Bonne année à tous ceux qui pensent que nous nous tairons

Rédigé par Adélaïde Pouchol le dans Éditorial

Bonne année à tous ceux qui pensent que nous nous tairons

Regardons les choses en face : adresser ses bons vœux, souhaiter une bonne année alors que 2019 verra très probablement la révision des lois de bioéthique relève de la pire des hypocrisies, de la plus coupable ignorance ou de la plus joyeuse des espérances. 

Bonne année, oui…

Bonne année à tous les embryons qui seront congelés et décongelés comme un méchant plat Picard au gré des projets parentaux.

Bonne année à tous ces embryons que l’on respecte moins que des rats de laboratoire et qui seront détruits au nom de la recherche.

Bonne année à toutes les mères porteuses qui louent leur utérus, qu’elles soient consentantes et convaincues d’agir par altruisme, ou forcées parce qu’elles ne voient pas d’autres moyens d’échapper à la misère.

Bonne année à tous les enfants à qui l’on expliquera qu’ils ont deux mamans, ou plutôt deux mamans d’intention dont l’une est aussi biologique mais un père biologique qui n’est pas d’intention, et qui n’est d’ailleurs rien du tout de plus qu’un fournisseur en gamètes mâles.

Bonne année à tous les médecins, toutes les infirmières, toutes les sages-femmes qui subiront pression, mépris ou intimidation parce qu’ils refuseront de tuer un enfant dans le sein de sa mère.

Faut-il allonger encore la liste ?

 

Bonne année quand même

Bonne année quand même, et ce ne sont pas de vains mots, parce que le mal et l’indignité ne sont pas une fatalité. Ce ne sont pas des vains mots, non, et, plus encore, que cette année ne soit pas celle des mots vains et mensongers. Car si nous doutons parfois de notre capacité à agir face à un système politique et médiatique extrêmement puissant, il y a bien une chose que nous pouvons faire : traquer ces mots et expressions retorses, traquer ces chevaux de Troie sémantiques, ces Judas du verbe qui permettent à n’importe quelle aberration morale de passer pour une formidable avancée de l’humanité.

Elles sont légions, ces expressions mensongères, avec l’interruption volontaire de grossesse (IVG) en tête. On sait le pouvoir des acronymes et il n’est rien qui soit à la fois aussi neutre et professionnel, lisse et moderne qu’une série de majuscules balancées avec assurance. IVG, ça en jette, on en oublierait presque qu’il s’agit de supprimer une vie. Ses partisans le savent bien, d’ailleurs, et détestent que l’on parle d’avortement. Alors, s’il faut parler d’interruption volontaire de grossesse, c’est d’accord, mais nous le ferons à bon escient. Au sens strict, interrompre – pour éventuellement la reprendre après – une grossesse, c’est ce que font les parents qui recourent à la procréation médicalement assistée (PMA) et font produire un certain nombre d’embryons dont certains sont inséminés dans l’utérus de la mère et d’autres congelés en attente d’un éventuel projet parental. Un peu comme on dirait à une tante ou un collègue à table ou en réunion qu’on l’interrompt parce que l’on a quelque chose d’important à dire, l’IVG – au sens strict –, c’est dire à l’embryon que l’on est désolé mais que tout minuscule tas de cellules qu’il est, il n’a pas grand-chose à dire et qu’on l’interrompt quelques mois ou quelques années – sauf son respect, merci beaucoup – parce qu’on a plus important, non pas seulement à dire, mais à vivre. 

Voilà, nous pouvons dire, chacun à notre place, en ayant à cœur de ne pas céder aux entourloupes sémantiques, nous pouvons affirmer envers et contre tout, la valeur inestimable de la vie humaine. 

Et c’est justement parce qu’il faut le dire que j’ai accepté cette année d’être porte-parole de la Marche pour la Vie, qui aura lieu le 20 janvier à Paris. Cette mission fait évidemment largement écho à ce que L’Homme Nouveau a toujours défendu. Elle est une façon différente et complé­mentaire de défendre la vie, comme j’ai toujours cherché à le faire en traitant les sujets de bioéthique dans ces colonnes. Je n’ai jamais cru qu’un journaliste puisse être neutre, il doit en revanche être honnête dans sa recherche de la vérité… Et la Marche pour la Vie a justement ce courage de cette vérité puisqu’elle ose, aujourd’hui encore et malgré une terrible pression médiatique et politique, dire qu’une civilisation ne peut considérer les plus faibles des siens comme une variable d’ajustements des désirs des plus forts, des plus riches ou des bien-portants. 

Alors bonne année à tous ceux qui pensent que nous nous lasserons, bonne année à tous ceux qui pensent que nous nous tairons… Ils ne vont pas être déçus !

Ce billet a été publié dans L'Homme Nouveau, je commande le numéro

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