Le Seigneur est avec Marie ; le Seigneur est avec nous.

Rédigé par un moine de Triors le dans Religion

Le Seigneur est avec Marie ; le Seigneur est avec nous.

L’ange saluant Marie lui dit que le Seigneur est avec elle (Lc 1, 28). Mais si Dieu est bien avec elle, ce n’est pas que pour elle. Le salut de l’ange en effet a engagé le processus du salut de l’humanité par l’Incarnation du Verbe, « Emmanuel, Dieu-avec-nous » (Is. 7, 14). Sur le moment, seuls les anges au ciel pouvaient comprendre l’admirable enjeu ; la Très Sainte Vierge l’apprit aussitôt puisqu’elle a dit son accord en connaissance de cause : « Qu’il me soit fait selon votre parole » (Lc 1, 38). 

La venue de Jésus commence alors comme une aurore sereine, riche néanmoins de tout ce qui devait suivre. Avec sa mort et sa résurrection, cette vie entrée si discrètement dans l’histoire devient le vrai « soleil sortant de son pavillon comme un époux magnifique » (Ps. 18, 6s). L’Église « d’âge en âge » dit avec Marie « les merveilles » qui commencèrent au premier Dominus tecum du premier Ave Maria.

Après la Pentecôte, le Concile d’Éphèse (431) est une étape majeure dans ce passage de l’aurore au plein jour de la foi professée désormais par l’Église. Les Pères et le peuple enthousiaste y ont proclamé Marie Theotokos, la digne Mère de Dieu. Dès le grand matin, est-il relaté, la foule s’assembla pour attendre la décision des évêques. Le soir tous allumèrent quantité de flambeaux pour conduire les Pères jusqu’à leurs logis ; les femmes marchaient devant eux avec des parfums qu’elles faisaient brûler. De grandes marques de joie multiplièrent les illuminations partout dans la ville. Chaque soir d’été à Lourdes, la procession aux flambeaux s’inscrit dans ce précédent charmant et véhément à la fois.

L’ange dit à Marie : « Le Seigneur est avec vous. L’Église en déduit qu’elle est Mère de Dieu, car elle a engendré charnellement le Verbe de Dieu fait chair » (Jn 1, 14), explique le Concile d’Éphèse. Telle est la donnée de base concernant Marie, sa dignité première, incluse dans l’Ave de l’Annonciation, que nos chapelets reprennent à l’infini. Dire « digne Mère de Dieu », inclut son Immaculée Conception, sa virginité, sa sainteté, Panagia ; comme aussi son rôle auprès de son Fils dans l’œuvre de notre salut, car « il doit régner éternellement, annonce Gabriel, sur la maison de Jacob, et son règne n’aura point de fin » (Lc 1, 33). Marie, Mère de Jésus, Mère de Dieu, est par là même la Mère du Sauveur.

Sous le vocable de « digne Mère de Dieu », le cardinal Journet voit « le concept sur lequel se concentre l’attention de l’Église et à partir duquel se déduiront, non par de fragiles arguments de convenance, mais par un authentique désenveloppement, le privilège de la Vierge » (Esquisses du dogme marial, 2ème partie). Et saint Louis-Marie nous le dit ainsi : « Si vous voulez comprendre la Mère, dit un saint, comprenez le Fils. C’est une digne Mère de Dieu : Hic taceat omnis lingua – Que toute langue demeure muette ici » (Vraie Dévotion, n° 12). Le saint auquel il renvoie est un évêque de Lyon contemporain d’Éphèse, saint Eucher (380-449), repris ensuite par les auteurs spirituels.

Au siècle passé, Péguy témoigne de la foi des petits dans l’Église, les mieux placés pour comprendre la « digne Mère de Dieu ». Voici ce qu’il dit du chapelet, leur prière toute-puissante : « Derrière ces beaux vaisseaux de haut bord [que sont les Pater,] les Ave Maria s’avancent comme des galères innocentes, comme de virginales birèmes. Comme des vaisseaux plats, qui ne blessent point l’humilité de la mer. Qui ne blessent point la règle, qui suivent, humbles et fidèles et soumis au ras de l’eau. Notre Père qui êtes aux cieux : évidemment quand un homme a commencé comme ça, quand il m’a dit ces trois ou quatre mots ! Quand il a commencé par faire marcher devant lui ces trois ou quatre mots. Après il peut continuer, il peut me dire ce qu’il voudra. Vous comprenez, moi, je suis désarmé. Et mon fils le savait bien. »

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