Le Coran a résonné dans Saint-Louis des Invalides

Rédigé par Odon de Cacqueray, entretien avec Charles de Meyer le dans Politique/Société

Le Coran a résonné dans Saint-Louis des Invalides

Le mercredi 22 mai, à l'initiative de l'ambassadeur du Kosovo, un concert a été donné dans Saint-Louis des Invalides., cathédrale du diocèse aux armées et lieu hautement symbolique. Le prétexte invoqué était le vingtiéme anniversaire de "la paix au Kosovo". Intitulé  “L’homme armé, messe pour la paix” l'œuvre de Karl Jenkins contient un appel à la prière musulmane. En 2015, le doyen de la cathédrale de Nelson en Nouvelle-Zélande, rappelant le contenu du concert avait refusé qu'il soit joué chez lui. Charles de Meyer, président de l'asssociation SOS Chrétiens d'Orient, a été un des premiers à réagir, faisant part de sa « honte de ces abdications ». L'Homme Nouveau l'a interrogé. 

 

Charles de Meyer, vous avez réagi sur Twitter suite au concert qui s’est tenu le 22 mai dans la cathédrale Saint-Louis des Invalides. Qu’est-ce qui vous a choqué ? 

Charles de Meyer : Je n’utiliserai pas le mot « choqué », ce qui m’intéresse c’est que, lorsque l’on fait de la politique internationale, et ce qui s’est passé est un symbole de politique internationale, puisqu’organisé à l’occasion des vingt ans de la création du Kosovo, ce qui m’intéresse c’est l’intérêt de mon pays. Quel est l’intérêt de mon pays de marquer de manière aussi symbolique nos liens avec le Kosovo en permettant à un concert intitulé « L’homme armé, messe pour la paix », dans lequel on sait et c’est de notoriété publique, qu’il y a un appel à la prière, au sein d’un lieu aussi symbolique que Saint Louis des Invalides. 

Ça m’interpelle à deux titres : 

  • Personne ne peut croire que l’ambassade du Kosovo qui était organisatrice a demandé ça d’un point de vue neutre. Évidemment elle savait que c’était un lieu fort et elle l’a voulu. À mon sens elle ne l’a pas voulu dans un lieu militaire pour rien. 
  • Elle l’a voulu dans un lieu catholique, Saint-Louis des Invalides, pour un sens très profond, qui a été montré pendant le concert, à savoir : une sorte de volonté d’indistinction, avec un compositeur qui n’est pas croyant, qui fait une fausse messe qu’il appelle « l’homme armé ». C’est très étrange d’avoir une récitation du Coran dans une église. 

 

Cela évènement s’est tenu pour les « vingt ans d’instauration de la paix au Kosovo », peut-on vraiment parler de « vingt ans de paix » ? 

Je préfère laisser des associations compétentes s’exprimer sur ce sujet plutôt que moi, je pense à Solidarité Kosovo , parce qu’eux ont tous les tenants et aboutissants. Je remarque que les jours précédents, il y a eu un certain nombre d’évènements qui ont été relatés par Solidarité Kosovo  qui montrent qu’il y a une situation de discrimination et parfois de persécution des chrétiens Serbes au Kosovo. Que ce soit une persécution de nature religieuse ou ethnique importe peu, puisque la question est de montrer qu’il n’y a pas la paix. 

La paix avec des protections de mandats internationaux autour des monastères et des conflits en permanence, ce n’est pas ce qu’on peut chercher. Donc on est sur un mensonge, il n’y a pas vingt ans de paix au Kosovo, mais vingt ans d’accords politico-économiques entre la France et ce pays. J’ai bien une position personnelle sur la question, mais elle importe peu. 

Ce qui compte en politique internationale c’est la réciprocité, quelle est la réciprocité que la France, fille aînée de l’Église obtient en tolérant ce genre de chose ? Il n’y aura pas de récital orthodoxe serbe dans la capitale kosovare ou à Tirana en Albanie. 

