Riaumont dans la tourmente

Rédigé par Jeanne Smits le dans Politique/Société

Riaumont dans la tourmente
Père Revet, fondateur du Village d'Enfants de Riaumont

Le Village d’Enfants de Riaumont fondé par le P. Revet en 1958 est dans la tourmente. Descente de police, garde à vue de quatre religieux, retour de la vingtaine de pensionnaires actuels dans leurs familles… Riaumont est en danger et pourtant rien de très grave n’est reproché aux pères et aux frères de l’Institut Sainte-Croix mis en examen la semaine dernière, mais pour de simples « violences légères ». Le P. Jean-Paul Argouarc’h, prieur de 1986 à 2002, croisé à la Marche pour la Vie, a commenté ces événements qui ne sont pas sans importance pour l’ensemble du monde du « hors-contrat » en France.

 

Mon Père, nous avons appris la mise en garde à vue de plusieurs de vos frères de Riaumont, et ensuite leur mise en examen pour « violences légères », largement répercutée par les médias. Qu’en est-il exactement ?

En fait, c’est une question d’éducation. Il se trouve que quelques enfants ont pu être un petit peu repoussés ou prendre une claque, mais c’est extrêmement rare à Riaumont. D’ailleurs, sur trois cents auditions, il n’y a que 11 enfants qui se sont plaints. Il n’y a aucun certificat médical. Et donc, absolument rien de grave. Nous pensons quant à nous qu’il s’agit d’une attaque idéologique : on veut fermer une école qui est dirigée par des religieux, des religieux qui défendent des valeurs. Par exemple, nous sommes à la Marche pour la vie : nous défendons la vie ! L’Etat français est en train d’essayer, actuellement, de fermer beaucoup d’écoles hors contrat.

Ce qui est incroyable, c’est que nous avons eu une inspection menée par quatre inspecteurs d’académie qui nous ont félicités pour l’école. Nous avons également eu l’inspection, il n’y a pas très longtemps, de la mairie, de la préfecture, des pompiers et de la police qui ont été enchantés de tout ce qu’ils ont vu au niveau de l’hygiène et de la sécurité. Ce sont donc uniquement des magistrats de Béthune qui depuis longtemps attendaient une occasion pour fermer l’école.

 

Il s’agit de fermer une école qui accueille des enfants difficiles.

Extrêmement difficiles : Riaumont est l’école de la dernière chance. Ce sont des enfants qui sont victimes de déchirures familiales, qui ont des problèmes de comportement, et qui, souvent, ont été signalés par les travailleurs sociaux qui nous connaissent et qui les aiguillent vers nous. Il y a aussi d’autres parents qui ont décidé de mettre leur fils au village d’enfants de Riaumont parce que nous représentons un idéal. Il faut bien comprendre que la pédagogie de Riaumont est la pédagogie scoute, avec la loi, bien sûr, la promesse, les principes, mais surtout – et c’est ce qui intéresse et passionne beaucoup des enfants qui ne veulent plus aller en classe, qui sont renvoyés, parfois de six, voire de sept écoles — le scoutisme, les veillées, les grands jeux, la façon dont on va leur donner des responsabilités, la façon dont les jeunes vont pouvoir être valorisés. Tout cela, ça compte énormément pour eux. Riaumont reste un peu un phare dans la rééducation, mais ce phare ne plaît pas à tout le monde et c’est pour cela que nous faisons face à une opposition qui est de plus en plus violente.

 

Un très récent article dans la presse professionnelle des psychologues américains affirme que « la masculinité est toxique ». A Riaumont, avez-vous un mode d’éducation qui est spécialement « viril » ?

Je ne pense pas. Le scoutisme apporte bien sûr cette formation, mais en même temps, il y a aussi toute une présence féminine à Riaumont, donc il y a les deux. Et si nous avons des internes – ils sont une vingtaine – nous avons également un groupe scout très important de 500 scouts qui fréquentent eux aussi le village. Cette ouverture, justement, est excellente, parce qu’il y a des grandes amitiés qui se font entre ces adolescents.

 

Riaumont n’est donc pas du tout un lieu fermé comme on a pu le lire dans la presse…

Non, pas du tout. Moi-même, je suis un supporter du Racing Club de Lens. Le Racing Club de Lens nous a offert des maillots, des chaussures… J’ai fait venir le Variété Club qui comprend les anciens de l’équipe de France : ils sont venus jouer pour Riaumont… J’ai pris des réfugiés irakiens – pas moins de quatre familles. Riaumont est très ouvert sur l’extérieur, où passent de nombreuses personnes. Des familles de l’extérieur sont présentes à la messe chaque semaine. Les enfants côtoient aussi un groupe scout important qui se réunit au village. Nous participons à certaines activités de la ville, les enfants vont à la piscine municipale, etc…

 

Les récentes affaires de pédophilie mises au jour ont-elles pu colorer un peu ce dossier même si nous avons bien compris qu’il n’y a aucune poursuite sur ce plan-là ? La justice n’a-t-elle pas tiré argument de ce contexte pour frapper plus fort ?

Ils ont cherché, en effet, en interrogeant les enfants. D’après ce que nous savons ils n’ont pas trouvé de pédophilie à Riaumont. Ils sont toujours en train d’interroger des enfants, d’ailleurs ; nous sommes sans arrêt persécutés. Les anciens sont furieux. Au mois de juin, ceux-ci convoquent une réunion gigantesque d’anciens qui veulent nous donner leur soutien.

 

La garde à vue s’est-elle bien passée ?

La garde à vue s’est très mal passée. Les quatre frères ont été mis avec des dealers, avec des drogués, en majorité marginaux : c’était un réseau. Ils n’ont pas pu dormir de la nuit. C’étaient des conditions de vie épouvantables. Le père Prieur a été menotté, les voitures de police circulaient sirènes hurlantes entre le commissariat de police de Lille et le palais de justice de Béthune. Ils avaient froid… Ces conditions pendant ces 48 heures ont été terribles, d’ailleurs notre avocat envisage de faire appel. 

 

Les mis en examen encourent des peines très légères puisque ce sont des violences légères qui leur sont reprochées…

Oui. De toutes façons nous allons nous défendre. Puisqu’il n’y a pas matière à condamner, en l’état actuel, ces religieux dont il ne faut pas oublier qu’ils ont donné leur vie pour l’enfance en danger.

 

Pour conclure, je reviens sur ce que vous avez dit tout à l’heure : que les écoles hors contrat sont dans le collimateur de l’Etat. Ne pensez-vous pas qu’il est temps maintenant pour les écoles hors contrat de se serrer les coudes à ce sujet ?

Oui, et d’autant plus que, d’après ce que l’on sait, il y a environ une cinquantaine d’écoles hors contrat qui sont fondées chaque année. Il commence à y avoir des réseaux d’amitié entre ses écoles. Il est sûr qu’il faudrait que l’on puisse se structurer un peu plus et qu’on ait une délégation représentative pour parler au nom de toutes ces écoles.

 

 

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