Le prêtre : Père et Époux ?

Rédigé par Un moine prêtre le dans Religion

Le prêtre : Père et Époux ?

Prêtre et Époux ? Lettre ouverte à mon frère prêtre, tel est le titre d’un beau petit livre de Frédérique Dumas, rédigé dans le cadre de l’Université de la théologie du corps (Lyon, décembre 2017). On y trouve des réflexions profondes, à rebours de l’actualité qui avilie l’honneur du sacerdoce. Dans le même cadre universitaire, j’ai pu consulter également l’étude d’une vierge consacrée dont le titre est remarquable et dit beaucoup lui aussi, L’Époux et l’épouse, la vocation de la vierge consacrée à la lumière de la théologie du corps (décembre 2018). 

La théologie du corps, cette expression de saint Jean-Paul II demande évidemment à être bien comprise, en évitant des enthousiasmes faciles qui restent à la superficie des choses. À propos du mariage, le saint Pape parle du « sacrement primordial » ou « prototype » de l’ordre sacramentel. Il est clair que, sous sa plume, l’expression dépasse le strict cadre sacramentaire. Le mariage sacramentel n’est pas le prototype par rapport aux six autres sacrements : c’est l’Eucharistie qui est LE sacrement, « par antonomase » dit saint Thomas, parce qu’il contient réellement et substantiellement le Christ Lui-même, source de toute sainteté. 

Tous les sacrements se rejoignent plutôt en amont, dans ce que la Révélation nomme le « Sacrement de l’alliance », avec sa connotation nuptiale. La théologie du corps souligne donc ainsi la redécouverte de la valeur originelle du mariage humain, signe et effet de la réalité supérieure qui se trouve ultimement en Dieu ; le sacerdoce y est alors impliqué. Conforme à l’intention divine des origines, le mariage humain hisse les conjoints au Cœur de l’Église, Sacrement de l’Alliance, y rejoignant alors la chasteté sacerdotale qui rend père des âmes.

Le Magistère récent décrit à juste titre la chasteté sacerdotale dans le sens d’une paternité enracinée au Ciel. Le Concile demande aux prêtres un « cœur sans partage, capable d’accueillir largement la paternité dans le Christ ». Il s’agit de « fiancer les chrétiens à l’Époux unique, comme une vierge pure à présenter au Christ ; ces noces mystérieuses voulues par Dieu » (Presbyterorum Ordinis, n° 16) : voilà bien le Sacrement de l’Alliance.

Notre temps, qui se croit post-chrétien, pense que le célibat sacerdotal serait une lubie médiévale : « En 1139, le second concile de Latran énonce par une nouvelle loi que seuls les célibataires peuvent devenir prêtres. Le concile de Trente en 1545 valide. Et condamne : “Celui qui dit que l’état conjugal est préférable à l’état de virginité et de célibat, qu’il soit anathème” ». La caricature, signée Google, dénature la splendide réalité. 

Désormais canonisés, Paul VI, puis Jean-Paul II ont parlé en profondeur du célibat sacerdotal ; Benoît XVI l’a ensuite avalisé comme un choix « sponsal, identifiant au cœur du Christ Époux, qui donne sa vie pour son Épouse. Uni à la grande tradition ecclésiale, au Concile Vatican II et aux Souverains Pontifes mes prédécesseurs », poursuit-il, « j’en confirme donc le caractère obligatoire pour la tradition latine » (Sacramentum caritatis n° 24). S’adressant à des séminaristes, en juillet 2013, le Pape François démystifie ainsi le « problème du célibat. Quand un prêtre n’est pas père de sa communauté, il devient triste. Voilà le problème. C’est pourquoi je vous le dis : la racine de la tristesse dans la vie pastorale réside précisément dans l’absence de paternité. »

Une lettre du « père » spirituel de Marthe Robin, Georges Finet dit cela de façon très forte en 1943 : « La paternité (du prêtre) appelle la maternité de la Sainte Vierge : pour être mère, Marie se donne à son enfant sans cesser d’être Elle-même, elle enfante sans cesser d’être vierge. Pour être père, le prêtre doit se donner à son enfant sans cesser d’être lui-même, il engendre sans cesser d’être vierge. La fécondité du père et de la mère pour donner le Christ suppose donc la virginité, et le prêtre ne peut engendrer en Marie, les âmes à la vie divine que dans la mesure où il est vierge. Dès qu’un prêtre perd sa chasteté, il ne peut plus réaliser cette transformation des âmes en Marie. Bref, le célibat ecclésiastique comme la virginité de la Sainte Vierge sont source de vie et en eux nous retrouvons l’aspect supérieur de la paternité et celui de la maternité perdus avec la tache originelle. »

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