Comprendre la révolution silencieuse 1968 - 2018

Rédigé par Jean-Pierre Maugendre, propos recueillis par Odon de Cacqueray le dans Culture

Comprendre la révolution silencieuse 1968 - 2018

Pour sa 27e université d'été, qui se déroulera du 21 au 24 juillet en Vendée, l'association Renaissance Catholique a choisi le thème "1968-2018 la révolution silencieuse". Nous avons eu l'occasion de recevoir Jean-Pierre Maugendre pour qu'il nous explique ce thème plus en détail. 

Jean Pierre Maugendre vous êtes le directeur de Renaissance Catholique, pouvez-vous nous présenter votre association ? 

Nous sommes une association de laïcs existant depuis une trentaine d’années et qui, à sa place, essaye de contribuer à ce qu’Ernest Renan appelait « la réforme intellectuelle et morale », c’est-à-dire que nous croyons que les idées mènent le monde et que c’est à la réforme des intelligences et des cœurs que nous devons œuvrer de manière à bien orienter les volontés. Nos actions sont dans ce domaine autour : d’une université d’été, d’une fête du livre annuelle en décembre, à côté de Versailles, à Villepreux, qui rassemble 120 auteurs et 1500 visiteurs, et qui s’incarne dans l’édition d’un certain nombre de livres ainsi que dans une revue. Le tout soutenu par un site internet sur lequel nos productions sont disponibles. 

 

Vous lancez votre 27e édition de l’université d’été de Renaissance Catholique, avec comme thème : « 1968-2018, la Révolution silencieuse », qu’est-ce qui motive ce thème mis à part le cinquantenaire des évènements de Mai 68 ? 

L’aspect accidentel, c’est les évènements de mai 68. Après dans notre titre « la Révolution silencieuse », nous souhaitons réfléchir sur plusieurs domaines :

Depuis 50 ans les institutions sont restées les mêmes, c’est la constitution de la Ve République. La France faisait partie de l’Europe, elle en fait toujours partie. En apparence la société est restée la même.

Au-delà de ces apparences, une révolution s’est opérée dont on peut donner quelques exemples, l’apparition d’une nouvelle forme de mariage, qui n’est plus aujourd’hui que la rencontre plus ou moins fugace de deux êtres, en vue d’une cohabitation la plus agréable possible, alors qu’il était auparavant le fondement même de la société, et cela m’a beaucoup marqué récemment, je pense qu’aujourd’hui il est plus facile de divorcer que d’obtenir un prêt immobilier, on vous demandera moins de documents et de garanties.

Il y a une dissolution des identités nationales, nous sommes aujourd’hui sous une autorité supranationale, nous le voyons avec le gouvernement qui se met en place en Italie, tout le monde nous explique qu’il ne faut pas que les Italiens agissent de telle ou telle manière parce que Bruxelles ne le veut pas. S’ajoute à cette dissolution une négation des identités nationales. 

Il y a également une financiarisation de l’économie, ne sont pris aujourd’hui que les critères financiers dans le domaine économique. 

Nous sommes face à une conception de l’homme qui repose sur un individualisme exacerbé, qui lui fait refuser toute contrainte, toute limite à sa volonté. Nous voyons également par la PMA et la GPA, ce qu’on peut appeler la réification de l’embryon, la marchandisation des corps. 

Chacun l’aura remarqué, nous subissons l’islamisation de nos sociétés, d’une part d’un point de vue numérique, avec un nombre croissant de la population musulmane présente sur notre sol, également sur l'aspect civilisationnel, tout le monde a pu remarquer, il y a quelques jours, qu’il a été bien plus question du début du ramadan qu’il avait été question du début du carême.

Le changement de civilisation est malheureusement complété, et il faut avoir la lucidité de le regarder, par une forme de ralliement de l’Église à la religion des droits de l’Homme, on peut penser au discours de clôture du concile de Paul VI, où il dit : « la religion du Dieu qui s’est fait homme s’est rencontrée à la religion de l’Homme qui s’est fait Dieu », et il ajoute qu’alors qu’on s’attendait à un conflit entre les deux, au contraire, c’est une immense sympathie qui a animé l’Église vis-à-vis de l’Homme moderne.

