L'association "Pro Liturgia"
fête ses 30 ans

Rédigé par Denis Crouan, propos recueillis par Odon de Cacqueray le dans Politique/Société

L'association ''Pro Liturgia'' <br>fête ses 30 ans

Ces 22 et 23 septembre, l’association Pro Liturgia fête ses 30 ans à Villars-les-Dombes (Ain) . Fondée en 1988, l’association qui porte le nom complet suivant « Association pour la promotion de la liturgie romaine latine », milite pour l’application exactes des décisions du Concile Vatican II. Denis Crouan, président de l’association, docteur en théologie catholique, professeur émérite de Lettres et d’Histoire, organiste et spécialiste du chant grégorien a accepté de nous dresser un bilan de ces 30 dernières années. 

 

Votre association Pro Liturgia fête ses 30 années d’existence, pourriez-vous rappeler à nos lecteurs qui ne la connaîtraient pas la genèse de son existence ? 

Il y a 30 ans, quelques jeunes de la paroisse de Rouffach sont venus avec moi à Solesmes. En entrant, ils ont constaté le décalage entre la messe paroissiale et les messes auxquelles ils avaient assisté à l’abbaye. Stupéfaits par ces différences et constatant que ce qu’ils avaient dans la paroisse ne leur convenait plus du tout, ils se sont demandés si on faisait exprès de trahir le Concile Vatican II, de le déformer dans les diocèses. Ils ont donc décidé d'agir et cela s'est concrétisé dans notre association Pro Liturgia.

 

Ces jeunes avaient donc les connaissances suffisantes des textes pour constater le décalage entre la messe paroissiale et le concile ? 

Je leur indiquais petit à petit pendant le séjour à Solesmes, je répondais à leurs questions et des moines sont venus leur parler. Ces jeunes étaient regroupés dans une petite association paroissiale qui ne fonctionnait pas très bien, mais avait un peu d’argent en caisse. Ils m’ont demandé que faire de cet argent, et puisqu’ils s’intéressaient à la liturgie de Solesmes, je leur ai suggéré de faire une exposition sur le chant grégorien. À l’époque l’abbaye de Solesmes avait monté une exposition itinérante qu’on pouvait louer.

Ils ont donc fait venir les panneaux, les vitrines, etc. Et ils ont donc monté cette exposition qui a duré une ou deux semaines dans une salle paroissiale. Par la même occasion, il y a eu des auditions de chants grégoriens dans l’église, malgré les réticences du curé. Il y avait un livre d’or et nous avons lu ce que plusieurs personnes nous ont dit : « on ne peut pas continuer comme ça, que faut-il faire ? » Nous avons donc eu l’idée de nous réunir et de lancer cette association pour la liturgie. 

 

La liturgie semble être une affaire de clercs pour beaucoup de fidèles, vous vous attachez à montrer le contraire…

C’est l’affaire de l’Église, une priorité de l’Église ! Comme disait Dom Guéranger, l’Église c’est la société de louange divine, donc la louange liturgique, si elle est mise en œuvre par le clergé ne laisse pas les laïcs à part. 

 

Comment votre association fonctionne-t-elle ? Peut-on y voir la formation de laïcs afin qu’ils éclairent les clercs ? 

Nous avons un bulletin, à l’origine mensuel et désormais seulement une fois tous les deux mois, dans lequel nous mettons les textes de référence, des explications, etc. Tous les membres peuvent recevoir ce bulletin. 

Nous proposons également un site internet consultable par tous. Par ce biais nous donnons une formation, une formation critique parfois, nous reprenons ce qui se passe dans les paroisses et qui n’est pas conforme à l’esprit du Concile. Il y a quelques années nous avons envoyé une lettre à tous les évêques, leur demandant que le Concile Vatican II soit appliqué sans déformation, ce qu’avait demandé d’ailleurs le cardinal Ratzinger à l’époque. 

Sur la totalité des lettres envoyées à tous les évêques de France, nous n’avons eu que quatre réponses. Dans deux réponses il nous était expliqué que les diocèses concernés appliquaient le Concile fidèlement, force est de constater que par notre expérience nous avons vu que ce n’était pas le cas, le plus souvent à cause d’une méconnaissance des requêtes du Concile. 

 

En 30 ans d’existence avez-vous constaté des améliorations ? 

C’est très compliqué, les jeunes prêtres, hélas pas assez nombreux, essayent de bien faire. C’est incontestable. Malheureusement quand on les interroge, ils continuent de nous dire qu’ils ne reçoivent, au séminaire, aucune formation liturgique solide. Alors ils font avec la meilleure volonté du monde, et puis ils font ce qu’ils peuvent en essayant d’échapper aux pressions qu’ils subissent dans les paroisses. 

Grosso Modo, il n’y a pas d’améliorations, il y a tellement de mauvaises habitudes qui sont ancrées… Dans toutes les paroisses à de rares exceptions, la messe commence par un mot d’accueil, j’ai eu beau chercher dans le missel, le mot d’accueil n’existe pas. On commence par un chant d’entrée, on entre dans la messe et le « baratin » du curé arrive comme un cheveu sur la soupe… Un mot d’introduction à la liturgie du jour, exceptionnellement pourquoi pas… mais lors des grandes fêtes où les fidèles savent très bien pourquoi ils sont là, ça n’a pas lieu d’être. 

 

Vous essayez de remettre le grégorien à l’honneur dans la liturgie, pourquoi cette forme de chant, peu pratiquée aujourd’hui, vous semble-t-elle si importante ? 

Le concile dit clairement dans son article 116 que le grégorien doit occuper la première place. [Sacrosanctume Concilium, art 116 : « L’Église reconnaît dans le chant grégorien le chant propre de la liturgie romaine ; c’est donc lui qui, dans les actions liturgiques, toutes choses égales d’ailleurs, doit occuper la première place. »]

Il y a un problème de formation liturgique des prêtres sur le grégorien. Si en cinq ans ou six ans d’études dans un séminaire, la formation au grégorien se limite à une heure par semaine pour apprendre à entonner un Credo ou un Gloria, nous voyons bien que c’est insuffisant. 

Il y a une théologie du chant grégorien. L’Église l’a retenu pour la liturgie pour des raisons théologiques et spirituelles. 

 

Quels sont les objectifs de l’association Pro Liturgia dans les années qui arrivent ? 

D’abord il va falloir renouveler le bureau. Cela fait 30 ans que je suis directeur et la fatigue se fait sentir. Il nous faut trouver quelqu’un pour tenir le bulletin. La relève est donc notre objectif premier, ensuite il faudra examiner ce que décidera l’Assemblée Générale. 

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