant un profond mystère, et, par là, du domaine de la foi. D’ailleurs, les premiers visiteurs du tombeau au petit matin de Pâques n’ont pas cru tout de suite. Certes le tombeau était vide, mais Lui n’y était pas. Et pareillement il en va des pèlerins d’Emmaüs. Ils étaient tristes, car ils ne pouvaient se consoler de ce qu’ils considéraient comme une défaite éclatante et surtout irréversible. Mais cette défaite est annonce de victoire. En fait, les saintes femmes avaient encore un peu de foi, puisqu’elles se sont rendues au tombeau, c’est-à-dire qu’elles parcoururent le chemin de la défaite qui mène à celui de la victoire. Elles méritèrent ainsi de s’entendre dire par l’ange : Il est ressuscité. Les Apôtres ne crurent pas tout de suite, restant enfermés dans le cénacle jusqu’à la venue du Seigneur. Et nous aussi, hélas, restons souvent apeurés sur le chemin de la défaite et donc du désespoir. Pâques au contraire est le chemin de l’espérance.

La Croix, centre du christianisme

Le monde au sens johannique du terme a du mal à comprendre cette défaite apparente qui débouche sur une victoire éclatante. Il ne pense qu’à la défaite et se révolte devant le mal qui déferle devant nous. Pourquoi tant de mal ? C’était déjà la question que se posait Job. Le Pape rappelle la véritable solution qu’il indiqua à un jeune garçon brillant, atteint de maladie grave. La solution à la souffrance est la Croix du Christ. Le Père qui a tant aimé le monde a fait « péché celui qui était sans péché », nous dit saint Paul qui dit ailleurs que « Dieu n’a pas épargné son propre Fils ». La Croix est vraiment au centre du christianisme, mais elle ne s’arrête pas là, car elle débouche sur la Résurrection. Le Christ ressuscité est devenu la pierre angulaire, et Pâques, la fête de la pierre qui a été rejetée pour devenir signe de contradiction. Il est bon de s’en souvenir à notre époque de rejet et de rebut. Chaque petit caillou a un sens et une place dans le grand édifice de l’Église construit sur la pierre angulaire du Christ ressuscité. Regardons toujours l’ambivalence de la Croix si chère à saint Paul et à saint Jean et reprise dans la séquence de Pâques : la mort et la vie, le péché et la grâce, les ténèbres et la lumière, le mensonge et la vérité, etc. Regardons toujours en avant. Le petit caillou que nous sommes appartient au grand édifice construit à partir de la Croix du Christ. Devant tant de drames humains (l’actualité en est remplie), tournons les yeux vers la pierre angulaire, le Christ crucifié mais ressuscité. Et soyons sûrs qu’avec lui nous remporterons la victoire du combat contre le péché, le monde et Satan. Alimentons constamment nos journées par cette phrase source de joie : Le Christ est ressuscité. Regina laetare, alléluia.

L'homélie du Pape

 

Aujourd’hui, l’Église répète, chante et crie : « Jésus est ressuscité ! ». Mais comment cela se fait-il ? Pierre, Jean, les femmes sont allées au tombeau, et il était vide. Lui n’y était pas. Ils y sont allés le cœur fermé par la tristesse, la tristesse d’une défaite : le Maître, leur Maître, celui qu’ils aimaient tant a été exécuté, il est mort. Et on ne revient pas de la mort. Voilà la défaite, voilà le chemin de la défaite, le chemin vers le tombeau. Mais l’ange leur dit : « Il n’est pas ici, il est ressuscité ».

C’est la première annonce : « Il est ressuscité ». Puis la confusion, le cœur fermé, les apparitions. Mais les disciples restent enfermés toute la journée au Cénacle, parce qu’ils avaient peur qu’il leur arrive la même chose qu’à Jésus. Et l’Église ne cesse de dire à nos défaites, à nos cœurs fermés et peureux : « Arrête-toi, le Seigneur est ressuscité ! ». Mais si le Seigneur est ressuscité, comment ces choses peuvent-elles arriver ? Comment se fait-il qu’il arrive tant de malheurs, de maladies, de traite des personnes, de guerres, de destructions, de mutilations, de vengeances, de haine ? Mais où est le Seigneur ?

Hier j’ai téléphoné à un jeune homme qui a une maladie grave, un jeune cultivé, un ingénieur, et en parlant pour donner un signe de foi, je lui ai dit : « Il n’y a pas d’explication à ce qui t’arrive. Regarde Jésus sur la croix : Dieu a fait cela avec son Fils, et il n’y a pas d’autre explication ». Et lui m’a répondu : « Oui, mais il a demandé à son Fils, et le Fils a dit oui. À moi, on n’a pas demandé si je voulais cela ». Cela nous émeut, à personne d’entre nous n’est demandé : « Mais tu es content de ce qui se passe dans le monde ? Est-ce que tu es prêt à porter cette croix ? ». Et la croix va de l’avant et la foi en Jésus s’écroule. Aujourd’hui, l’Église continue à dire : « Arrête-toi, Jésus est ressuscité ! ». Et cela n’est pas le fruit de l’imagination, la Résurrection du Christ n’est pas une fête avec plein de fleurs. C’est beau, mais ce n’est pas cela, c’est quelque chose de plus. C’est le mystère de la pierre rejetée qui finit par être le fondement de notre existence. Le Christ est ressuscité, voilà ce que cela signifie.

Dans cette culture du rejet, où ce qui n’est pas utile est rejeté, cette pierre – Jésus – est rejetée et elle est source de vie. Et nous aussi, petits cailloux par terre, sur cette terre de douleur, de tragédies, avec la foi dans le Christ ressuscité, nous avons un sens, au milieu de tant de catastrophes. Le sens de regarder au-delà, le sens de dire : « Regarde, il n’y a pas de mur, il y a l’horizon, il y a la vie, il y a la joie, il y a la croix avec cette ambivalence. Regarde en avant, ne te referme pas ! Toi, petit caillou, tu as un sens dans la vie, parce que tu es un petit caillou près de ce grand rocher, cette pierre qui a été rejetée par la méchanceté du péché ». Que dit l’Église devant tant de tragédies ? Simplement ceci : la pierre rejetée n’a pas été véritablement rejetée. Les petits cailloux qui croient et qui s’attachent à cette pierre ne sont pas rejetés, ils ont un sens, et, avec ce sentiment, l’Église répète du fond de son cœur : « Le Christ est ressuscité ! ».

Pensons un peu, que chacun de nous pense, aux problèmes quotidiens, aux maladies que nous avons vécues ou à l’un de nos parents. Pensons aux guerres, aux tragédies humaines, et, simplement, d’une voix humble, sans fleurs, seuls, devant Dieu, devant nous-mêmes, disons : « Je ne sais pas comment cela se fait, mais je suis sûr que le Christ est ressuscité et je parie là-dessus ». Frères et sœurs, voilà ce que je voulais vous dire. Rentrez chez vous aujourd’hui, en répétant dans votre cœur : « Le Christ est ressuscité ! ».

 

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