Un curé sur les autels :
Vincenzo Romano, le Curé d’Ars d’Italie (1751-1831)

Rédigé par Davide Lamparella le dans Religion

Un curé sur les autels : <br>Vincenzo Romano, le Curé d’Ars d’Italie (1751-1831)

14 octobre 2018 : le Pape François, 175 ans après l’ouverture de la cause de béatification, canonisera – entre autres – un curé. Un curé spécial : le premier dont un procès de béatification a été entamé depuis la fondation de notre Église bien-aimée par le Christ. Le 22 septembre 1843 le pape Grégoire XVI, lors de la signature du décret d’introduction de la cause de l’abbé Vincenzo Romano, curé de la ville de Torre del Greco dans les environs de Naples, dit: « Gloire à Dieu, car, après plus de dix-huit siècles de la fondation de l’Église, nous avons un curé saint ». Pendant que saint Jean-Marie Vianney, le saint Curé d’Ars, exerçait son ministère dans l’Ain, l’Abbé Romano commençait à faire l’objet d’un procès de béatification qui aurait pu aboutir à la canonisation du premier curé dans toute l’Histoire de l’Église catholique. Le 25 mars 1895, le pape Léon XIII signa le décret concernant les vertus héroïques et les miracles du Servant de Dieu, qui fut enfin proclamé bienheureux le 17 novembre 1963 par le pape Paul VI1, après que les deux miracles attribués à son intercession avaient été officiellement reconnus. En 1990, le pape Jean-Paul II, pendant sa visite pastorale à Torre del Greco, se rendit dans la basilique pontificale de la Sainte-Croix, où le corps du bienheureux est vénéré, pour rendre hommage au saint Curé napolitain, et rappela ce qu’il avait déjà dit en 1983, à l’occasion des vingt ans de sa béatification: « En lisant la biographie de l’abbé Romano, on est impressionné par le zèle de son action pastorale, qu’il exerça pendant trente-deux ans sans aucune interruption, ne s’éloignant jamais de sa paroisse, où il était constamment occupé, à partir de l’aube, dans la prière, la célébration de la Sainte Messe, les confessions, la catéchèse des adultes et des enfants, les visites aux malades, la conversion des pécheurs ». 

Vincenzo Romano naquit le 3 juin 1751 dans la ville de Torre del Greco, à quelques kilomètres de Naples, centre de pêche et de traitement du corail aux pieds du Vésuve. Issu d’une famille très pieuse, le 10 juin 1775, à l’âge de 24 ans, il fut ordonné prêtre pour l’éternité. Formé à l’école de saint Alphonse Marie de Liguori, il se dédia avec zèle à l’exercice de son ministère sacerdotal. Son engagement fut si dévoué que le peuple lui attribua l’appellation d’« ouvrier infatigable ». Il paraissait avoir fait vœu de ne pas perdre son temps afin de se dédier entièrement au soin des âmes : instruction aux enfants, tutorat aux séminaristes, évangélisation de la population rurale, aumônerie de confréries et couvents, assistance spirituelle aux malades et aux mourants et prédications dans la rue. En 1794, une éruption dévastatrice enterra toute la ville, y compris la paroisse de la Sainte-Croix. L’abbé Romano fut le propulseur de la reconstruction de l’église, un événement qui alla bien au-delà d’une reconstruction matérielle : grâce à son œuvre infatigable et à son dévouement surnaturel, la ville vécut une véritable renaissance spirituelle et morale. Apôtre de l’espérance, il exhortait sans cesse ses concitoyens à se confier en la Providence Divine, en leur disant : « l’espérance est notre bien le plus précieux : elle sèche nos larmes, allège nos fatigues, revigore nos faiblesses, soigne nos plaies ».                                                                                                                           

À partir de 1799, la charge de curé de la paroisse de la Sainte-Croix lui fut confiée. Il n’accepta ce ministère si exigeant et difficile que pour accomplir la volonté de Dieu. Humilité, sainteté de vie, prière, jeûnes, veilles, pénitences, fatigues, pureté, chasteté, science, longanimité, bonté, charité, zèle, adhésion parfaite aux canons du Concile de Trente, obéissance : ces quelques mots décrivent parfaitement sa vie sacerdotale.

