Arrête-toi, regarde et reviens !

Rédigé par Un moine de Triors le dans Religion

Arrête-toi, regarde et reviens !

Avec la majestueuse cérémonie des cendres commence le Saint carême. Ce rite tire son origine de l'antiquité. L’Ancien Testament l'a enseigné, les origines chrétiennes l'ont pratiqué, la liturgie dès Saint Grégoire l'a fait sien. Ce rite parle de lui-même en un langage impressionnant et très significatif de la précarité de notre vie et l’annonce de l’Évangile. Il fait appel encore une fois à notre mémoire pour que nous profitions du temps privilégié du carême et corrigions tout ce qui ne va pas dans notre vie. Alors, une fois lavée notre robe baptismale dans le sang de l’Agneau spécialement par le sacrement de la réconciliation, nous pourrons nous présenter joyeux et remplis d’espérance à la Pâque de Jésus ressuscité.

    Profitons donc de ce temps en prêtant une particulière attention à tout ce qui souillerait notre âme ou refroidirait en nous les vertus théologales. Le carême est par excellence le temps du désert, là où nous rencontrons certes Dieu mais aussi le démon, le tentateur. Les temps sont mauvais, disait déjà Saint Paul. Mais n’écoutons pas la voix du diable qui sèmerait en nous méfiance, désespoir ou acédie. Souvenons-nous avec Mère Teresa que le fruit de la foi est la charité qui seule peut nous permettre de vibrer aux mouvements du Sacré-Cœur, ce Cœur qui a tant aimé le monde mais qui en échange ne reçoit que des ingratitudes.

    Pour nous permettre de débusquer au cours de ce carême les trois tentations qui se présentent à nous, le pape propose à chacun de réfléchir sur trois points : d’abord, nous dit-il, arrête-toi. On ne peut écouter la voix de Dieu qui nous appelle à la conversion sans faire une pose qui nécessite de toute urgence de faire taire en nous tous les bruits du monde et toutes les suggestions diaboliques. Il ne peut y avoir de vraie vie intérieure sans ce silence qui arrête en nous le vacarme de nos activités quotidiennes pour remplir convenablement le temps de Dieu. Cela suppose de ne pas vouloir paraître. Cela suppose aussi de chasser toute attitude hautaine et surtout tout oubli, de façon à pouvoir rencontrer Jésus dans le pauvre et l’orphelin. Le carême reste un temps privilégié pour pratiquer la charité sur laquelle nous serons jugés. Aussi est-il bon en ce temps de méditer sur la scène du jugement dernier dans l’Évangile selon saint Matthieu. Deuxième point : le regard. Ne regardons que ce qui en vaut la peine et, en ce temps privilégié, regardons surtout le Christ crucifié, pour nous plonger dans ses plaies et pour que notre cœur batte aux rythmes du Sacré-Cœur en faveur d’une humanité qui va à la dérive pour s’être séparée de l’Unique nécessaire : Dieu.

    Enfin dernier point : Reviens. La parabole de l’enfant prodigue, le Bon larron et surtout Marie, Mère des miséricordes seront pour nous comme des invitations à ne pas avoir peur et en conséquence à ne jamais douter de la miséricorde divine. Le carême est un temps favorable pour revenir à la maison du Père que nous avons tous plus ou moins quittée, étant tous pécheurs. On ne peut pas ignorer Dieu, on ne peut pas le trahir, sinon en se saccageant soi-même et en suivant alors la voie de la perdition qui conduit à l’enfer. Même si la voie du mal est large et spacieuse, agréable et alléchante comme la pomme qui s’offrit à Ève, elle n’apporte en fait que tristesse et illusion. Si on succombe au mal, on entrera dans un processus de peur et de honte qui n’en finira pas. Avec l’aide de Marie, revenons à la maison du Père. Il nous attend toujours les bras ouverts pour nous faire participer aux noces de l’Agneau.

 

MESSE, BÉNÉDICTION ET IMPOSITION DES CENDRES

HOMÉLIE DU PAPE FRANÇOIS 

Basilique Sainte-Sabine
Mercredi 14 février 2018

 

 

Le temps du Carême est un temps favorable pour corriger les accords dissonants de notre vie chrétienne et accueillir l’annonce de la Pâque du Seigneur toujours nouvelle, joyeuse et pleine d’espérance. L’Église dans sa sagesse maternelle nous propose de prêter une attention particulière à tout ce qui peut refroidir et rouiller notre cœur de croyant.

Les tentations auxquelles nous sommes exposés sont nombreuses. Chacun d’entre nous connaît les difficultés qu’il doit affronter. Et il est triste de constater comment, face aux vicissitudes quotidiennes, profitant de la souffrance et de l’insécurité, se lèvent des voix qui ne savent que semer la méfiance. Et si le fruit de la foi est la charité – comme aimait le répéter Mère Térésa de Calcutta -, le fruit de la méfiance est l’apathie et la résignation. Méfiance, apathie et résignation : ces démons qui cautérisent et paralysent l’âme du peuple croyant.

