Marche pour la vie en Belgique :
le défi de l’accueil de la vulnérabilité !

Rédigé par Adélaïde Pouchol, suite à un entretien avec Constance du Bus porte-parole de la Marche pour la vie de Bruxelles le dans Politique/Société

Marche pour la vie en Belgique : <br>le défi de l’accueil de la vulnérabilité !
Constance du Bus porte-parole de la Marche pour la vie de Bruxelles

La Belgique est ce pays qui a légalisé l’euthanasie des mineurs... C’est aussi ce pays où se tient chaque année, depuis 10 ans maintenant, une Marche pour la vie. A l’approche des élections européennes, les marcheurs belges entendent bien interpeler leurs élus sur les sujets de bioéthiques et veulent mettre particulièrement en avant cette année la notion de vulnérabilité. 

La porte-parole de la Marche pour la vie de Bruxelles nous en dit un peu plus sur l’actualité du mouvement pro-vie en Belgique.

 

Une Marche pour la vie aura lieu à Bruxelles le 31 mars prochain, pour la dixième année consécutive. En 10 ans, la question de la protection de la vie a-t-elle évolué en Belgique ?

On peut dire que pour la Belgique, c’est assez exceptionnel de parvenir à mobiliser, année après année, des milliers de personnes pour une cause qui reste la même. Nous ne cherchons pas à varier le message au gré des effets de mode. Il s’agit, avec persévérance, de dénoncer les atteintes à la vie que sont l’avortement, l’euthanasie et toute forme d’instrumentalisation du corps humain (GPA, destruction d’embryons..), et de proposer une société et des lois plus solidaires et respectueuses de la vie et de la dignité humaine. Certes, chaque année a ses particularités qui nous permettent d’actualiser l’importance de cette mobilisation. Cette année par exemple, puisque les élections européennes et nationales tombent en mai, nous allons inviter les marcheurs à faire attention au programme « bioéthique » des candidats, et si besoin, à interpeler les candidats sur ces questions pour voter en connaissance de cause.

Depuis la première Marche pour la vie en 2010, une évolution nous a déterminés à poursuivre la mobilisation : la loi autorisant l’euthanasie des mineurs. Ce fut un électrochoc, et pas seulement pour la Belgique. On ne saura jamais si cette résistance a évité de dangereuses évolutions. Mais ce qui est certain et primordial, c’est que ces milliers de citoyens tiennent allumée la flamme vigilante de la défense des plus fragiles et des vies innocentes.

 

Depuis combien de temps êtes-vous porte-parole de la Marche pour la vie et qu’est-ce qui vous a amenée à prendre cette mission?

C’est la troisième année que ce rôle m’est attribué. Je l’ai accepté avec joie, même si ça n’a pas été facile de mener les premières interviews, de participer aux premiers débats télévisés. Un sujet tel que l’avortement est extrêmement chargé d’émotions quand il est abordé devant le grand public. Il peut aussi réveiller des blessures, et nécessite donc qu’on en parle sans jamais juger les personnes, tout en restant fermes sur la condamnation des actes qui ôtent la vie. Diverses expériences m’y ont menée. J’ai d’abord ressenti une immense gratitude pour la vie qui m’a été donné, et mon parcours rendu possible jusqu’ici. Ce cadeau de la vie, j’aimerais qu’il soit laissé à chaque être humain qui a commencé sa grande odyssée dans le sein de sa mère. J’ai aussi eu l’occasion de veiller des personnes en fin de vie dans un centre palliatif au Chili, et j’y ai vu tout le bien qu’on pouvait offrir dans ces derniers moments aux personnes mourantes, tout le sens que revêtaient les quelques échanges possibles. En tant que femme d’une vingtaine d’années, je sais que ma voix peut par exemple aider mes contemporaines à choisir la vie de leur enfant plutôt que l’avortement. On le voit dans les statistiques, c’est surtout entre 20 et 30 ans que les femmes avortent. Avec le reste de l’équipe et tous les marcheurs, nous voulons aussi dire aux personnes âgées que chaque jour de leur vie vaut la peine d’être vécu, et que l’euthanasie qui leur est proposée est une fausse solution, qui laisse énormément de souffrances là où elle arrache les vies.

 

La Marche aura-t-elle cette année un thème particulier, des spécificités?

