Son arrière grand-père était
le « jeune aide de camp » de Viollet-le-Duc

Rédigé par Antoine Bordier le dans Politique/Société

Son arrière grand-père était <br>le « jeune aide de camp » de Viollet-le-Duc
©Antoine Bordier, Vincent Duthoit est l’arrière-petit-fils d’un élève de Viollet-le-Duc, Edmond Duthoit. Architecte, Edmond était selon les propos de Viollet-le-Duc son « jeune aide de camp ».

Il est 19h00, ce lundi saint 2019, lorsque Vincent et sa femme Nicky aperçoivent de leur balcon, qui se situe en face de la cathédrale Notre-Dame de Paris, les premières flammes qui s’échappent de la charpente presque millénaire. 10 minutes plus tôt, le bruit des sirènes des pompiers les avait, déjà, alertés, sans qu’ils n’y attachent plus d’importance. Un mois après les flammes, ils racontent ces heures passées au chevet de la vieille Dame en feu et leur rapport très particulier avec Viollet-le-Duc.

C’est Birthe Lejeune, qui fêtait il y a une semaine le 25ème anniversaire du rappel à Dieu de son mari, lors de la messe célébrée à Notre-Dame de Paris en l’honneur du professeur Jérôme Lejeune, qui m’a mis sur leur piste. Elle-même est bouleversée par cet incendie. « J’habite à deux pas de Notre-Dame, et je me suis rendue aux pieds de Notre-Dame, pendant que l’incendie faisait rage. Je n’étais pas seule. J’étais accompagnée d’une partie de ma famille, et c’était noir de monde. Il y avait des milliers de personnes. Nous avons pleuré, prié... Oui, je suis très triste ce qui arrive à Notre-Dame. C’était en quelque sorte ma paroisse. J’y étais, encore, dimanche dernier. ». Je ne m’attarde pas avec Birthe, qui me confie avoir l’une de ses amies qui habite juste en face de Notre-Dame et qui a vécu la tragédie en direct. Je me rends, chez eux. Ils m’attendent. 

Dans leur appartement, qui surplombe le quai de Montebello, je comprends l’effroi qui les a pris la veille et qui s’est étendu comme une traînée de poudre à toute la France et au reste du monde. De leur balcon, Vincent a filmé la terrible scène de l’embrasement de la toiture. Ses images sont encore plus impressionnantes que celles qui ont tourné en boucle sur les plateaux de télévision et sur les réseaux sociaux. Avec Nicky, sa femme, et sa belle-fille Laurence, nous regardons le film dans un silence de plomb, presque mortuaire. On a l’impression d’entendre la charpente crépiter, on voit le plomb fondre. Les célèbres poutres brûlent comme des fétus de paille. Le bois qui part en fumée est d’abord sculpté par les flammes. La chaleur semble s’en dégager et nous atteindre. Voir la toiture brûler, la charpente partir en cendre, la flèche tomber devient insoutenable. Le bruit est terrible. Vincent arrête le film et raconte. « J’ai passé toute ma jeunesse ici, en face du transept de Notre-Dame, au-dessus du quai de Montebello. Et, nous sommes dans cet appartement depuis 1990. Hier soir, j’ai dit à Nicky qui se trouvait dans la cuisine, de l’autre côté, vient voir Notre-Dame flambe. » Nicky a cru que c’était une blague, « mais non, j’ai vu, en effet, les premières flammes, et cette fumée âcre, jaune, foncée par moment qui montait de Notre-Dame dans ce ciel sans nuage. Et, la toiture s’est embrasée. » 

Vincent précise qu’il a d’abord « vu un début d’incendie au pied de la flèche (celle construite par Viollet-Le-Duc et par son arrière-grand-père) du côté du chœur, à droite de la flèche, quand on regarde d’ici. » Il a eu la chance de visiter la fameuse charpente, que l’on appelle « la forêt ». Et, il répète que « c’est une charpente entièrement en châtaignier, contrairement à ce qui a été dit. On nous a expliqué, il y a vingt ans, qu’elle était en châtaignier parce que c’est un bois où n’y a pas d’araignée. » 

Vincent semble contenir une certaine amertume quand il explique, ensuite, que « les pompiers sont arrivés sur les lieux, mais, difficilement, car les camions qui transportent les nacelles n’arrivaient pas à passer à cause de la réduction de la chaussée qui est embouteillée depuis son aménagement réservé aux vélos et aux trottinettes… » Les pompiers n’ont pas pu accéder au cœur du brasier. Mais, ils ont sauvé le cœur de Notre-Dame !

Vincent a un rapport très particulier avec Notre-Dame et Viollet-le-Duc. « Mon arrière-grand-père qui s’appelait Edmond Duthoit a connu Viollet-le-Duc quand il est venu restaurer la cathédrale d’Amiens. Viollet-le Duc couchait chez eux quand il venait à Amiens. Et, un beau jour il a dit à ses parents : « votre fils, je l’emmène à Paris, pour en faire un architecte. » C’est comme cela qu’Edmond est devenu l’un de ses élèves. Il a appris son métier sur le chantier de Notre-Dame et il a participé à la construction de la nouvelle flèche (qui monte à 93 m). Il y a même un dessin célèbre de mon arrière-grand-père qui représente Viollet-le-Duc en redingote et chapeau haut-de-forme qui visite le chantier. » Sur un plan spirituel, pour Nicky, « Notre-Dame s’est merveilleux. C’est la fille aînée de l’Eglise. La sainte Vierge a dû intervenir pour limiter les dégâts. Est-ce que c’est un signe ? Toute la nuit les gens ont circulé. Nous avons prié, chez nous, mais dans la rue les gens ont prié aussi. La France semble dans le creux de la vague, il faut que tout le monde réagisse. » Vincent et Nicky sont, donc, personnellement touchés par ce drame. Vincent salue le Président Macron qui a honoré Notre-Dame de sa présence. Il a apprécié son appel à la reconstruction. Vincent veut parler du mariage de ses parents à Notre-Dame, et de celui de ses frères et sœurs. Il n’oublie pas non plus son engagement annuel « lors du Noël des clochards »

Chez les Duthoit, Notre-Dame de Paris est une histoire de famille qui passe les générations. Vincent et Nicky vont, maintenant, participer à la reconstruction : « il y en a pour une dizaine d’années », dit Vincent. La reconstruction de Notre-Dame est devenue l’intention de cette Semaine Sainte.  

 

 

 

 

 

 

    

Réseaux sociaux