Comprendre le Cœur Eucharistique

Rédigé par Un moine le dans Religion

Comprendre le Cœur Eucharistique

La bienheureuse Dina Bellanger et Sophie Prouvier sont les deux apôtres d’une dévotion à la fois classique et peu connue, celle du Cœur Eucharistique de Jésus. En juin 1675, lors de l’apparition la plus connue à sainte Marguerite-Marie, le Seigneur, on le sait, demanda une nouvelle fête dédiée au Sacré-Cœur, « en réparation des ingratitudes, irrévérences, sacrilèges, froideurs et mépris » dont Il souffre dans le Sacrement de son amour, du fait de nos amours d’hypocrites contents d'eux-mêmes à bon compte. Et le Seigneur précisait que ce « qui lui est le plus sensible, c’est que ce sont des cœurs qui lui sont consacrés qui en usent ainsi ». Les consacrés sont donc explicitement visés. Comme il le fit aussi avec sainte Faustine ou Josefa Ménendez, le Cœur de Jésus a poursuivi les conversations de Paray-le-Monial, mais en ces deux cas-ci, d’une façon ciblée pour les religieux. 

Dina Bellanger, religieuse canadienne béatifiée en 1993, reçut la visite du Seigneur en 1927 : « Mon Cœur Eucharistique aime beaucoup à faire des confidences aux âmes, c’est comme un besoin pour lui ; mais il trouve peu d’âmes pures qui le comprennent ». Il lui précisa ensuite sa pensée sur « son Cœur Eucharistique », en citant sa Prière sacerdotale : « Qu’ils soient un en nous comme nous sommes un, vous en moi et moi en vous (Jn 17, 21) :Voilà la prière qui est l’expression de la pensée de mon Cœur Eucharistique ». Le Seigneur déplorait devant elle le manque d’union avec Lui : « Un grand nombre d’âmes consacrées agissent trop souvent par elles-mêmes, en oubliant de s’appliquer à s’unir à moi... Que l’âme me demande simplement la grâce que je règne en elle comme je le veux, puis y corresponde avec beaucoup d’amour ». La bienheureuse voyait en même temps dans l’Hostie Sainte les deux Cœurs unis de Jésus et de Marie, les flammes du Cœur Eucharistique passant par le Cœur Immaculé de la Très Sainte Vierge, le grand modèle de toute vie baptisée, consacrée par le saint baptême. 

Au siècle précédent, Sophie Prouvier est quasiment contemporaine de dom Guéranger, lui qui invitait les âmes à contempler « le mystère insondable de l’Incarnation avec toutes ses immenses conséquences, le confessant sous les espèces eucharistiques, mis en lumière désormais sous le symbole du Cœur très aimant de Jésus ». Née en 1817, Sophie eut à Besançon en 1854 deux révélations du Cœur Eucharistique : « Je voyais du tabernacle Notre Seigneur me montrer son Cœur navré de douleur devant le peu d’amour que lui portent les âmes favorisées de ses dons et admises à la communion fréquente : elles m’entourent, mais ne me consolent pas… Mon Cœur demande l’amour comme un pauvre demande du pain ». Puis s’adressant à elle : « Ton Cœur est-il droit avec mon Cœur comme mon Cœur l’est avec le tien ? » Il lui dit aussi : « C’est mon Cœur Eucharistique. Fais-le connaître, fais-le aimer. »

De ces paroles du Seigneur, Sophie Prouvier a rédigé vingt Élévations sur la prière au Cœur Eucharistique de Jésus. Le traité thomiste de la charité y est sous-jacent de façon vraiment remarquable. C’est un jaillissement de vifs sentiments pour réveiller l’âme indifférente, l’âme rebelle ou tiède, en bref l’âme superficielle et mondaine. En voici un exemple : « Le Cœur délaissé est celui dont l’affection dignement placée a été d’abord payée de retour. Il avait reçu de purs témoignages d’amour et des serments de fidélité. Mais hélas l’ennemi du bien a tendu des embûches, et la fragilité humaine a succombé : l’âme inconstante s’est lassée dans sa voie, elle a porté ailleurs les sentiments voués à un Cœur vrai qui n’avait rien fait pour les perdre et dont la plus grande souffrance ici-bas est d’aimer encore quand il n’est plus aimé. »

Le bienheureux Pie IX et ses successeurs encouragèrent cette dévotion. Benoît XV reconnut le message et fit approuver une messe et un office en son honneur. Monsieur Dupont, le saint homme de Tours contemporain de Sophie Prouvier, le Père Hermann Cohen comme aussi saint Pierre-Julien Eymard en propagèrent le culte ; Sophie a rencontré le saint Curé d’Ars. Par la suite, le Père Garrigou-Lagrange a consacré à cette révélation quelques belles réflexions théologiques à sa grande façon, et plus récemment Mgr Brincard, évêque du Puy alors, a ravivé la flamme de cette dévotion, délaissée depuis le Concile (Congrès de Paray, 1995). Il associe la prière au Cœur Eucharistique avec celle du Cœur Douloureux et Immaculé de Marie, ce qui nous renvoie à la ferveur réparatrice des enfants de Fatima. Cette dénomination du « Cœur Eucharistique » n’est pas alors une nouveauté : reliant Fête-Dieu et Sacré-Cœur, elle invite à ne pas s’endormir spirituellement une fois le Mystère Pascal célébré. Pendant le temps dit « ordinaire », après la Pentecôte, la ferveur ne doit pas s’affaiblir ou devenir médiocre ; la moisson spirituelle devrait battre son plein.

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