Extraits du Bréviaire Romain (1568-1955)

Rédigé par Bréviaire Romain (1568-1955) le dans Religion

Extraits du Bréviaire Romain (1568-1955)

Ces textes viennent en accompagnement du texte de Pierre Julien : La Transfiguration de Jésus, image de la nôtre.

Deuxième dimanche de Carême

Homélie de saint Léon, pape (Sermon 38 [51], n° 2 et 6-7)

« Jésus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean son frère » et, ayant gravi avec eux une haute montagne, à l’écart, il leur manifesta l’éclat de sa gloire. Car ils avaient certes reconnu en lui la majesté de Dieu, mais ils ignoraient encore la puissance détenue par ce corps qui cachait la divinité. Et voilà pourquoi il avait promis en termes formels et précis que certains des disciples présents « ne goûteraient pas la mort avant d’avoir vu le Fils de l’homme venir dans son royaume », c’est-à-dire avec l’éclat royal qui convenait spécialement à la nature humaine assumée et qu’il voulut rendre visible à ces trois hommes. Car, pour ce qui est de la vision ineffable et inaccessible de la Divinité elle-même, – vision réservée aux purs de cœur, pour la vie éternelle, – des êtres encore revêtus d’une chair mortelle ne pouvaient en aucune façon la contempler ni même la voir.

Lorsque le Père dit : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui je me complais, écoutez-le », n’entendit-on pas clairement : « Celui-ci est mon Fils » pour qui être de moi et être avec moi est une réalité qui échappe au temps ? Car ni celui qui engendre n’est antérieur à l’engendré, ni l’engendré n’est postérieur à celui qui l’engendre. « Celui-ci est mon Fils » : de moi ne le sépare pas la divinité, ne le divise pas la puissance, ne le distingue pas l’éternité. « Celui-ci est mon Fils », non adoptif, mais propre, non créé d’ailleurs, mais engendré de moi, non d’une autre nature et rendu comparable à moi, mais né de mon essence, égal à moi. « Celui-ci est mon Fils », « par qui tout a été fait et sans qui rien n’a été fait » (Jn 1, 3); tout ce que je fais, il le fait pareillement, et tout ce que j’opère, il l’opère avec moi inséparablement et sans différence.

« Celui-ci est mon Fils » qui ne convoita pas de ravir le rang qui l’égalait à moi et ne s’en est pas emparé par usurpation; mais demeurant dans la condition de ma gloire pour exécuter notre commun dessein de réparer la race humaine il abaissa jusqu’à la condition d’esclave l’immuable divinité (cf. Ph 2, 6-7). Celui-ci en qui je prends pour tout ma complaisance, dont la prédication me manifeste, dont l’humilité me glorifie, écoutez-le sans hésitation, car il est, lui vérité et vie, il est ma puissance et ma sagesse.

 

6 Août : Transfiguration de N.-S. Jésus-Christ

Sermon de saint Léon, pape (Sermon 38 [51], n° 3, 4 et 5)

Le Seigneur découvre sa gloire devant des témoins choisis et cette condition corporelle qui lui est commune avec le reste des hommes, il l’éclaire d’une telle splendeur que son visage ressemble à l’éclat du soleil et son vêtement égale la blancheur des neiges. Sans doute cette transfiguration a surtout pour but d’ôter du cœur des disciples le scandale de la croix. Ainsi l’humilité de la passion volontairement subie ne doit pas troubler la foi de ceux à qui est révélée l’éminence de sa dignité cachée. Mais, par une égale prévoyance, il donne un fondement à l’espérance de la sainte Église. De la sorte le corps tout entier du Christ reconnaît la transformation dont il sera gratifié, promesse pour les membres de participer à l’honneur qui a déjà resplendi dans la tête.

