La face cachée de l'Antiquité classique

Rédigé par Anne Bernet le dans Culture

La face cachée de l'Antiquité classique

L’idée est solidement ancrée dans l’esprit de nos contemporains : la sorcellerie, ses pratiques, et sa répression, tout cela serait un effet du christianisme désireux d’éradiquer ce qui restait d’un paganisme dont on voudrait nous persuader qu’il était un ensemble de religions pleines de charmes et de tolérance. C’est faux, archifaux, comme le savent tous les spécialistes de l’Antiquité classique. L’humanité, même païenne, n’a pas attendu la Révélation pour se méfier des formes les plus évidentes des cultes démoniaques.

Le petit livre que Christopher Bouix a publié dans l’excellente collection Signets, aux Belles Lettres, Hocus Pocus, à l’école des sorciers en Grèce et à Rome (290 p. 13,50€) en apporte la démonstration.

Signets se présente comme une série d’anthologies thématiques présentant, de manière quasi exhaustive, l’ensemble des textes antiques grecs et latins concernant un sujet donné, ici la sorcellerie. En cette période d’Halloween, où, parfois jusque dans des familles et des écoles catholiques, ou se prétendant telles, l’on habillera les enfants en sorcière ou en démons, tandis que des adultes singeront, au cours de la nuit du 31 octobre, des rituels sataniques, se pencher sur les plus lointaines origines de ces pratiques est édifiant. 

  Les historiens le savent, à côté de la face lumineuse de l’Antiquité classique en existe en effet une autre, ténébreuse, violente, inavouable, féroce, stupide ou impudique, à des miles de l’idée que l’université souhaite en donner.

La sorcellerie en fait partie, même si, comme le souligne Anne-Marie Ozanam dans une intéressante préface, le sorcier, l’envoûteur, le nécromancien, le mage, l’ensorceleuse ou la sorcière vient, en principe, toujours d’ailleurs afin de souiller, avec ses sombres savoirs, la lumière des civilisés … Comment admettre que cette figure du mal puisse avoir pris naissance dans la Cité ? Par nécessité, il faut la renvoyer aux ténèbres extérieures, celles de la barbarie, d’où ces maudits viennent fatalement.

S’en étonnera-t-on ? À cette xénophobie s’ajoute une misogynie féroce. Certes, Grecs et Romains savent que des hommes pratiquent les sciences noires mais, et pour longtemps, ce sont les femmes qui en sont accusées. À des figures presque caricaturales de vieilles édentées qui errent la nuit dans les cimetières suburbains afin de s’emparer des dépouilles de trépassés morts de male mort, se superposent deux figures de magiciennes autrement plus redoutables, en raison de leur jeunesse, de leur beauté, et de l’attraction qu’elles exercent sur les hommes : Circé, qui transforme en pourceaux les marins abordant sur son île, et Médée, la femme trompée, l’étrangère si vindicative qu’elle en vient à tuer ses propres enfants afin de châtier Thésée de son infidélité … Car la frontière est poreuse entre ces pratiques magiques et le crime, voilà pourquoi elles sont répréhensibles et leurs adeptes voués au bûcher.

Qu’attend-on du sorcier, ou de la sorcière ? La santé parfois, car certains d’entre eux possèdent probablement des connaissances pharmaceutiques poussées, mais surtout le philtre d’amour, qui vous livrera celui ou celle que vous aimez sans espoir, ou le poison qui vous débarrassera d’un ou d’une rivale …

À côté de superstitions dont on s’étonnera de les retrouver inchangées deux ou trois mille ans après -les Anglo-Saxons qui brisent soigneusement la coquille de leurs œufs coque pour empêcher les sorcières de s’y loger savent-ils qu’ils reproduisent un antique usage romain ?- , de transgressions à l’ordre établi du monde qui, bien longtemps encore, mériteront la mort à leurs adeptes,  de contes à dormir debout qui continuent, entre métamorphoses et apprentis sorciers, à réjouir l’imaginaire des grands et des petits, formules de malédiction et incantations en un sabir aussi magique qu’incompréhensible, voici un tour d’horizon édifiant. 

Il vous démontera que les ténèbres restent semblables à ce qu’elles furent toujours, à l’instar de la bêtise, ou de la mauvaiseté des hommes …

Attention ! Elles reviennent en force !

 

 

 

 

 

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