Cicéron, notre mécontemporain

Rédigé par Philippe Maxence le dans Culture

Cicéron, notre mécontemporain

Assurément, il faut être poète pour déceler à travers le temps, ou au-delà même du temps, les résonances profondes qui trouvent des échos en chacun d’entre nous. Plus encore, faut-il être poète pour convoquer à sa table une figure des anciens temps et dialoguer avec elle comme si de rien n’était. Ou presque !…

C’est en quelque sorte ce que vient de réaliser Jacques Trémolet de Villers avec son petit et séduisant En terrasse avec Cicéron.

Que nous propose-t-il dans ce nouveau livre ? Ni plus ni moins que d’entrer en dialogue avec Marcus Tullius Cicero que nous connaissons mieux sous le nom de Cicéron. Rhéteur et orateur célèbre, philosophe et homme d’État, écrivain prolifique, Cicéron ne pouvait que retenir l’attention de l’avocat français dont la chaleur du verbe et la pensée ont séduit nombre de personnes. Si l’on y ajoute la Corse, l’une des terres de l’auteur, on a les ingrédients nécessaires à la confection d’un livre qui réussit le pari difficile de relier l’Antiquité romaine à notre aujourd’hui.

Mais, pourquoi en terrasse, se demandera-t-on ? Tout simplement parce qu’un dialogue est souvent déterminé par son lieu et que la terrasse d’un « estaminet » est encore dans quelques endroits privilégiés un lieu de vraie vie sociale, d’échanges et de mélanges.

Lors de neuf nuits, l’avocat romain et l’avocat français se sont entretenus de sujets essentiels à la vie humaine. Non pas tant de la hausse du pétrole que de la mort et de la gloire. Non pas essentiellement du monde de la communication et des réseaux sociaux que de la politique, de la patrie et de l’amitié.

La philosophie habite tout entier ce livre, mais une philosophie, non pas digérée, mais mise à la portée des lecteurs par la magie des dialogues. « La philosophie, déclare d’ailleurs Cicéron au début du chapitre VIII, est la médecine de l’âme. » Encore faut-il vouloir se soigner et pour se faire être au préalable conscient de sa propre détérioration.

On sent justement, à la lecture de ce petit livre, que nous n’y échappons pas dans notre condition d’homme moderne. Certes, le but affiché de l’auteur consiste à nous familiariser avec Cicéron l’oublié, à goûter sa pensée et ses œuvres dans lesquelles a été puisée chacune des réponses qu’il apporte dans ces dialogues.

Mais l’un des effets collatéraux est peut-être de nous transmettre la nostalgie de la sagesse et l’appétit des Humanités, à travers lesquelles se transmettent non pas seulement un patrimoine et le sens du beau, mais également cette expérience humaine qui nous manque tant. Certes, il y a là comme une prise de position dans le grand affrontement contemporain, entre ceux qui postulent le changement perpétuel et ceux qui, sans nier l’existence du changement, entendent défendre les permanences.

De Cicéron à aujourd’hui, l’homme a changé, mais la nature humaine est restée la même. Prenez chacun des neuf dialogues de ce livre, de ces échanges entre l’auteur et Cicéron, sans oublier leurs amis respectifs, et vous constaterez que Marcus Tullius Cicero, tout romain qu’il fut, est notre « mécontemporain », pour parler comme Péguy dans Victor-Marie, comte Hugo. Ni de son époque, ni de la nôtre, mais de toutes, finalement. Vous vouliez une raison, une seule, de lire ce livre ? La voici !

 

En terrasse avec Cicéron, Jacques Trémolet de Villers

Les Belles Lettres, 160 pages, 15,90 €

 

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