Comme souvent, on pèche par naïveté et on pêche par abandon. On a une politique d’abdication totale, on applique toujours ce qu’on nous demande de faire, c’est insupportable. 

La France a des engagements internationaux, notamment sur la liberté religieuse et la pseudo défense des droits de l’homme, pourtant, encore une fois, elle les met de côté lorsqu’ils ne sont pas au service d’intérêts idéologiques. 

 

L’évêque aux armées ne semble pas avoir été impliqué dans la tenue de ce concert ou n'a pas été alerté sur ce qui serait prononcé lors du concert, qu’est-ce que cela vous inspire ?

Il me semble que c’est aux clercs de s’exprimer sur cette question, j’attends qu’ils réagissent et j’espère qu’ils le feront bientôt. Mon point de vue, en tant que catholique engagé dans la Cité, est que je ne souhaite pas que les églises de mon pays, les églises qui portent les drapeaux des victoires des mes pères, soient marquées par l’abdication, dès qu’une puissance étrangère demande de les utiliser. Ça me paraît ahurissant. 

Je ne veux pas pointer des responsabilités ou des culpabilités, puisque j’imagine que toute la chaîne qui a laissé ce concert se dérouler va dire que ce n’est pas ce à quoi ils s’attendaient, que ce n’est pas ce qu’on comprend, etc. Très certainement, d’un point de vue individuel, ce sont des positions qui se défendent, ou qui peuvent se comprendre. 

Au-delà des décisions personnelles, lorsqu’on prend de la hauteur, nous constatons que le président Emmanuel Macron a annulé sa visite en Serbie alors que les Serbes avaient organisé des cérémonies spéciales pour commémorer l’aide qu’ils nous ont apportée et que nous leur avons apportée lors de la Première Guerre mondiale, mais que par contre lorsqu’il faut louer Saint Louis des Invalides à l’ambassade du Kosovo, il n’y a pas de problème. 

C’est toujours la même histoire, on nous reproche d’avoir des positions idéologiques et religieuses, alors que la position idéologique et quasiment messianique là dedans, c’est que les positions françaises, dont l’inanité a été prouvée mille fois, continuent d’être défendues. Quand bien même elles vont à l’encontre de ce que veulent les Français. 

Est-ce que les Français sont fiers et heureux qu’il y ait une proclamation du Coran à Saint-Louis des Invalides ? Évidemment non. 

Aujourd’hui nous sommes dans l’accumulation des politiques étrangères idéologiques. Nous le voyons dans la nouvelle tendance à faire de la « diplomatie féministe » pour citer Marlène Schiappa. Cette politique étrangère féministe consiste tout simplement à promouvoir l’avortement à l’international, mais ne nous empêche pas de continuer à signer des contrats avec l’Arabie Saoudite ou le Qatar qui posent des questions bien plus importantes à propos du droit des femmes. 

Lorsque la France se met à exécuter toutes les demandes des puissances étrangères, elle perd de son importance et de sa puissance. Avec cette politique on se fait supplanter comme c’est le cas au Proche-Orient, par toutes les autres puissances. 

 

L’association SOS Chrétiens d’Orient tisse-t-elle des liens avec le Kosovo ? 

Nous avons des liens avec Solidarité Kosovo. D’abord parce que c’est une association qui nous a inspiré lors notre création, ensuite parce que nous avons fait un voyage commun avec Arnaud Gouillon et moi même j’étais en Serbie au début du mois de mai pour leur présenter nos missions et notre travail, auquel ils sont très sensibles. 

C’est une cause qui nous touche. C’est une tendance lourde de la politique étrangère française des vingt dernières années et qui vire au n’importe quoi. Tout ça est parti d’un magma ultra progressiste loin de toute réalité qui fait que l’image de la France est détériorée à l’international. 

 

 

 

 

 

 

 

 

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