Nous avons choisi de mettre en avant l’accueil de la vulnérabilité. Cette vulnérabilité nous caractérise en tant qu’humain : elle exprime nos fragilités mais aussi notre résilience, notre capacité de nouer des relations avec les autres, notre interdépendance, en famille, en société. Nous voulons rappeler que les femmes enceintes en difficulté sont elles aussi vulnérables. On a tendance aujourd’hui à les laisser seules face au choix de garder ou non leur enfant, par souci de liberté. Or, la solitude dans laquelle elles sont laissées à ce moment difficile, est peut-être un confort pour le reste de la société, mais bien un drame pour la femme. L’enfant à naître est aussi au cœur de cette vulnérabilité : il ne vaut pas moins qu’un autre être humain, même si il n’est pas encore passé par le stade de l’enfance ou de l’adolescence… Et pourtant il ne se montre pas, il reste discret et ne riposte pas si on projette de lui ôter la vie. Et puis dans notre société belge, ce sont aussi et de plus en plus les personnes âgées, malades ou fatiguées de vivre, qui sont bien souvent tentées par l’euthanasie. Une fois de plus, le prétexte de l’autonomie nous empêche de répondre à leur fragilité par la solidarité, l’écoute, l’entraide. Chaque vie a un sens immense, depuis le début et jusqu’au bout : c’est ce que nous voulons pour inspirer notre société, ses pratiques et ses lois.

Pour ce dixième anniversaire de la Marche pour la vie, nous proposons une action concrète pour tous ceux qui nous rejoignent : ils pourront venir déposer sur place des vêtements et du matériel de grossesse et de petite enfance, que nous offrirons à des maisons maternelles, pour aider les femmes enceintes en difficulté. C’est important que les gens mettent leur message en pratique. Par cela nous voulons montrer qu’il est possible d’agir au quotidien pour la protection de la vie : dans nos familles, entre amis (au fil des conversations, par l’entre-aide), vis-à-vis de nos collègues, par notre témoignage mais aussi dans notre action concrète. Cela veut dire que nous n’appelons pas seulement à venir marcher ce 31 mars (même si c’est très important pour faire changer les choses) mais à témoigner et à agir chacun à son niveau.

 

Avez-vous reçu le soutien public de personnalités, de représentants politiques ou d’évêques et en attendez-vous à la marche ?

Non, aucun. Le paysage religieux et politique belge est très particulier à ce niveau-là : il y a une grande timidité sur ces sujets. Mais nous ne courrons pas non plus derrière des soutiens officiels (d’ailleurs notre message se situe avant tout au niveau naturel et peut donc réunir au-delà des appartenances religieuses) : l’important est de changer les cœurs et les mentalités, c’est cela qui sauve des vies. Le soutien le plus important est celui des participants. Leur persévérance en entraîne beaucoup d’autres à leur suite ! 

 

Une Marche pour la vie réussie, pour vous, c’est quoi ?

C’est déjà qu’elle ait lieu ! Ce n’est pas une mince affaire de l’organiser : cela demande beaucoup de temps, d’énergie et de formation. Nous sommes 9 jeunes de 17 à 30 ans dans le conseil d’administration de l’association, qui nous réunissons régulièrement pour la préparer du mieux que nous pouvons, chacun selon ses compétences propres. 

Mais je dirais que nous pouvons être heureux d’une édition quand nous avons réussi à faire passer un message positif dans l’espace public. C’est pour cela que la marche même est silencieuse : son message respire la paix, sans masquer l’indignation. Nous essayons aussi d’être toujours plus nombreux. Les deux dernières années, la Marche pour la vie fut l’occasion d’aborder le sujet de l’avortement dans les plus grands journaux et télévisions du pays. Pouvoir apporter ce message de vie, publiquement, c’est déjà une grande victoire.

 

Quelles sont les infos pratiques pour participer à la Marche pour la vie de Bruxelles ?

Le rendez-vous est à 14h30 le 31 mars, à la Place Poelaert, devant le Palais de Justice à Bruxelles. Il y aura non seulement la marche silencieuse d’une bonne heure (très accessible pour les poussettes ou les chaises roulantes) mais aussi cette grande collecte de vêtements et de matériel de petite enfance, ainsi que des interventions de médecin sur l’accompagnement en fin de vie, d’une Canadienne sur l’essor du mouvement pro-vie au Canada, et d’autres intervenants de qualité. En bonus, il y aura même un karaoké pour la vie ! Oui, nous pensons que le combat pour la vie est un message avant tout porteur de joie, même s’il pose un regard réaliste sur la gravité de la situation. Il faut retrouver notre capacité d’émerveillement face au mystère de la vie. C’est seulement par cette voie que nous pourrons faire cesser les actes de mort. 

 

Le site de La Marche pour la Vie belge est consultable en cliquant ici

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