La Onzième Heure [9/9]

Rédigé par Olivier Lelibre le dans Récits & Poèmes

La Onzième Heure [9/9]
Il demande un prêtre, brigadier.

Alors qu’il s’apprêtait à remonter vers le métro, il entendit des cris glaçants de l’autre côté de l’arche du pont, ceux d’une jeune femme qui hurlait de terreur. Il ne distinguait que trois formes, entendit aussi des voix d’hommes, des rires et des insultes. Qu’allait-il faire ? Rentrer chez lui en tentant d’oublier ce qu’il avait perçu ? Aller chercher une aide hypothétique ? Un nouveau cri emporta sa décision, il ramassa un lourd morceau de planche qui traînait à l’entrée de l’arche et courut vers le groupe sans plus réfléchir : il fallait que cela cesse. le trio de barbares ne se méfiait de rien, habitués à l’impunité, ils ne cherchaient même pas à être silencieux. Leur chef (?) tournait le dos à l’étudiant. Il avait posé sa machette, était en train de baisser son pantalon en ricanant, ses complices tenaient leur proie, très occupés à la faire taire et à l’insulter en attendant que leur tour vienne. Les forces décuplées par la colère, Antoine abattit le tranchant de sa planche sur le crâne du premier qui s’écroula sans un cri, ses deux acolytes lâchèrent alors la femme qui s’enfuit. Curieusement, ils souriaient, jouant l’un avec sa machette, l’autre avec un couteau, l’état de leur complice et la fuite de leur proie du jour semblaient compensés par la perspective d’un meurtre facile. L’étudiant fit face, sans illusion sur l’issue du combat mais heureux d’avoir vu la jeune femme s’évader, heureux et fier de combattre.

Quand la police arriva, deux ombres disparaissaient dans le lointain, deux corps gisaient sous le pont. « Le gars en slip s’en tirera, dit l’agent, l’autre respire encore mais plus beaucoup. Tiens !, on dirait qu’il veut parler. » S’approchant plus près d’Antoine, il ajouta :

« Il demande un prêtre, brigadier. 

– Un prêtre ? ! Pourquoi pas le pape, on n’est plus au moyen âge !, répondit l’autre, j’appelle l’ambulance. » Le silence s’installa entre les deux hommes.

« – Ah ! C’est trop tard pour lui, il est mort maintenant, reprit l’agent tristement.

– Tu m’étonnes ! Saigné comme il l’a été ! Pauvre garçon. Pour sûr, qu’il s’est battu comme… comme un lion.

– Brigadier, venez voir, c’est drôle… il sourit. » 

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