Un catholique n’a pas d’alliés

Rédigé par Philippe Maxence le dans Culture

Un catholique n’a pas d’alliés

En publiant la correspondance (parfois inédite) que le philosophe Jacques Maritain a entretenue avec Bernanos, Claudel et Mauriac, les concepteurs de ce livre ravivent les grands débats des années 1920 à 1960, qui sont loin d’avoir laissé indifférents ces quatre chevaliers des lettres. Montée du totalitarisme, antisémitisme, condamnation de l’Action française ou Guerre d’Espagne, rien ne leur échappe. Partageant la même foi, sont-ils toujours d’accord sur tout et tout le temps ? Les anges sont au Ciel et non sur terre. Chacun avec son tempérament et sa sensibilité, ils bataillent. Contre les autres, mais aussi entre eux. Si l’entente est parfaite entre Maritain et Mauriac, Claudel et Bernanos font bande à part. Évidemment, pas ensemble ! 

Passionnant, à cet égard, est la correspondance de Maritain avec Bernanos. On retrouve le vieux lion dans toute sa dimension, si différent de la personnalité plus mesurée et presque physiquement plus fragile de Maritain, derrière lequel se trouve toujours d’ailleurs son épouse, Raïssa. Dans un autre genre, on découvre les liens de Maritain avec Mauriac, qui semblent moins évidents de prime abord, mais qui au fur et à mesure de la lecture, le sont de plus en plus. Il faut dire que cet échange dure jusqu’en 1970. Ce qui n’est pas le cas pour les autres.

Maritain était persuadé qu’il avait une mission auprès des intellectuels. Ses dons, son rôle dans le renouveau thomiste, son influence ont renforcé cette conviction. C’est l’un des aspects de son débat avec Bernanos. Cette certitude étonne aujourd’hui, même si elle s’explique en partie. La crise de l’Action française occupe une place importante dans ces échanges. Comment aurait-il pu en être étonnant ? Ce qui est frappant, a posteriori, c’est de constater que le futur chantre de la chrétienté non sacrale, le père de l’Humanisme intégral, compte que l’Action française obéisse au Pape comme si la situation était encore celle de la chrétienté. L’Action française n’était pas un mouvement confessionnel, même s’il comprenait, y compris à sa tête, des catholiques. Que le Pape, y voyant des dangers pour les catholiques, dénonce son influence, quoi de plus normal, même si la question est de savoir les motivations réelles de cette condamnation. Mais les historiens ont apporté des éléments à ce sujet. En revanche, Maritain ne se mouvait-il pas dans une certaine forme d’idéalisme en pensant que les vieilles règles de la chrétienté pouvaient fonctionner dans une situation qui n’était plus chrétienne ? 

Loin des sucreries de sacristie, les échanges entre ces fortes personnalités témoignent que la foi chrétienne n’est pas réductible aux bons sentiments, mais qu’elle n’évite pas toujours non plus les susceptibilités ou les petites phrases assassines. Au moins, n’a-t-elle pas empêché l’art, le talent et l’intelligence… 

 

Correspondance : Maritain, Mauriac, Claudel, Bernanos. Un catholique n'a pas d'alliés, présenté par Henri Quantin et Michel Bressolette

Editions du Cerf, 362 p. 24 €

 

 

 

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