Il se levait très tôt le matin et tout de suite s'adonnait à l’oraison mentale, dans la solitude. Il parcourait le court trajet entre sa maison et la paroisse, où il célébrait la Sainte Messe avec un grand recueillement et la plus haute dévotion. Après son action de grâces, il se rendait en sacristie où il rencontrait beaucoup de fidèles (Torre del Greco était, à cette époque-là, la troisième ville du Royaume de Naples) afin de répondre à leurs besoins temporels et spirituels. Il se recueillait alors aux pieds du tabernacle et récitait son Bréviaire. Il puisait la grâce pour se donner aux confessions dans la prière et dans l’Eucharistie. Au confessionnel, il agissait avec « charité et patience, patience et charité », en recherchant le juste milieu entre une grande rigueur et une coupable condescendance. Vers 13h00 il rentrait chez lui, toujours entouré de paroissiens qui demandaient son aide et ses conseils . Avant le repas, il donnait la bénédiction et interrogeait constamment le bon Dieu : « Seigneur, quand est-ce qu’on sera tous assis à cette table céleste ? ». Il mangeait très peu, car il disait : « Je ne veux pas alourdir mon estomac, car je dois travailler ! ». Juste après son repas frugal, il repartait à l’église où il restait en adoration devant Jésus-Hostie, immobile, concentré, les yeux fermés. Il y restait pendant des heures, suscitant l’admiration de ses paroissiens. Il priait ensuite les Vêpres, le Très-Saint Rosaire avec le peuple et donnait la bénédiction aux fidèles avec le Très-Saint Sacrement. Il retournait alors chez lui pour le dîner et, en donnant la bénédiction, il demandait au bon Dieu : « Seigneur, quand est-ce qu’on rejoindra ce dîner éternel ? ». Pendant le Carême, il ne mangeait que des ails grillés sous les cendres et des figues séchées. Avant de se coucher, il priait le Rosaire avec ses familiers, il faisait des lectures spirituelles et il étudiait, jusqu’à minuit. Il dormait très peu, surtout lorsqu’il était appelé au chevet des mourants. 

Afin de comprendre pleinement le modèle de sainteté sacerdotale de l’Abbé Romano, il faut que nous abordions trois sujets fondamentaux de son ministère : la Sainte Messe, le ministère de la Parole et l’Évangile de la charité.

La Sainte Messe : il était extrêmement précis lors de la célébration du Très Saint Sacrifice, révélant une exactitude angélique dans ses gestes et ses expressions de recueillement et de dévotion. Il versait des larmes pendant la consécration, il tremblait lors de l’élévation et il faisait la Sainte Communion avec un visage embrasé de l’amour divin. Il révélait beaucoup d’humilité lors de la récitation du Nobis quoque peccatoribus et des paroles Domine non sum dignus. Et quelle foi lorsqu’il récitait le Pater noster et l’Évangile de saint Jean ! Son attitude conquérait les cœurs et les esprits des fidèles. Lorsque l’Abbé parlait de la Sainte Messe, il disait qu’elle est le trésor des grâces. Toute sa vie était centrée sur la Messe, c’était la source et le but de son existence.

L’Abbé Romano s’efforça de promouvoir la pleine compréhension de la liturgie sacrée par le peuple : en 1820, il publia, à cet effet, le livret Manière pratique pour écouter avec fruit la Sainte Messe, réimprimé en 1834 et 1848. Il avait compris la nécessité pour les fidèles de bien prier, de prier avec le prêtre et en coordonnant leurs pensées et leurs voix à celle du prêtre. À côté de ça, il introduisit la « Messe pratique », deux fois par jour lors des fêtes, afin d’accroître la dévotion du peuple et la sanctification des âmes. Pendant cette « Messe pratique », qui durait environ deux heures, le Père Romano – en chaire – aidait les fidèles à bien écouter la Sainte Messe et faisait, avec eux, l’offrande, la Communion spirituelle et les actes chrétiens. 

