En discourant sur Padre Pio
le pape rappelle l'existence du diable

Rédigé par Un moine de Triors le dans Religion

En discourant sur Padre Pio <br>le pape rappelle l'existence du diable

Un moine de Triors nous livre ici un commentaire du discours prononcé par le Pape devant l’église de Piana Romana, à Pietelcina, le 17 mars 2017. Le Saint Père revenait sur la vie du Padre Pio, et des traits marquants de sa personnalité. 

Nul saint au XXe siècle ne fut sans doute plus populaire que le Padre Pio. Sa longue aventure mystique et spirituelle en nos temps apocalyptiques, a engendré dans tous les esprits non seulement de la sympathie, mais encore une recrudescence d’intérêt pour le merveilleux. Les papes n’ont jamais condamné la religiosité populaire, comme le croient pourtant certains. Bien au contraire ! Mais ils ont souvent rappelé à juste titre que la sainteté ne résidait pas d’abord dans les faits extraordinaires. Le Padre Pio n’est pas saint parce qu’il a eu les stigmates, qu’il a volé dans les airs ou a de nombreuses fois biloqué pour rendre service ou empêcher un péché grave ; il est saint parce qu’il a aimé héroïquement le Christ et son Église ce qui est tout un comme l’enseignait déjà sainte Jeanne d’Arc. Le fait que l’Église soit composée de pécheurs n’y change rien, l’Église est sainte en elle même. Et le Padre Pio, qui a pourtant tant souffert d’hommes d’Église, en savait bien quelque chose.

Le Pape évoque certains aspects de la vie du saint qu’on aurait peut-être tendance à oublier, justement en raison des faits extraordinaires. Il insiste d’abord sur ses origines paysannes qu’il ne renia jamais. Il est certain que la création nous porte à l’adoration du créateur et nous invite à ne pas saccager le don de Dieu, car tout péché est une atteinte aussi à la création. Dans la ligne de saint Paul, tous les papes récents l’ont rappelé et le Pape François l’a profondément souligné dans Laudato si. Padre Pio revint en effet dans son village pour des raisons de santé. Ce ne fut pas facile pour lui, car le démon l’attaqua par tous les moyens possibles. Le Pape en profite pour rappeler une fois de plus l’existence du démon. C’est là certainement l’un de ses grands enseignements. Aucun pape n’a parlé du démon autant que lui et cela dès le premier jour de son pontificat en citant Léon Bloy. Pour lutter contre le démon et chasser tous les fantasmes qu’il lui présentait, le Padre Pio eut recours au remède le plus efficace : la prière continuelle qui lui permettait de s’abandonner comme un enfant dans les bras de Jésus. Il y avait aussi la messe qui constituait pour le Padre le sommet de sa journée et de sa vie spirituelle. Répétons avec Jean-Paul II parlant à des jeunes au tout début de son pontificat, qu’« aller à la messe, c’est aller au Calvaire pour y rencontrer son rédempteur » et on pourrait ajouter : devenir avec lui « une humanité de surcroît », selon la très belle expression de sainte Élisabeth de la Trinité. Le Padre Pio poursuivit de fait dans sa chair la Rédemption accomplie par le Christ. C’est ainsi qu’il a pu bouleverser le monde et ramener à Dieu de nombreux pécheurs. Certes le Padre Pio n’est pas en tout imitable du fait de l’extraordinaire qui a rempli sa vie. Mais nous pouvons et devons imiter ses vertus et en premier lieu sa charité, sa patience dans l’écoute et le support des faibles et des pécheurs. Nous pouvons l’imiter aussi dans sa fidélité inconditionnelle à l’Église. Nous devons comme lui devenir des agents de communion et non des diviseurs, véritables suppôts de la Bête. N’oublions jamais que nous avons été baptisés et marqués du sceau divin. La dispute empêche toujours la croissance spirituelle. Recueillons donc avec Marie les enseignements de la vie du Padre Pio, alors que nous vivons à une période difficile de l’histoire. Que Marie défasse tous les nœuds, en particulier ceux qui empêchent la jeunesse de rester sur place faute de travail.

 

 

DISCOURS DU PAPE FRANÇOIS 

Esplanade devant l’église de Piana Romana, Pietrelcina
Samedi, 17 mars 2018

 

Chers frères et sœurs, bonjour!

