Garder la mémoire pour maintenir l'espérance

Rédigé par Un moine le dans Religion

Garder la mémoire pour maintenir l'espérance

Pour la deuxième fois, un successeur de Pierre s’est rendu dans les pays baltes. Mais comme l’a remarqué le Pape lors de l’audience qui a suivi le voyage et qui donne un bon résumé du séjour du Pape dans ces pays, le contexte cette fois est nouveau. Il y a 25 ans, deux ans après l’éclatement de l’URSS, Jean-Paul II trouvait un pays à nouveau indépendant et qui sortait d’une longue persécution. La redécouverte de la liberté ne s’est pas faite sans heurts et la tentation de la société permissive de consommation à la mode occidentale a depuis laissé des traces. Aussi, le Pape entendait-il annoncer à nouveau la joie de l’Évangile apportée au monde par la révolution d’amour miséricordieux née du Golgotha. Partout, le Pape a invité à l’espérance, mais aussi à tout recentrer sur le Christ et son amour miséricordieux. C’est particulièrement clair dans le discours qu’il a prononcé à Kaunas devant les prêtres et tous les consacrés. C’est ce discours que nous commentons ici.

Devant une nouvelle génération tentée par l’esprit de sécularisation et l’acédie, le Pape demande à ses interlocuteurs de ne point perdre l’espérance et pour cela de garder en mémoire le beau et long passé martyr du pays. La mémoire est une faculté très importante, car elle permet de pas oublier et donc de demeurer dans l’action de grâces devant les bienfaits de Dieu et des hommes. Sans elle, il n’y a ni tradition ni histoire et l’on comprend au passage pourquoi les éducateurs modernes tendent tant à l’éradiquer des cerveaux des enfants et des jeunes. Un peuple ne doit pas oublier son histoire, sinon il perd son identité. L’épître aux Hébreux demande de se souvenir de nos ancêtres. 

La mémoire permet de garder l’espérance et de nous centrer sur le Christ. Pour cultiver cette mémoire et cette espérance, le Pape commente trois verbes. En premier lieu gémir. C’est le même verbe que saint Paul emploie pour la création en attente de la résurrection finale et pour le Saint-Esprit qui gémit dans nos âmes pour nous faire prier comme il veut. De fait on peut gémir en raison de l’esclavage de la corruption, mais aussi en raison d’une plénitude dont on demande la présence précisément par ce gémissement. Le Pape pour marquer ce désir de plénitude de Dieu se sert de l’image biblique traditionnelle de la biche assoiffée. Ce gémissement est causé par l’inquiétude du repos recherché, mais qui, au dire de saint Augustin, ne se trouve qu’en Dieu. Ce gémissement doit également se transformer en prière charitable pour nos frères les plus délaissés. Notre prière devient ainsi prière de libération pour soi et pour les autres. 

Mais cette prière doit être persévérante (deuxième point). Au milieu de toutes les difficultés, persévérons jusqu’au bout. Ainsi nous serons sauvés. Les plus vieux lituaniens deviennent alors des modèles pour les plus jeunes, à la condition qu’ils ne tombent pas dans l’orgueil, car tout vient de Dieu et de sa grâce. Les jeunes, en se souvenant de leurs racines précisément par la mémoire, sauront éviter l’écueil d’une évasion facile et ces fuites que leur propose la société permissive et qui demeurent incohérentes avec la vocation chrétienne.

Enfin en dernier lieu, le Pape demande de regarder le Christ. C’est lui notre sauveur, mais aussi notre espérance. Regarder le Christ, cela signifie d’abord l’imiter pour nous identifier complètement à lui. Nous devons travailler à notre salut, chacun à sa place car Dieu a un plan irremplaçable pour chacun. Mais ce salut individuel doit toujours être accompli en lien avec l’Église et chacun de ses membres. Que la Mère de l’Église nous fasse comprendre que le Nous doit toujours dépasser le Je.