 

Le ministère de la Parole : l’œuvre sacerdotale de Vincenzo Romano se nourrissait constamment, incessamment de l’Écriture sainte. Prédications, catéchèse, explication de l’Évangile. Grâce à son zèle et à l’exemplarité de sa vie, il convertissait les pécheurs à milliers. Après sa mort, les habitants de la ville ne cessaient de répéter : « Nous n’écouterons plus cette bouche de Paradis ! ». Lorsqu’il prononçait ses sermons depuis la chaire, sa parole était de feu : il semblait que c’était Dieu lui-même qui se servait de sa bouche pour parler aux chrétiens. Vincenzo Romano écrivit nombre d’opuscules de catéchèse et beaucoup d’homélies. Son style était simple, scriptural, patristique, plein d’argumentations profondes qui touchaient les cœurs. Il ne rêvait pas de missions lointaines, parce qu’il avait autour de lui un champ sans bornes à semer avec la Parole de Dieu. Célèbre était la pratique de la « sciabica » (un gros filet de pêche très utilisé par les mariniers locaux) : il regroupait plusieurs personnes aux coins des rues, « armé » de son Crucifix, et commençait à prêcher. Ainsi faisant, il appelait les pécheurs à la conversion et, après les avoir « pêchés », il les remportait à l’église pour les confessions et la bénédiction. Il était un véritable « pêcheur d’hommes » ! L’Abbé Romano prêchait aussi le Carême, l’Avent, triduums, neuvaines, exercices spirituels. En 1788, il obtint du pape Pie VI le privilège d’impartir la bénédiction avec indulgence plénière. 

 

L’Évangile de la charité : Vincenzo Romano fut le véritable apôtre de la charité sociale. Éducateur d’enfants et de jeunes gens, pacificateur dans les questions économiques et sociales existantes entre les armateurs des navires pour la pêche du corail et les pauvres mariniers qui faisaient face aux risques et aux fatigues de cette activité, facilitateur du rachat de ses concitoyens captifs en Afrique du Nord. Il n’abandonna jamais son troupeau, en exerçant son ministère malgré les désordres politiques (Révolution et Restauration) et les calamités naturelles (éruptions du Vésuve).

L’Eucharistie était le cœur, le centre et la racine de sa vie sacerdotale, à la fois en ce qui concerne sa spiritualité personnelle et sa mission pastorale. Le lieu qu’il aimait de plus, c’était l’autel et le tabernacle: aux pieds du tabernacle, il tirait la force de se sacrifier, d’aller, de prêcher non pas avec des discours vides mais avec la science irrésistible de qui « ne connaît que le Christ et le Christ crucifié ». Confrère du Carmel, il répandit et augmenta la dévotion du peuple envers la Très-Sainte Vierge, en écrivant nombre de méditations sur sa Nativité et son Assomption. Chaque fête mariale était précédée de neuvaines et de prédications sur les gloires de la Vierge. En particulier, il promut la dévotion du Rosaire en établissant une confrérie dans la paroisse et en y faisant inscrire une grande partie de la population. Il considérait le Rosaire comme un « canal de grâces » et insistait beaucoup pour que les fidèles méditassent avec fruit les mystères. En 1807, il obtint la permission du maître général de l’Ordre des Frères prêcheurs de bénir les couronnes du Rosaire avec le rite dominicain, auquel des indulgences – plénières et partielles – sont attachées. Ses méditations sur les mystères – accompagnées d’exhortations à l’examen de conscience, à la contrition des péchés et à la conversion – continuent d’être utilisées aujourd’hui, lors de la récitation du Rosaire dans les églises de la ville. 

Le 1er janvier 1825, à la suite d’une chute, il se cassa le fémur, ce qui entama son Calvaire. Pendant cinq ans, il restera cloué au lit, jusqu’au 20 décembre 1831, lorsque – après une longue souffrance vécue dans la foi la plus pure, l’espérance la plus admirable, la charité la plus zélée, la confiance la plus totale dans la Providence divine, l’offrande de ses peines pour le salut des âmes – il recommanda son esprit à Jésus, en murmurant son Saint Nom et celui très doux de Marie. 

Enrichi par des grâces d’extases, de lévitations, miracles, prophéties, saint Vincenzo Romano fut surtout un modèle de vertus et de sainteté pour les prêtres : ouvrier infatigable de la Vigne du Seigneur, consommé par l’amour de Dieu et des âmes, apôtre zélé de charité, exemple pour les prêtres de l’Église universelle ! 

 

1. Avant que la constitution apostolique « Regimini Ecclesiæ universæ » du 15 août 1967 et le motu proprio « Sanctitatis clarior » du 17 mars 1969 ne réformassent les procès de canonisation. 

 

 

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