Projet « Lux Mundi » :
le dessin au service de la foi

Rédigé par Adélaïde Pouchol, suite à un entretien avec Rael-Miguel Boj, fondateur de Lux Mundi le dans Culture

Projet « Lux Mundi » : <br>le dessin au service de la foi

« Dieu, c’est quand ce n’est pas moi en moi ». Ces paroles légendant le pain consacré 
et le calice sont une des illustrations proposées sur le site de «?Lux Mundi?» par l’infographiste chrétien Rael-Miguel Boj, son fondateur. 
À travers dessins, t-shirts, affiches, cartes, autocollants, se décline ce projet graphique novateur, alliant tradition et contemporanéité au service de la foi et de l’unité.

 

« Lux Mundi », c’est plus qu’une signature d’artiste, c’est un projet graphique. Quel est-il ?

« Lux Mundi » est un projet intimement lié à mon chemin de foi, qui m’a conduit au baptême en 2014. Je viens d’un milieu, par mes amis et ma famille, très éloigné de la foi. La question qui s’est donc posée au moment de mon baptême était de savoir comment je pouvais parler de ma conversion à mes proches, d’une façon qui leur soit intelligible. J’avais eu l’expérience, plus jeune, d’un ami qui s’était converti et il m’avait semblé complètement fou... Alors j’ai voulu illustrer mon cheminement, ce qui m’avait inspiré, pour le rendre plus lisible et je me suis vite rendu compte que j’étais effectivement plus pertinent par le dessin que par l’écrit. À l’époque, je travaillais comme chef de projet dans le domaine des jeux vidéo. L’illustration n’était donc pas mon cœur de métier mais j’y touchais un peu, j’ai toujours eu une certaine sensibilité graphique. Au tout début, Lux Mundi était en fait une série de citation illustrées sur la foi puis, de fil en aiguille, c’est devenu un projet graphique à part entière, un projet qui se veut un mélange d’influence de l’art sacré catholique et orthodoxe dans la perspective d’une éventuelle — et j’espère future — réunion des Églises. 

Même si je ne cache pas que c’est moi qui porte ce projet, je ne lui ai pas donné mon nom pour ne pas me l’approprier. Je ne veux pas me mettre en avant, je veux Le mettre en avant ! Par ailleurs, même si Lux Mundi n’est pas encore assez mûr pour cela aujourd’hui, il pourrait par la suite être ouvert à d’autres artistes.

 

Comment a réagi votre entourage à vos illustrations ?

J’ai commencé par diffuser mes illustrations sur Internet et mon entourage ne suivait pas forcément ce que je faisais. Mais l’un de mes amis, qui est devenu mon parrain, a vu ce que je faisais et m’a proposé d’exposer dans un local partagé à Montpellier avec des artistes issus du monde du tatouage, bref, dont les travaux n’avaient pas grand-chose à voir avec les miens ! À travers cette exposition, j’ai présenté ma foi à ces personnes que je connaissais mais qui n’étaient pas forcément au fait de mon cheminement. Par ailleurs, présenter mon travail dans ce contexte était une manière de répondre à l’une des intuitions qui est à la base de Lux Mundi : réintégrer les symboles chrétiens dans des univers graphiques qui s’en inspiraient jusqu’alors pour les détourner. J’entends par là les tatouages, toute la culture rock et hip-hop américaine, la culture de la bande dessinée... En d’autres termes, je voulais parler du Christ dans un langage graphique que les gens de ma génération ont l’habitude de voir, redonner à ces symboles leur pleine signification.

 

Le style et les codes esthétiques des vos illustrations sont effectivement résolument contemporains mais en reprenant les symboles chrétiens et notamment certains codes de l’iconographie byzantine, est-ce une façon de l’intégrer dans la longue tradition de l’art chrétien ?

Tout à fait, dans la même perspective de ce qu’ont toujours été les vitraux, une façon assez universelle d’expliquer notre foi. Ceci dit, l’intégration de mon travail dans l’art chrétien est encore assez floue pour moi puisque je veux me situer à la croisée de l’art chrétien occidental et oriental. Je souhaite réintégrer au sein de l’art catholique des symboles orthodoxes. Même si j’y aspire, je ne prétends certainement pas faire de l’art sacré mais, à ma mesure en tous cas, je cherche comment permettre à ces deux traditions esthétiques de s’enrichir mutuellement. Je voudrais que catholiques et orthodoxes apprennent à regarder chacun de l’autre côté, même si je sais que j’ai plus de chance de toucher des catholiques puisque, justement, l’art catholique a cette ouverture, cette universalité qui s’autorise à explorer différentes formes graphiques alors que l’orthodoxie a plus cette vocation à conserver la tradition telle quelle. Mais je me laisse guider par l’Esprit-Saint et je ne sais pas où ce projet me mènera !

 

Y a-t-il des artistes chrétiens qui vous inspirent ?

Gustave Doré et William Bouguereau ont été mes premières découvertes marquantes. Mais à vrai dire, je suis encore un jeune converti et je connais encore assez mal l’art chrétien traditionnel. Mes inspirations graphiques me viennent essentiellement d’avant ma conversion. Je reprends par exemple dans certaines de mes illustrations les codes de l’iconographie ou je m’inspire de tableaux chrétiens sans pour autant en maîtriser tous les codes. Je n’ai pas encore toute cette culture classique mais je m’en imprègne au fur et à mesure de mes découvertes. 

 

Pourquoi cette problématique de l’unité entre catholiques et orthodoxes vous tient-elle ainsi à cœur ?

C’est le prêtre qui m’a baptisé qui m’y a confronté pour la toute première fois, parce qu’il était passionné de culture grecque et m’a offert une icône du Christ pour mon baptême. Moi, je suis un pur produit de la culture de la mondialisation, j’ai grandi avec des codes culturels américains, asiatiques, africains... Bref, je ne suis pas vraiment enraciné dans la culture française et je ne connaissais rien à la culture chrétienne. C’est essentiellement par Internet que j’ai découvert ce patrimoine, autant orthodoxe que catholique. Et les deux m’inspirent ! En outre, les papes appellent de leurs vœux depuis longtemps cette réunification et le pape François a dit que ce rapprochement devait aussi être l’œuvre des fidèles, alors je m’y emploie.

 

Vous êtes également partie prenante du projet « Agnus Dei », une plate-forme d’artistes chrétiens qui mettent à dispositions des paroisses et associations des illustrations sur le thème de la foi. Pourquoi ?

« Agnus Dei » est un projet qui correspondait tout à fait à ce que je voulais faire. Un artiste chrétien a toujours une grande joie à voir ses œuvres diffusées sur des documents liturgiques. Le projet comprend aujourd’hui trois artistes, Gilles Agar, le fondateur, Anne Villedey et moi-même. Nous nous sommes rencontrés lors d’une exposition commune à Toulon, et nous sommes devenus de vrais amis. Même si « Agnus Dei » est un peu au ralenti aujourd’hui parce que nous avons du mal à le faire connaître, nous sommes ouverts à la venue d’autres artistes et nous verrons bien où cela nous mènera !

 

Lux Mundi : www.lux-mundi.fr

 

Agnus Dei, Illustrations chrétiennes au service de l’Église : www.agnusdei.fr

contact@agnusdei.fr

Ce billet a été publié dans L'Homme Nouveau, je commande le numéro

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