Je suis heureux de me trouver dans ce pays, où Francesco Forgione naquit et où il commença sa longue et féconde aventure humaine et spirituelle. Dans cette communauté il forgea son humanité, apprit à prier et à reconnaître dans les pauvres la chair du Seigneur, jusqu’à ce qu’il grandisse à la suite du Christ et il demanda à être admis chez les frères mineurs capucins, devenant ainsi frère Pio de Pietrelcina. Ici, il commença à faire l’expérience de la maternité de l’Eglise, dont il fut toujours un fils dévoué. Il aimait l’Eglise, il aimait l’Eglise avec tous ses problèmes, avec tous ses malheurs, avec tous nos péchés. Parce que nous sommes tous des pécheurs, nous en avons honte, mais l’Esprit de Dieu nous a appelés dans cette Eglise qui est sainte. Et lui, il aimait l’Eglise sainte et ses fils pécheurs, tous. C’était cela saint Pio. Ici, il médita intensément le mystère de Dieu qui nous a aimé jusqu’à se donner Lui-même pour nous (Cf. Ga 2,20). En rappelant avec estime et affection ce saint disciple de saint François, je vous salue tous cordialement vous qui êtes ses compatriotes, votre curé et le maire ainsi que le pasteur du diocèse, Mgr Felice Accrocca, la communauté des capucins et vous tous qui avez voulu être présents.

Nous nous trouvons aujourd’hui sur la même terre où padre Pio habita en septembre 1911 pour «respirer un air un peu plus sain». A cette époque il n’y avait pas les antibiotiques et les maladies se soignaient en retournant au pays natal, celui de la «mamma», à manger des choses qui font du bien, respirer le bon air et prier. C’est ainsi qu’il fit, comme monsieur tout le monde, comme un paysan. C’était sa noblesse. Il ne renia jamais son village, jamais il ne renia ses origines, jamais il ne renia sa famille. A cette époque en effet, il résidait dans son village natal pour des raisons de santé. Ce ne fut pas, pour lui, une période facile: il était très tourmenté intérieurement et il craignait de tomber dans le péché, se sentant assailli par le démon. Et cela ne donne pas la paix, parce qu’il bouge [il s’active]. Mais vous, est-ce-que vous croyez que le démon existe? … Vous n’êtes pas tellement convaincus? Je dirai à l’évêque de faire des catéchèses … Le démon existe-t-il ou non? [les fidèles répondent: «Oui!»]. Et il va, il va de toutes parts, il pénètre en nous, il nous bouge, nous tourmente, nous trompe. Et lui [Padre Pio], avait peur que le démon l’assaille, le pousse au péché. Il pouvait en parler avec peu de personnes aussi bien par voie épistolaire que dans le village: au seul archiprêtre don Salvadore Pannullo, il manifesta «pratiquement toute» sa «préoccupation pour en obtenir des éclaircissements» (Lettre 57, dans Epistolario i, p. 250), parce qu’il ne comprenait pas, il voulait éclaircir ce qui se passait dans son âme. C’était un bon garçon!

Dans ces moments terribles, padre Pio puisa une source vitale dans la prière continue et dans la confiance qu’il sut mettre dans le Seigneur : «Tous les mauvais fantasmes — disait-il — que le démon introduit dans ma tête disparaissent dès que, avec confiance, je m’abandonne dans les bras de Jésus». Là il y a toute la théologie! Tu as un problème, tu es triste, tu es malade: abandonne-toi dans les bras de Jésus. C’est ce qu’il a fait. Il aimait Jésus et il avait confiance en Lui. Il écrivait ainsi au ministre provincial, en l’assurant que son cœur se sentait «attiré par une force supérieure avant de s’unir à Lui le matin dans le sacrement». «Et cette faim et cette soif au lieu d’être apaisée», après l’avoir reçu «augmentait toujours plus» (Lettre 31, dans Epistolario i, p. 217). Padre Pio se plongea donc dans la prière afin d’adhérer toujours mieux aux desseins divins. A travers la célébration de la Messe, qui constituait le cœur de chacune de ses journées et la plénitude de sa spiritualité, il a atteint un niveau élevé d’union avec le Seigneur. Pendant cette période, il reçut d’en-haut des dons mystiques spéciaux, qui précédèrent les manifestations des signes de la passion du Christ dans sa chair.