Cependant les Apôtres, qui doivent être affermis dans leur foi et initiés à la connaissance de toutes choses, reçoivent par ce prodige un autre enseignement. En effet, Moïse et Élie, c’est-à-dire la Loi et les Prophètes, apparurent s’entretenant avec le Seigneur: ainsi s’accomplit très exactement dans cette présence de cinq hommes ce qui est dit : « Toute parole sera ferme, proférée en présence de deux ou trois témoins » (Dt 19, 15 et Mt 18, 16). Quoi de mieux établi, quoi de plus ferme que cette parole ? Pour la proclamer, la trompette de l’Ancien et du Nouveau Testament résonne en plein accord et tout ce qui servit à témoigner dans les temps anciens se rencontre avec la doctrine de l’Évangile ! Les pages de l’une et de l’autre alliance, en effet, se confirment mutuellement, et celui que des signes précurseurs ont promis sous un voile de mystères, la splendeur de la gloire présente en montre l’évidente manifestation.

Entraîné donc par ces découvertes des mystères saisi de mépris pour les biens de ce monde et de dégoût pour les réalités terrestres, l’apôtre Pierre se laisse emporter à une sorte de ravissement d’esprit dans les biens éternels. Rempli de joie par toute cette vision, il souhaite demeurer là avec Jésus dont la gloire visible le réjouit. Aussi dit-il : « Seigneur, quel bonheur pour nous d’être ici. Si tu veux, faisons ici trois tentes, une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie » (Mt 27, 4). Mais le Seigneur ne répond pas à cette proposition, il veut montrer non certes que ce désir est mauvais, mais qu’il n’est pas dans l’ordre; car le monde ne peut être sauvé que par la mort du Christ. L’exemple du Seigneur invite aussi la foi des croyants à comprendre que, sans avoir à douter des promesses de bonheur, nous devons pourtant, parmi les épreuves de cette vie, demander la patience avant la gloire.

 

 

Homélie de saint Jean Chrysostome (Sur Matthieu 56, n° 1)

Le Seigneur a longuement entretenu ses disciples des dangers imminents, de sa mort et de sa Passion, puis de l’immolation qui les attend; il leur a enjoint bien des devoirs austères. Or, ceux-ci sont pour la vie présente et à leur portée, tandis que la récompense est en espérance et en expectative. Par exemple ce texte-ci : « Pour se sauver, il faut se perdre » (Jn 12, 25), mais encore ceux-là : « Il doit venir dans la gloire de son Père (…). Il leur donnera des récompenses » (Mt 16, 27). Et voulant les convaincre par leurs propres yeux et leur montrer, dans la mesure où il peut leur faire comprendre, ce qu’est cette gloire en laquelle il doit venir, il la leur découvre et révèle au cours de cette vie présente, afin que ni leur propre mort, ni celle de leur Maître ne puissent désormais les affliger, Pierre, surtout, que tourmente cette pensée.

Et vois sa façon d’agir après avoir parlé de la géhenne et du Royaume. Car en disant : « Qui se sauvera, se perdra, et qui se perdra à cause de moi, se trouvera » et en disant : « Il rendra à chacun selon ses œuvres », il désigne ces deux choses. Alors donc qu’il parle des deux, il leur fait voir en quelque sorte le Royaume, mais non pas la géhenne. C’eût été également nécessaire s’il avait eu affaire à d’autres hommes plus grossiers; mais comme ils étaient dignes d’estime et d’âme noble, c’est par le meilleur qu’il les encourage. Il le fait encore de préférence parce que c’est plus digne de lui. Il ne néglige pourtant pas l’autre aspect, et il arrive souvent qu’il mette pour ainsi dire sous les yeux de ses auditeurs les tourments de la géhenne; par exemple lorsqu’il introduit l’image de Lazare, et quand il évoque le serviteur qui a exigé cent deniers.

Toi donc, considère maintenant la vertu de Matthieu, qui ne tait pas le nom de ceux qui lui étaient préférés. Jean agit de même très souvent et décrit en toute sincérité ce qui est à l’éloge spécial de Pierre. Car ni la jalousie ni la vaine gloire ne souillent le collège de ces saints. Jésus ayant pris les principaux, « les emmena à l’écart ». Pourquoi ne prend-il que ceux-là? Parce qu’ils l’emportaient sur les autres. Mais pourquoi le Christ ne les emmène-t-il pas aussitôt? Pour ne pas provoquer chez les autres disciples des sentiments bien humains; aussi ne désigne-t-il même pas le nom de ceux qui doivent monter.

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