Robert Spaemann face à l'avortement

Rédigé par la rédaction le dans Culture

Robert Spaemann face à l'avortement
Robert Spaemann (1927-2018)

Chaque jour, L'Homme Nouveau rend hommage au philosophe allemand Robert Spaemann, qui a rendu son âme à Dieu ce 10 décembre. Les articles sont extraits de deux dossiers que L'Homme Nouveau lui avait consacrés en 2010 et 2013.

 

C’est certainement dans l’affaire des bureaux de consultation pour l’avortement que le philosophe Robert Spaemann a pris le plus de risques. L’avortement se met en place en Allemagne la même année qu’en France mais la loi de dépénalisation est cassée par la Cour constitutionnelle au motif que l’embryon est une personne distincte et qu’à ce titre il n’appartient pas à la femme. En 1976 est votée une nouvelle loi qui prévoit une dépénalisation de l’avortement dans quatre cas : indication médicale (danger vital pour la femme enceinte), eugénique, criminelle (cas de viol) ou cas de détresse. Les femmes devant consulter préalablement à un avortement, c’est à cette époque que se constituent les premières officines de consultation. Encouragées par l’État, les Églises, dans ce climat de l’après-Concile marqué par une forme d’optimisme naïf vis-à-vis du monde, s’engagent donc dans cette mission de consultation. L’objectif est de sauver des vies mais si la femme maintient son désir d’avorter à l’issue de la consultation, le consulteur est dans l’obligation de lui remettre un « laissez-passer » pour l’avortement.

 Responsables de ceux qui vont naître

C’est contre cette complicité active à l’avortement de la part de l’Église que Robert Spaemann s’est battu à la fin des années quatre-vingt. En 1988, Spaemann dénonce cette pratique dans un texte intitulé « Responsables de ceux qui vont naître » et, une dizaine d’années plus tard, il réitère cette dénonciation dans un grand article de la Frankfurter Allgemeine Zeitung intitulé « La doctrine mauvaise des bonnes fins ». En arrière-plan de ce débat, on trouve bien sûr la question du moindre mal, mais ce qui est également en cause, c’est le système allemand de laïcité ouverte dans laquelle l’Église s’est engagée en tant qu’« experte en humanité » et qui l’oblige à accompagner la dégradation des mœurs. La théorie justificative de l’ensemble est le conséquentialisme qui met en balance le bien et le mal et qui décide d’accepter un mal s’il peut avoir pour conséquence de produire un peu de bien.

Sur ce sujet, Robert Spaemann s’est battu seul contre les théologiens et la hiérarchie catholiques et son combat s’est révélé prophétique, puisque Jean-Paul II, sous l’impulsion du cardinal Ratzinger, lui a donné raison dix ans plus tard. Depuis, l’Église allemande s’est officiellement désengagée et seule Donum Vitæ, une organisation de catholiques indépendante de l’Église, continue ce travail de consultation.

Cet article a été publié initialement dans le numéro 1477 de L’Homme Nouveau

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