Le Carême est un temps précieux pour débusquer ces dernières, ainsi que d’autres tentations et laisser notre cœur recommencer à battre au rythme du cœur de Jésus. Toute cette liturgie est imprégnée par ces sentiments et nous pourrions dire que cela fait écho à trois expressions qui nous sont offertes pour « réchauffer le cœur du croyant » : arrête-toi, regarde et reviens. 

Arrête-toi un peu, laisse cette agitation et cette course insensée qui remplit le cœur de l’amertume de sentir que l’on n’arrive jamais à rien. Arrête-toi, laisse cette injonction à vivre en accéléré qui disperse, divise et finit par détruire le temps de la famille, le temps de l’amitié, le temps des enfants, le temps des grands-parents, le temps de la gratuité… le temps de Dieu.

Arrête-toi un peu devant la nécessité d’apparaître et d’être vu par tous, d’être continuellement à “l’affiche ”, ce qui fait oublier la valeur de l’intimité et du recueillement.

Arrête-toi un peu devant le regard hautain, le commentaire fugace et méprisant qui naît de l’oubli de la tendresse, de la compassion et du respect dans la rencontre des autres, en particulier de ceux qui sont vulnérables, blessés et même de ceux qui sont empêtrés dans le péché et l’erreur.

Arrête-toi un peu devant l’obsession de vouloir tout contrôler, tout savoir, tout dévaster, qui naît de l’oubli de la gratitude face au don de la vie et à tant de bien reçu.

Arrête-toi un peu devant le bruit assourdissant qui atrophie et étourdit nos oreilles et qui nous fait oublier le pouvoir fécond et créateur du silence.

Arrête-toi un peu devant l’attitude favorisant des sentiments stériles, inféconds qui surgissent de l’enfermement et de l’apitoiement sur soi-même et qui conduisent à oublier d’aller à rencontre des autres pour partager les fardeaux et les souffrances.

Arrête-toi devant la vacuité de ce qui est immédiat, momentané et éphémère, qui nous prive de nos racines, de nos liens, de la valeur des parcours et du fait de nous savoir toujours en chemin. 

Arrête-toi pour regarder et contempler !

Regarde les signes qui empêchent d’éteindre la charité, qui maintiennent vive la flamme de la foi et de l’espérance. Visages vivants de la tendresse et de la bonté de Dieu qui agit au milieu de nous.

Regarde le visage de nos familles qui continuent à miser jour après jour, avec beaucoup d’effort, pour aller de l’avant dans la vie et qui, entre les contraintes et les difficultés, ne cessent pas de tout tenter pour faire de leur maison une école de l’amour.

Regarde les visages interpellant de nos enfants et des jeunes porteurs d’avenir et d’espérance, porteurs d’un lendemain et d’un potentiel qui exigent dévouement et protection. Germes vivants de l’amour et de la vie qui se fraient toujours un passage au milieu de nos calculs mesquins et égoïstes.

Regarde les visages de nos anciens, marqués par le passage du temps ; visages porteurs de la mémoire vivante de nos peuples. Visages de la sagesse agissante de Dieu.

Regarde les visages de nos malades et de tous ceux qui s’en occupent ; visages qui, dans leur vulnérabilité et dans leur service, nous rappellent que la valeur de chaque personne ne peut jamais être réduite à une question de calcul ou d’utilité.

Regarde les visages contrits de tous ceux qui cherchent à corriger leurs erreurs et leurs fautes et qui, dans leurs misères et leurs maux, luttent pour transformer les situations et aller de l’avant.

Regarde et contemple le visage de l’Amour Crucifié qui, aujourd’hui, sur la croix, continue d’être porteur d’espérance ; main tendue à ceux qui se sentent crucifiés, qui font l’expérience dans leur vie du poids leurs échecs, de leurs désenchantements et de leurs déceptions.

Regarde et contemple le visage concret du Christ crucifié par amour de tous sans exclusion. De tous ? Oui, de tous. Regarder son visage est l’invitation pleine d’espérance de ce temps de Carême pour vaincre les démons de la méfiance, de l’apathie et de la résignation. Visage qui nous incite à nous écrier : le Royaume de Dieu est possible !

Arrête-toi, regarde et reviens. Reviens à la Maison de ton Père. Reviens, sans peur, vers les bras ouverts et impatients de ton Père riche en miséricorde qui t’attend (cf. Ep. 2,4).

Reviens ! Sans peur, c’est le temps favorable pour revenir à la maison, à la maison « de mon Père et de votre Père » (cf. Jn. 20,17). C’est le temps pour se laisser toucher le cœur… Rester sur le chemin du mal n’est que source d’illusion et de tristesse. La vraie vie est quelque chose de bien différent et notre cœur le sait bien. Dieu ne se lasse pas et ne se lassera pas de tendre la main (Cf. Bulle Misericordiae Vultus, n.19).

Reviens, sans peur, pour faire l’expérience de la tendresse de Dieu qui guérit et réconcilie.  Laisse le Seigneur guérir les blessures du péché et accomplir la prophétie faite à nos pères : « Je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau. J’ôterai de votre chair le cœur de pierre, je vous donnerai un cœur de chair » (Ez. 36,26).

Arrête-toi, regarde et reviens !

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