Japon : le dernier missionnaire

Rédigé par Philippe Maxence le dans Culture

Japon : le dernier missionnaire

La sortie en 2016 du film de Martin Scorsese, Silence, a rappelé aux Occidentaux le long calvaire des chrétiens japonais, persécutés pour leur fidélité au Christ. Adapté du roman éponyme (Chinmoku en japonais) de l’écrivain Shusaku Endo, Silence posait clairement la question de l’apostasie, de la souffrance et de l’identification au Christ lorsque celui-ci demanda à son Père pourquoi Il l’avait abandonné.

Nous pensions qu’entre 1641 et 1853, année de l’ouverture du Japon à l’étranger, aucun missionnaire n’avait pu entrer dans ce pays. Le livre de Tomoko Furui, Le dernier missionnaire, dont les éditions Salvator viennent de publier la traduction française, montre qu’il n’en est rien.

Le 12 octobre 1708, un missionnaire italien, le Père Jean-Baptiste Sidotti, débarque en pleine nuit à Yakushima, une île montagneuse, difficilement abordable. Le temps de gravir un sentier, il est accompagné par le capitaine du Santa Trinidad, le navire qui l’a conduit jusque-là, et par quelques hommes d’équipage. Après les adieux, il se retrouve seul. Vêtu comme un samouraï, en possession de quelques mots de japonais mal maîtrisé, il rencontre au matin le paysan Tobe, un homme modeste avec lequel il tente d’échanger.

C’est le départ de cette aventure missionnaire hors du commun et que raconte à la manière d’une enquête policière, la journaliste Tomoko Furui, dans ce livre en tout point poignant.

Car, la suite de l’histoire, on s’en doute, contient en elle quelque chose de terrible, bien qu’un épisode l’illumine quelque peu, comme une sorte de parenthèse. Finalement arrêté et emprisonné, le Père Sidotti va, en effet, connaître plusieurs interrogatoires que la barrière de la langue est loin de rendre facile. Comme pour ces prédécesseurs mis en avant par Silence, Sidotti a le choix entre l’abjuration et la condamnation à mort.

Sa chance se situe alors dans la rencontre avec Arai Hakuseki, un lettré et un homme de bien, conseiller du shogun. Lors des interrogatoires qu’il mène, celui-ci est impressionné par le prêtre étranger et cherche en même temps à se renseigner sur l’Occident. De ce fait, il préconise de le renvoyer du pays, en le menaçant de mort s’il revenait au Japon. Mais, finalement, le missionnaire italien est condamné à vie et enfermé à la résidence des chrétiens, avec deux serviteurs à son service.

C’est la conversion au christianisme de ces derniers qui déclenche finalement la mort du Père Jean-Baptiste Sidotti, après un cruel emprisonnement. On peut bien sûr, comme Jean-Pierre Denis, dans la très informée préface qu’il donne à cette édition française, voir dans cette histoire la chronique d’un extraordinaire face-à-face culturel et intellectuel entre Sidotti et Hakuseki. On peut y voir également, comme le préfacier ne manque pas de le faire également, le récit d’une stupéfiante aventure missionnaire. Mais on y trouve également le sujet d’une méditation sur notre propre foi, notre propre désir missionnaire et sur l’abandon nécessaire. Car, la vie du Père Sidotti confirme une fois de plus la parole de l’Évangile sur le grain qui doit mourir pour porter des fruits. Au fond, sommes-nous prêts nous aussi, à l’image du Père Sidotti à échouer humainement pour que le Christ transforme cet échec en sa victoire ?…

 

Le dernier missionnaire, Tomoko Furui

Salvator, 290 pages, 22 €

 

 

 

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