Le quintette de l’intelligence et de la foi

Rédigé par Philippe Maxence le dans Culture

Le quintette de l’intelligence et de la foi

Cinq noms. Cinq visages. Cinq œuvres. Mais une cause commune : montrer la fécondité des épousailles entre la foi et la raison. 

Les mots sont lâchés. Pas sûr du coup que le lecteur ira au-delà de ces premières lignes. La foi et la raison ? A priori, rien de très attirant, de très « rock’n’roll » ni de très vendeur. Ajoutons à cela que les cinq noms en question sont ceux d’Anglo-Saxons. Presque une déclaration de guerre pour un Français, qui ne cesse de s’habiller comme un Nord-Américain tout en vilipendant à longueur de journée l’hégémonie des États-Unis. Et ne parlons pas de l’Angleterre, surreprésentée ici. Brexit oblige, les Français des grandes villes ont enterré l’Entente cordiale et déterré les mots assassins. C’est dire si le livre de Richard Bastien qui, ni anglais, ni étatsunien, est un journaliste et un économiste canadien, est mal parti pour frayer son chemin chez nous. 

Certes, Chesterton est à la mode dans certains milieux catholiques français. Mais c’est presque une raison de s’inquiéter. Pas sûr que lesdits milieux aient trouvé « la clef d’or » de son œuvre. Le cardinal Newman a eu aussi une récente heure de gloire. On le citait beaucoup sous le pontificat de Benoît XVI, qui l’a d’ailleurs béatifié en 2010. Depuis, en dehors des cercles de spécialistes, il revient moins dans les conversations. Le grand drame des catholiques de ce XXIe siècle, ce n’est même pas de suivre la mode, c’est d’être à la remorque. 

À sa manière, élégante, précise, érudite, Richard Bastien entend aussi être à la remorque. Mais son navire-amiral porterait plutôt comme pavillon celui de la vérité. Sous ce patronage, on a plutôt tendance à l’humilité, à se faire passeur, transmetteur. On « rentre » également peu ce pavillon. Au contraire, la « guerre » est incessante, permanente. 

La guerre ? Rassurons-nous. Il s’agit de débusquer les sophismes, les faux raisonnements, les à peu près, les tours de passe-passe sémantiques ou conceptuels. Le sujet est vaste mais aussi vieux que la modernité. La foi serait de l’ordre du mythe, de l’irrationnel, incompatible avec la raison, presque contre nature. Loin de s’unir, la foi et la raison formeraient au mieux de constants concurrents, au pire, des ennemis irréconciliables. 

Richard Bastien aurait pu balayer d’un revers de main ces fadaises éculées. Il aurait pu invoquer le témoignage de saint Paul, de saint Augustin, tendre les volumes de la Somme théologique de saint Thomas d’Aquin, et de tant et tant d’esprits supérieurs, de penseurs, de philosophes, d’écrivains et de nombreux convertis. Mais il n’a pas voulu seulement répondre à une affirmation. Il a voulu ouvrir aussi les portes à une amitié, tant il est vrai que l’on ne connaît bien que ce que l’on aime. Rappeler des itinéraires, le cheminement dans une même âme du travail de la foi et de la raison. 

Dans cette perspective, les noms du cardinal Newman, de Chesterton, de C.S. Lewis, de Peter Kreeft et d’Alasdair MacIntyre donnent au lecteur comme une incarnation concrète du rappel de l’existence « de vérités morales objectives inscrites dans la texture même du réel ». Chacun à leur manière, ils soulignent l’existence de la finalité des choses et invitent à « répudier le relativisme culturel et moral » actuel.

Bien sûr, la finesse de Newman n’est pas la joie débordante de Chesterton qui ne ressemble pas elle-même à l’érudition universitaire d’un Lewis. Et ne parlons pas des deux contemporains de ce club si particulier : Peter Kreeft, (quasi inconnu en France mais que Richard Bastien permet de découvrir) et d’Alasdair MacIntyre dont l’œuvre est présente et discutée chez nous. Au sujet de ce dernier, Richard Bastien apporte des précisions intéressantes, notamment sur les points de sa pensée que MacIntyre a répudiés ainsi que son enthousiasme pour saint Thomas d’Aquin. 

On se tromperait néanmoins si l’on ne voyait ici qu’une présentation savante et accessible de cinq penseurs et de leurs œuvres. Au terme de son ouvrage, Richard Bastien invite son lecteur à choisir entre le modernisme, l’indifférentisme, le fidéisme ou le catholicisme. « Ces conceptions étant mutuellement incompatibles, il nous faut choisir entre Mahomet, Descartes, Nietzsche et le Christ ». Et si vous voulez étayer votre choix, lisez bien sûr ce livre, mais regardez aussi notre entretien avec l’auteur.

Richard Bastien, Cinq défenseurs de la foi et de la raison, Salvator, 196 pages, 20 €

 

 

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