On voit bien que sous des apparences identiques, nous sommes vraiment dans un changement de civilisation. 

 

À qui s’adresse votre université d’été ? 

L’université d’été s’adresse a toute personne susceptible d’être intéressée par notre programme, le gros morceau étant bien sûr nos conférences, nous avons une dizaine de conférenciers. Une conférence introductive par Laurent Dandrieu, sur la religion du multiculturalisme, ensuite une conférence de François-Xavier Bellamy « Vers la société liquide », puis Victoire de Jaeghere pour « Le mépris de la vie au service de l’hédonisme », complétée par Jean-Marie Le Méné et sa conférence « Le transhumanisme, nouvelle frontière », Patrick Buisson traitera « 1968-2018, une révolution anthropologique », Anne Coffinier nous parlera de « La faillite de l’Éducation Nationale », j’interviendrais sur « La crise du catholicisme en France », tandis que Philippe de Villiers traitera de « La gouvernance européenne contre les peuples ». 

Si nous n’abordons pas la question de l’Islam, c’est tout simplement parce que nous avons déjà consacré trois universités d’été à ce sujet. Je laisse ceux que ça intéresse aller se renseigner sur notre site. 

 

Pour revenir au titre de votre université, vous constatez une « Revolution silencieuse » qui a été à l’œuvre depuis 1968 et qui avançant masquée, nous fait basculer dans un changement de civilisation, ne pensez-vous pas qu’une autre « révolution silencieuse », voire même une « contre-révolution silencieuse » est également à l’œuvre chez ceux que les commentateurs regroupent sous le qualificatif de « génération manif pour tous » ? 

C’est vrai, si ce n’est que sauf cas particulier, on ne transmet que ce que l’on a reçu. On a un bon exemple de cela dans l’itinéraire spirituel d’Ernest Psichari. Ernest Psichari est le petit fils d’Ernest Renan, il appartient à un milieu intellectuel très élevé, son père est professeur au collège de France… mais tout son entourage est agnostique et il n’est pas élevé dans la religion catholique. Il y a donc un certain nombre de réflexes qu’il n’a pas. 

Suite à un itinéraire personnel, il finit par se convertir et on ne sait pas ce qu’il serait devenu puisqu’il est mort au début de la guerre de 14. Ce que je crois, c’est que les enfants des enfants de mai 68 s’ils renouent, et on ne peut que s’en réjouir, avec les notions de fidélité, d’ordre, etc. ont néanmoins été coupés d’un certain nombre de choses. Ils ont étés coupés de la connaissance de notre patrimoine national, de notre patrimoine culturel également, et il y a un certain nombre d’habitus qui se transmettent dans les familles, des manières de relations entre les personnes, de rapports les uns avec les autres, avec l’Église, la société… quand vos parents ne vous les ont pas transmis, c’est très compliqué de les avoir. Il y a beaucoup de bonne volonté, mais il y a aussi des moments où on reste très surpris parce que des choses qui paraissent évidentes et auraient dû être transmises ne l’ont pas été. 

C’est tout à fait méritoire de la part de cette génération, mais je crois qu’elle a à mener tout un travail de réappropriation intellectuelle et humaine. C’est ce que dit Ernest Psichari dans l’un de ses livres, « il faut savoir choisir ses pairs contre son père ». 

Il faut se réapproprier, il faut lire, il faut fréquenter les anciens, qui eux ont reçus, et eux ont transmis. Nous nous inscrivons dans cette transmission. 

 

Pour ceux qui souhaiteraient vous inscrire et vous rejoindre...

Pour les aspects pratiques, notre université d’été aura lieu du 21 au 24 juillet, en Vendée, à proximité du Puy du Fou, puisque nous chercherons à lier trois aspects, un aspect intellectuel avec un certain nombre des conférences, un aspect culturel, en bénéficiant de la proximité du Puy du Fou avec le Grand Parc et la Cinescénie, et une activité spirituelle puisque nous serons logés à Saint Laurent sur Sèvre, où se trouve la basilique qui renferme le tombeau de Saint Louis-Marie Grignon de Monfort. 

Inscriptions ici

 

 

 

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