Chers frères et sœurs de Pietrelcina et du diocèse de Bénévent, vous comptez saint Pio parmi les figures les plus belles et les plus lumineuses de votre peuple. Cet humble frère capucin a bouleversé le monde par sa vie toute dédiée à la prière et à l’écoute patiente de ses frères, sur les souffrances desquels il déversait le baume la charité du Christ. En imitant son exemple héroïque et ses vertus, puissiez-vous devenir vous aussi des instruments de l’amour de Dieu, de l’amour de Jésus pour les plus faibles. En même temps, en considérant sa fidélité inconditionnelle à l’Eglise, vous donnerez un témoignage de communion, parce que seule la communion — c’est-à-dire le fait d’être toujours plus unis, en paix entre nous, en communion entre nous — édifie et construit. Un village qui se querelle tous les jours ne grandit pas; effraie les personnes. C’est un village malade et triste. Au contraire un village où l’on cherche la paix, où tout le monde s’aime — plus ou moins, mais ils s’aiment —, où l’on ne se souhaite pas du mal, ce village, bien que petit, grandit, grandit, grandit, s’agrandit et devient fort. S’il vous plaît, ne perdez pas de temps, de forces, à vous disputer entre vous. Cela ne donne rien. Cela ne te fait pas grandir! Ne te fait pas avancer. Pensons à un enfant qui pleure, pleure, pleure et ne veut pas bouger de son berceau et pleure, pleure. Quand sa maman le met parterre pour qu’il commence à marcher à quatre pattes, il pleure, pleure… et retourne dans son berceau. Je vous demande: cet enfant sera-t-il capable de marcher? Non, parce qu’il est toujours dans son berceau! Si un villageois se dispute, se dispute, se dispute, sera-t-il capable de grandir? Non, parce que tout le temps, toutes ses forces sont consacrées à la dispute. S’il vous plait: la paix entre vous, la communion entre vous. Et s’il vient l’envie à l’un de vous de parler mal d’un autre, mordez-vous la langue. Cela vous fera du bien, parce que votre langue se gonflera, mais cela vous fera du bien; au village aussi. Donnez ce témoignage de communion.

J’espère que cette région puisera une nouvelle sève des enseignements de vie de padre Pio dans un moment difficile comme celui d’aujourd’hui, où la population décline progressivement et vieillit parce que de nombreux jeunes sont contraints d’aller ailleurs pour chercher du travail. La migration interne des jeunes est un problème. Priez la Sainte Vierge afin qu’elle vous donne la grâce que les jeunes trouvent du travail ici, parmi vous, près de la famille, et qu’ils ne soient pas contraints de s’en aller chercher ailleurs, tandis que le village décline, décline. La population vieillit, mais c’est un trésor, les personnes âgées sont un trésor! S’il vous plait, ne marginalisez pas les personnes âgées. Il ne faut pas marginaliser les personnes âgées, non. Les personnes âgées sont la sagesse. Que les personnes âgées apprennent à parler avec les jeunes et que les jeunes apprennent à parler avec les personnes âgées. Elles sont la sagesse d’un village, les personnes âgées. Quand je suis arrivé j’ai été tellement heureux d’en saluer une de 99 ans et une «jeunette» de 97 ans. Magnifique! Celles-là sont votre sagesse! Parlez avec elles. Qu’elles soient protagonistes de la croissance de ce village. Que l’intercession de votre saint concitoyen soutienne les propos d’unir les forces, et d’offrir ainsi, avant tout aux jeunes générations, des perspectives concrètes pour un avenir d’espérance. Que ne manque pas une sollicitude attentive et de la tendresse — comme je l’ai dit — aux personnes âgées, qui sont le patrimoine de votre communauté. J’aimerais qu’un jour l’on donne le prix Nobel aux personnes âgées qui donnent une mémoire à l’humanité.

J’encourage cette terre à soigner comme un trésor précieux le témoignage chrétien et sacerdotal de saint Pio de Pietrelcina: qu’il soit pour chacun d’entre vous un encouragement à vivre en plénitude votre existence, dans le style des Béatitudes et par les œuvres de miséricorde. Que la Vierge Marie, que vous vénérez sous le titre de Madonna della Libera, vous aide à avancer avec joie sur la route de la sainteté. Et s’il vous plaît, priez pour moi, parce que j’en ai besoin. Merci!


 

 

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