 

 

 

 

VOYAGE APOSTOLIQUE DU SAINT-PÈRE
EN LITUANIE, LETTONIE ET ESTONIE

PAPE FRANÇOIS

ANGÉLUS

Parc Santakos à Kaunas (Lituanie)
Dimanche 23 septembre 2018

 

Chers frères et sœurs,

 Le livre de la Sagesse que nous avons entendu en première lecture nous parle du juste persécuté, de celui dont la présence gène les impies. L’impie est décrit comme celui qui opprime le pauvre ; il n’a pas de compassion envers la veuve ni de respect pour la personne âgée (cf. 2, 17-20). L’impie a la prétention de penser que sa force est la norme de la justice. Soumettre les plus fragiles, user de la force sous quelque forme que ce soit, imposer une manière de penser, une idéologie, un discours dominant, user de la violence ou de la répression pour faire plier ceux qui, simplement par leur agir quotidien honnête, simple, assidu et solidaire, manifestent qu’un autre monde, une autre société est possible. Il ne suffit pas à l’impie de faire ce que bon lui semble, de se laisser guider par ses caprices ; il ne veut pas que les autres, en faisant le bien, mettent en évidence sa manière de faire. Chez l’impie, le mal cherche toujours à détruire le bien.

Il y a 75 ans, cette nation vivait la destruction définitive du Ghetto de Vilnius. L’anéantissement de milliers de juifs, commencé deux ans auparavant, culminait alors. Comme on lit dans le Livre de la Sagesse, le peuple juif est passé à travers les outrages et les tourments. Faisons mémoire de cette époque, et demandons au Seigneur de nous faire le don du discernement afin de découvrir à temps tout nouveau germe de cette attitude pernicieuse, toute atmosphère qui atrophie le cœur des générations qui n’en n’ont pas fait l’expérience et qui pourraient courir derrière ces chants des sirènes. 

Jésus dans l’Evangile nous rappelle une tentation sur laquelle nous devrions veiller avec attention : le souci d’être les premiers, de se distinguer par rapport aux autres, souci qui peut se nicher dans tout cœur humain. Combien de fois est-il arrivé qu’un peuple se croit supérieur, avec plus de droits acquis, avec de plus grands privilèges à préserver ou à conquérir. Quel est le remède que propose Jésus quand cette pulsion apparaît dans notre cœur et dans la mentalité d’une société ou d’un pays ? Se faire le dernier de tous et le serviteur de tous ; être là où personne ne veut aller, où il ne se passe rien, dans la périphérie la plus lointaine ; et servir, en créant des espaces de rencontre avec les derniers, avec les exclus. Si le pouvoir se décidait à cela, si nous permettions que l’Evangile du Christ atteigne les profondeurs de notre vie, alors la globalisation de la solidarité serait vraiment une réalité. « Tandis que dans le monde, spécialement dans certains pays, réapparaissent diverses formes de guerre et de conflits, nous, les chrétiens, nous insistons sur la proposition de reconnaître l’autre, de soigner les blessures, de construire des ponts, de resserrer les relations et de nous aider “à porter les fardeaux les uns des autres” (Ga 6,2) » (Exhort. ap. Evangelii gaudium, 67). 

Ici, en Lituanie, il y a une colline des croix, où des milliers de personnes, au cours des siècles, ont planté le signe de la croix. Je vous invite, alors que nous prions l’Angelus, à demander à Marie de nous aider à planter la croix de notre service, de notre dévouement là où on a besoin de nous, sur la colline où vivent les derniers, où une délicate attention aux exclus, aux minorités est requise, pour éloigner de nos milieux et de nos cultures la possibilité d’anéantir l’autre, de marginaliser, de continuer à rejeter celui qui gêne et dérange nos facilités.

Jésus met le petit au centre, il le met à même distance de chacun pour que nous nous sentions tous provoqués à donner une réponse. En faisant mémoire du “oui” de Marie, demandons-lui de rendre notre “oui” généreux et fécond comme le sien.

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