Actualité de Saint Augustin

Rédigé par Anne Bernet le dans Culture

Actualité de Saint Augustin

Il était une fois un jeune homme de la classe moyenne, né au IVe siècle dans une petite ville de l’Afrique romaine, très brillamment doué, qui rêvait de s’arracher à son milieu provincial pour devenir quelqu’un dans la capitale. 

« À nous deux, Milan ! » aurait pu s’écrier ce lointain précurseur de Rastignac. Il faillit réussir ; il était même très bien parti pour cela. Et puis, au terme de toute une curieuse série de péripéties, il changea complètement de voie, se détourna de ses ambitions et des honneurs mondains pour se donner à Dieu. Et, contre toute attente, il devint mondialement et définitivement célèbre. Le Ciel a ainsi de ces plaisanteries.

Car, voyons les choses en face : que resterait-il, dans la mémoire humaine, après bientôt seize siècles, d’Aurelius Augustinus de Thagaste ? Peut-être, s’il avait eu beaucoup de chance, à considérer l’époque troublée qui fut la sienne, quelques bribes de textes à la gloire des puissants du jour, qui le feraient classer parmi les rhéteurs opportunistes de la romanité finissante. De sa vie et de sa personne, nous ne saurions rien ou presque.

En renonçant, selon ses propres mots, à se faire « marchand de paroles », en abandonnant la brillante carrière administrative de laudateur professionnel qui l’attendait, en décrétant soudain, encore sous le choc de l’expérience de Cassiciacum, qu’il ne serait « plus à vendre », Augustin, en s’oubliant, se trouve et le futur évêque d’Hippone va emplir l’Église de sa pensée et de sa personnalité hors du commun.

Parce que les Confessions restent un ouvrage accessible, où la part autobiographique permet d’entrer de plain-pied dans la vie et les sentiments de son auteur, Augustin nous est proche. Comme le disait le regretté professeur Jerphagnon : « un jour, j’ai rencontré Augustin. » Tous ses lecteurs pourraient en dire autant car l’homme séduit, et pas seulement les latinistes qui se délectent de son style, de la facilité avec laquelle il joue avec les mots, avec la phrase. Il est célèbre et le reste, même pour un Premier ministre inculte qui incite à la lecture tout en admettant n’avoir jamais lu une ligne de celui qu’il donne en exemple…

Cet Augustin-là, c’est l’homme et le saint. Il est aimable et d’accès facile. 

Il y a l’autre Augustin, le Maître, le philosophe, le théologien. Jeune professeur, ses étudiants, à Carthage comme à Rome, le chahutaient, les imbéciles… On voudrait leur crier : « Taisez-vous, abrutis ! C’est Augustin qui s’abaisse à vous rendre moins sots ! » Les paysans d’Afrique, les braves gens d’Hippone, quand il prêchait, avaient, eux, la sagesse de l’écouter.

Cet Augustin-là, pour notre époque, est plus ardu. Il fait un peu peur, et reste du domaine des spécialistes.

À tort.

Voudraient le démontrer les actes d’un récent colloque, qui s’est tenu en l’abbaye Saint-Maurice d’Agaune, et a réuni religieux, prêtres, universitaires pour dire L’actualité de la spiritualité augustinienne. (Sous la direction du Père Jean-François Petit et du Père Olivier Roduit. Salvator. 275 p. 22 €.)

La Règle de Saint Augustin, qu’il composa pour ses compagnons avant de les quitter pour Hippone, fut largement au cœur des débats. Elle a, plus d’un millénaire, été le modèle duquel s’inspirèrent les grands fondateurs d’ordres religieux ; elle continue d’inspirer les jeunes communautés canoniales.

En quoi consiste-t-elle ? Quelle est son originalité ? Comment en vit-on aujourd’hui, que ce soit à Saint-Maurice d’Agaune, chez les Prémontrés de Mondaye en Normandie, chez les chanoines réguliers de Saint-Victor, ceux du Latran, ou chez les chanoines réguliers de la Mère de Dieu pour n’en citer que quelques-uns.

L’auteur de la Cité de Dieu, le contemporain de la chute de Rome, a-t-il une leçon de sagesse et d’espérance à nous transmettre ? Qui est-il, dans la culture contemporaine, quand elle le connaît encore ?

C’est chez lui, en Algérie, que son image rencontre une nouvelle jeunesse. Par patriotisme, passant sur son christianisme, ou y revenant discrètement à travers lui, toute une génération de jeunes Berbères le redécouvre et apprend à l’aimer, ouvrant par son intermédiaire les possibilités d’un dialogue fécond et apaisé.

Toutes ces interventions ne sont pas grand public, il est vrai, mais elles invitent à relire, ou à lire, Augustin. Il se révèle toujours neuf.

 

 

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